La fiche de perf' de Nicki Minaj

Par Raphaël Da Cruz / le 13 avril 2018
La fiche de perf' deNicki Minaj
Mouv' vous propose désormais de passer au crible les performances d'un artiste qui a marqué le rap. Après Jeezy, on évalue la carrière de Nicki Minaj.

►  Nom : Onika Tanya Maraj
►  Pseudo : Nicki Minaj
►  Âge : 35
►  Villes d'origine : Saint James, Port d'Espagne, Trinité et Tobago ; puis Queens, New York.
►  Nombre d'albums : 3
►  Titres : 1 triple disque de platine, 2 double disques de platine
►  Récompenses : 6 American Music Awards, 11 BET Awards, 3 MTV Video Music Awards, 4 Billboard Music Awards
►  Equipes : Young Money, Cash Money, Republic
►  Coéquipiers : Aucun
►  Record : artiste féminine avec le plus de chansons classées dans le top 100 du Billboard de l'histoire, avec 76 titres.

 

Ecriture : 70%

Sur la première moitié de sa carrière, Nicki Minaj a joué dans ses textes la carte de la femme ambitieuse, conquérante, combattive, de manière sérieuse ou volontairement grotesque. Une image qui se retranscrit particulièrement dans ses métaphores sexuelles ou liées à la réussite matériel, ponctuées par le fameux supadupa flow ou hashtag flow chéri par son collègue de Young Money, Drake. Exemple = « Tell them bitches blow me: Lance Stephenson », jeu de mot sur « blow » (souffler / sucer), et le geste du basketteur Lance Stephenson à l'égard de LeBron James lors d'un match Miami Heat – Indiana Pacers. Des couplets lancés avec une conviction infaillible (on en parle en-dessous), sans être souvent d'une originalité renversante. La limite a été parfois fine entre sexualité militante et objectification, à l'image de son couplet sur Only (« I never fucked Wayne, I never fucked Drake […] If I did, I'd ménage with em and let em eat my ass like a cupcake ») ou ses paroles dans son tube Anaconda. Il a fallu attendre The Pinkprint pour entendre un peu plus Onika prendre le pas sur Nicki et se livrer avec justesse sur ses émotions, son rapport à la célébrité et à ses relations amoureuses, dans des titres comme All Things Go, I Lied ou Bed of Lies.


Flow : 90%

C'est dans son rôle d'interprète que Nicki Minaj joue sa meilleure partition. A l'image de ses cheveux qui changent de couleur tous les six mois, Nicki est un caméléon du beat, capable d'adapter son débit et son interprétation sur-théâtralisé à loisirs. Son style de jeu fait penser à une évolution de ceux de Busta Rhymes et Missy Elliott. Il y a bien sûr ses moments de férocité pure, comme son couplet mémorable sur Monster, tout en folie contrôlée, entre changements de voix et rugissements bestiaux. On retrouve cette interprétation sur d'autres titres, dans lesquels elle laisse son alter ego Roman Zolanski prendre le dessus, comme sur Roman's Revenge, avec Eminem. Nicki montre aussi des instants de confiance immaculée, comme sur Did It On 'Em ou I'm Your Leader. Minaj sait aussi faire dans le ton froid et tranchant, sur des titres comme Chiraq ou Lookin Ass, où elle assène ses rimes comme des coups de fouet SM. Il y a la Minaj séductrice et surexcitée sur ses tubes pop et rose bonbon comme Superbass, où sa voix espiègle et son flow rapide sont toujours à propos. Et puis il y a évidemment la Nicki plus sensible et à fleur de peau, qu'on entend principalement sur The Pinkprint, où c'est notamment dans son chant qu'elle est la plus juste, notamment sur I Lied et Pills n Potions.

 

Voix : 85%

Nasale, malicieuse, parfois chipie, souvent pleine de détermination, la voix de Nicki Minaj colle à l'image qu'elle s'est crée de diva autoritaire et piquante. Son grain vocal lui permet ainsi de passer de raps féroces, entrés dans les annales (Monster), tout en domination et coups de menton, à des mélodies pop sucrées (Superbass) ou mélancoliques (Pills and Potion).

