La fiche de perf' de Rick Ross

Par Raphaël Da Cruz / le 16 mars 2018
La fiche de perf' de Rick Ross
Mouv' vous propose désormais de passer au crible les performances d'un artiste qui a marqué le rap. Après Joe Budden, on évalue la carrière de l'increvable Rick Ross.

Nom : William Leonard Roberts II
Pseudo : Rick Ross
Âge : 42 ans
Villes d'origine : Clarksdale, Mississippi, puis Carol City, Floride
Nombre d'albums : 9
Titres : 1 disque de platine, 3 disques d'or
Récompenses : Aucune
Equipes : Maybach Music Group, Epic, Def Jam, Slip-n-Slide,  Suave House Records
Coéquipiers : Maybach Music, Triple C's
Record : Aucun

 


Ecriture : 85%

Rick Ross a probablement écrit mieux qu'aucun autre rappeur l'opulence à la fois outrancière et classieuse, le luxe dans ce qu'il a de plus absurde et de plus fascinant. Pourtant, il a fallu un certain temps à Rick Ross pour trouver le style de jeu qui lui convenait le mieux. Il faut se rappeler de son premier couplet posé sur un album d'Erick Sermon, à l'époque où il s'appelait Teflon Don et ne portait pas sa barbe si identifiable. Sur ses premiers albums, Port of Miami et Trilla, il incarnait de manière assez réussie, mais souvent trop grossière, le détaillant en drogue dure des rues de Miami, avec par moment des images assez forte pour esquisser le personnage de charbonneur constamment sur le terrain. « Bosseurs, on est rarement payés, pas d'eau, rarement lavés. Mais il y aura des jours meilleurs, sur la tombe de mon père », assène-t-il dans Push It. A partir de Deeper Than Rap, en 2009, Rozay appuie d'avantage sur l'image d'un pacha intouchable, notamment pour surmonter les révélations sur son passé de gardien de prison. Il va alors en faire des tonnes, notamment sur des titres comme Yacht Club, où il se la joue pirate des caraïbes, pétard à la main et huit prostituées à son cou, ou faire preuve de finesse dans ses jeux de mots, comme en comparant sa discrétion dans la bicrave tel le danseur classique Alvin Aley, dans Oil Money Gang. Souvent comparé à certains de ses concurrents directs au même poste, notamment Young Jeezy, un commentateur de Complex a réussi à différencier les deux rappeurs de manière simple : « Jeezy donne aux gens l'envie de faire de l'argent, alors que Rick Ross encourage à la dépenser. Ross profite du fruit de son labeur, Jeezy se concentre sur le charbon ».

 

Flow : 70%

Ce n'est pas le domaine dans lequel Rick Ross s'est montré le plus foudroyant, avec son débit lent et appuyé. Une scansion sans grande variation, mais idéale pour souligner la nonchalance de son personnage bigger than life, assénant ses allitérations et ses assonances comme il empile les liasses de billets (« Fascination with fortune afford me mansion and Porsches, Panameras abortion, marijuana imported »). Le slow flow de Rick Ross est aussi redoutable quand il s'agit de faire entrer en tête des formules simples : le refrain de B.M.F., avec son silence en plein milieu de chaque vers (« I think I'm Big Meech... Larry Hoover »), rentre autant dans le crâne que la mélodie hypnotisante de Lex Luger.

 

Voix : 80%

Profonde et basse, encrassée par des kilos d'herbe fumés, la voix de Rick Ross appuie parfaitement son image de parrain à la Wilson Fisk. Une voix qui lui permet d'être féroce lorsqu'il veut effrayer la concurrence, enthousiaste lorsqu'il veut flamber, rempli de recul lorsqu'il se confesse.

 

Choix des prods : 90%

Maybach Music, Cigar Music, Yacht Club, Aston Martin Music, Mafia Music : au jeu des tags pour décrire les ambiances du son qui l'accompagne, Rick Ross a compris qu'en quelques mots, il pouvait donner la teinte de sa musique. Rick Ross a peu à peu délaissé les ambiances années 80 de certains titres de Port of Miami et Trilla pour développer une sorte de prolongement du son du Roc-a-Fella de Jay-Z, avec ces samples se soul ou jazz feutrés, transformés en ambiance d'auto-célébration, dans des palaces cinq étoiles ou des yachts dans les caraïbes. Il doit ce son grâce à des musiciens de talent, particulièrement le trio J.U.S.T.I.C.E. League ou le soliste Bink!, meilleurs jardiniers de la ligue dès qu'il s'agit de faire dans la pelouse moelleuse, sans bosse, parfaite pour accueillir le jeu puissant et lent du « Boss ». Rather You Than Me, sorti l'an dernier, a d'ailleurs confirmé cette tendance, avec des titres comme Apple Of My Eye ou Santorini Greece.

Mais impossible de parler de Rozay sans évoquer ses coups de pression, façon avant d'une équipe de rugby dans une mêlée, certes lent, mais puissant. Il y a eu bien sûr les mélodies baroques concoctées par The Runners, avec Hustlin en premier lieu, mais Ross a vite embrassé le renouveau de la trap porté par le précurseur Lex Luger, notamment avec les incontournables B.M.F. et MC Hammer. Des martèlements idéaux pour marquer ses coups de pression de patron, poings sur la table.

 

Feats : 80%

Avec environ 300 collaborations recensées à son actif, Rick Ross peut se targuer d'un beau ratio de passes réussies. Entre les grandes célébrations en équipe concoctées par un de ses coach, DJ Khaled, ou les actions collectives comme Buggati, U.O.E.N.O. ou Pop That, Rick Ross a toujours été dans quelques beaux coups qui ont fini en top 20 ou top 10. Sans oublier que certaines de ses coopérations, sans grimper dans les charts, ont marqué les esprits, de Devil In A New Dress à Lord Knows.

 

Embrouilles : 60%

C'est l'un des beefs les plus suivis depuis une dizaine d'année : celui qui oppose Rick Ross à 50 Cent. Les révélations en 2009 sur le passé dans le corps arbitral de Rick Ross ont secoué sa crédibilité. Toujours en première ligne lorsqu'il s'agit de tacler par derrière les deux pieds décollés, 50 Cent en a profité, en allant faire interviewer l'ex-wag de Rozay, en multipliant les tacles non-réglementaires, ou encore récemment en souhaitant la mort de son rival. C'est de mauvais goût mais de bonne guerre : In Cold Blood de Ross mettait en scène les funérailles de Fifty.

Autre embrouille mémorable : celle avec Jeezy, qui a dégénéré en grosse bagarre à la fin d'une cérémonie des BET Awards en 2012, sans faire de blesser. Jeezy n'avait pas gouté au B.M.F. de Rick Ross, titre faisant référence à l'organisation criminelle Blowing Money Fast de Big Meech, à laquelle Jeezy fut un temps associé. Les deux ont finalement enterré la hache de guerre grâce, parait-il, à l'interviention de T.I.. Une trêve immortalisée avec le morceau War Ready, en 2014.

Enfin, l'an dernier, il a sorti les vieux dossiers sur Birdman avec le morceau Idols Become Rivals. Rozay y égratigne le patron de Cash Money Records, sur sa mauvaise gestion de la carrière de Lil Wayne et les impayés qui s'accumulent pour certains producteurs. Sans gravité pour le moment, mais ce genre de trash talk ne reste généralement jamais sans conséquence.

 

Leadership : 90%

On ne devient pas le boss sans être le véritable capitaine d'une équipe. En créant Maybach Music Group, Rozay a composé une squadra éclectique, avec des joueurs aux profils variés : la fougue en attaque avec Meek Mill en avant-centre, la solidité en milieu de terrain avec Wale en relayeur, le défenseur prêt à bouffer du tibia le long des lignes blanches avec Gunplay. Il y a bien quelques autres équipiers qui manquent de vraiment exploser (le latéral Fat Trel), quelques chauffeurs de banc (Torch, Young Breed), et d'anciens athlètes aux statistiques franchement honorables (Stalley, Omarion, Teedra Moses). Il aurait même pu signer Nipsey Hussle dans son onze floqué MMG. Mais en termes de leadership, Rozay se pose comme un des rappeurs les plus remarquables de ces dix dernières années.

 

Probabilité de poursuite de carrière : 70%

Même si sa carrière semble loin d'être terminée (son dernier album Rather You Than Me a fait un beau score outre-Atlantique), on peut légitimement penser que Rick Ross se dirige doucement mais sûrement vers son jubilé. L'enregistrement de son dixième album, Port of Miami 2: Born to Kill, annoncé pour cette année, pourrait peut-être affecté par les récents problèmes de santé de Rozay. Début mars, il a été hospitalisé pour un arrêt cardiaque suite à une pneumonie. Il est depuis ressorti de l'hôpital, mais va devoir être prudent quand à sa santé, car ce n'est pas la première fois qu'il fait un malaise et est hospitalisé. Mais à chaque fois que Ross s'est retrouvé menacé, par la mort ou les concurrents, il est revenu plus fort. On peut sans doute espérer un retour fracassant.

 

►   Score général : 75/100

 

 


Crédit photo : NBC / Getty Images

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