 

Choix des prods : 65%

C'est le léger talon d'Achille de Nicki : sa direction musicale. En voulant à la fois jouer en défense avec des aventures pop et en attaque avec des titres de rap frontaux, elle perd en efficacité sur les deux fronts du jeu. Et commet parfois de vraies fautes de goût. Pourtant, elle sait viser juste. Sur son premier album, certaines nuances pop, sur des titres tantôt r'n'b (Save Me), tantôt rap (Moment 4 Life), offrent des moments de grâce. Dans l'album suivant, Pink Friday : Roman Reloaded, le minimalisme électronique étrange de titres comme Come On A Cone, I Am Your Leader et Beez In A Trap ont montré un sens de l'audace chez Minaj. C'est sur The Pinkprint qu'elle a peut-être trouvé la meilleure formule, avec des beats lents et des mélodies pop étouffées d'un côté (All Things Go, Pills and Potions), et des instrus sombres et épurés de l'autre, avec le single Only, ou les extras Truffle Butter et Lookin Ass. Mais ce sens aigüe pour des instrus rap originaux est entaché par ses penchants pop kitchs, comme Check It Out ou les expérimentations indigestes de Swizz Beatz (Catch Me, Wave Ya Hand) sur Pink Friday, ou ses appels sur l'album suivant à RedOne et Dr. Luke, grands manitous de la pop FM, pour les efficaces mais fades Starships, Pound The Alarm et Va Va Voom. Nicki alterne entre coups francs spectaculaires et penaltys face à des cages vides.

 

Feats : 90%

Avec, à la louche, 170 featurings, Nicki Minaj est une joueuse présente sur des nombreux actions qui ont terminé leurs cours au fonds des filets. BedRock de Young Money, Bottoms Up de Trey Songz, Make Me Proud de Drake, Dance(A$$) (Remix) de Big Sean, Motorsport de Migos, Rake It Up de Yo Gotti : autant de performances collectives auxquelles Nicki a pris part. C'est dans certaines victoires moins éclatantes que ses performances lui ont valu des passages en boucle, comme des retournés acrobatiques rejoués dans des Vine, particulièrement ses couplets dans le Monster de Kanye West ou My Chick Bad de Ludacris. Elle a souvent aussi fait des merveilles avec des athlètes pratiquant une autre discipline que la sienne le temps de match de gala : Turn Me On et Hey Mama de David Guetta, Bang Bang de Jessie J, Beauty and a Beat de Justin Bieber, Side to Side d'Ariana Grande ont tous été des hits internationaux.

 

Embrouilles : 65%

Joueuse ambitieuse, Nicki Minaj s'est forcément faite des ennemis sur le terrain. Et Nicki est du genre à démarrer au quart de tour quand on la chauffe un peu trop. Ses trash talks les plus connus sont ceux concernant Remy Ma, avec qui elle traine une embrouille depuis plus de dix ans. Leur bisbille a pris un tournant plus agressif lorsque Remy Ma a sorti l'an dernier le titre Shether, auquel a répondu Minaj avec No Frauds. Autre embrouille : celle avec Lil Kim, qui reprochait à Nicki Minaj de ne pas assez rendre hommage sur ce qu'elle lui devait artistiquement. Réponse de Minaj en un track, avec Stupid Hoe. Enfin, Minaj n'a pas hésité aussi à égratigner, sur les réseaux sociaux et à la télévision, les idoles pop Taylor Swift et Myley Cyrus autour du débat de l'appropriation de certains codes afro-américains.

 

Leadership : 0%

Malgré son talent pour produire de remarquables collaborations, Nicki Minaj n'a révélé pour le moment aucun donc particulier pour développer d'autres futurs talents. Elle n'a pas créé son propre label / crew comme son mentor Lil Wayne avec Young Money, sur lequel elle est signée et pour lequel elle a participé à la compilation We Are Young Money. Niveau capitanat et coaching, on est donc pour le moment au niveau 0.

 

Probabilité de poursuite de carrière : 100%

L'absence de Nicki Minaj des réseaux sociaux depuis la fin 2017, après son triplé No Frauds / Changed It / Regret In Your Tears quelques mois plus tôt, accroissait un peu plus les spéculations chaque semaine. Nicki Minaj était-elle retournée s'entrainer dans la salle du temps pour revenir encore plus forte ? Avait-elle au contraire une panne d'inspi ? La réponse est tombée début avril : « she's back ». Un retour sur le terrain avec deux titres : Chun-Li et Barbie Tingz. Deux titres rap pur jus, aux beats épurés, rappelant presque le rap old school new yorkais pour Barbie Tingz, sur lesquels Nicki vient réaffirmer son statut de reine du rap (Had to come off IG so they can't stalk me / All they do is copy looks, steal music too), prête à jouer le rôle de la méchante pour être considérée toujours au top. Une hargne qui laisse entrevoir des phases de jeu intéressantes pour son prochain match.

 

►   Score général : 66/100

 


Crédit photo : Jeff Kravitz / Getty Images

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