La fête des mères des rappeurs

Par Yérim Sar / le 26 mai 2016
La fête des mères des rappeurs
Au cas où vous l’auriez oublié (honte à vous), dimanche prochain c’est la fête des mères, et oui. Les rappeurs aiment souvent leurs mamans plus que tout au monde, et ça inclut leur voiture et leurs ventes en première semaine. Le moment est donc venu de rappeler quelques déclarations toutes mignonnes des artistes pour leurs génitrices.

L’univers du rap répond à plusieurs codes, au niveau de l’esthétique comme du discours, et une des constantes reste l’expression de l’affection à la figure maternelle. Dans les classiques, difficile de ne pas citer côté français l’incontournable Mama Lova, d’Oxmo Puccino, où plutôt qu’un morceau centré sur sa mère à lui, il rappe une ode à toutes les mamans du monde en rappelant à leurs fils l’importance de la figure maternelle en général, avec son style bien à lui.

 

Vient ensuite Une Femme Seule d’Akhenaton, où il décrit le parcours très difficile d’un personnage qu’on peut croire fictif jusqu’à ce qu’il révèle plus tard dans le morceau qu’il s’agit ni plus ni moins de sa mère.

 

Plus récemment, d’autres ont pris le relai sur ce créneau un peu intime. Sch dont l’album Anarchie sort demain y a intégré le morceau Allo Maman (tout est dans le titre) qui ne se focalise pas entièrement sur sa mère mais sur le fait qu’il soit désormais assez peu présent à ses côtés. D’ailleurs il doit y avoir quelque chose qu’on ne sait pas sur l’impact du morceau originel de Souchon Allo Maman Bobo dans le Sud de la France parce qu’il y a des années c’était L’Algérino qui signait un morceau portant le même titre. Guizmo l’avait joué nostalgique de son enfance sur Maman Stp, avec ce moment assez incroyable où l’on peut presque avoir l’impression qu’il va lâcher une larme sur le dernier plan du clip ; MHD s’adresse à sa mère sur Maman j’ai mal, l’estimant seul véritable témoin de son parcours. Au détour de plusieurs rimes, les frangins de PNL dressent un constat assez dépressif de l’absence de figure maternelle dans leur vie sentimentale : « Pas besoin des bras d'une femme, j'connais pas ceux de ma mère. » (N.O.S sur Simba).

Evoquer la figure maternelle c’est aussi parfois se confronter à l’inévitable, à savoir sa perte, passée ou future. Le rap français a carrément fourni des singles en bonne et due forme sur le sujet. Rappelez-vous Pit Baccardi.

 

… ou encore Sexion D’Assaut

 

Nakk, lui, a préféré une ambiance bien plus intimiste, où il part du point de vue de sa mère pour ensuite raconter d’une façon plus large le parcours de sa famille, malheureusement assez tragique par moment. Comme le rappelait l’intéressé « quand tu vois le titre tu te dis encore un énième morceau triste sur la mère... Je vais faire l'artiste 2 secondes mais franchement celui-là je l'ai fait sans calcul. Je me suis vraiment mis à nu. Mais tu sais que... C'est peut-être le morceau le plus important de ma vie. C'est pas un morceau pour le public rap, c'est un morceau pour ma famille. C'est un des rares où j'ai pris la peine de tous leur envoyer, tantes, cousins... J'ai perdu mon frère en novembre et c'était ma façon de clôturer le deuil. Ils ont été touchés, ils ont trouvé que c'est un joli morceau. Et quand j'ai des commentaires qui trouvent le morceau un peu beau, c'est tout ce que je voulais. Je voulais pas faire un truc plombant, ni larmoyant. »

 

Si l’on se concentre sur l’outre-atlantique, le morceau culte de Tupac Shakur reste une valeur sûre, les lyrics très premier degré du rappeur sont mimi-tout-plein et le sample s’occupe du reste.

 

Curieusement, un autre rappeur, des années plus tard, a fait ce qu’on pourrait considérer comme l’exact miroir inversé de ce morceau : Eminem, avec le très teigneux Cleanin’ Out My Closet, où il vide son sac concernant tout ce qu’il reproche à sa mère, évoquant des souvenirs d’enfance qui fleurent bon la maltraitance et les white trashs de Détroit. C’est sûr que c’est moins cartoonesque que quand il faisait mine de s’interroger ironiquement « comment tu vas m’allaiter si t’as pas de seins ? » comme sur My Name Is.

 

 L’école américaine a, à nouveau, de l’avance sur la France puisque certains rappeurs sont passionnés par les mères en général et pas seulement la leur. Comme Big Sean sur Milf ou, dans un registre plus extrême, UGK sur Pregnant Pussy et son légendaire « pregnant pussy is the best you can get, fucking a bitch while her baby suc**** di*** ». Cette phrase a marqué beaucoup de monde, puisque Tyler The Creator l’a reprise sur Tron Cat (« Rape a pregnant bitch and tell my friends I had a threesome ») et Kaaris à son tour sur Lourd Lourd (« et si t’es enceinte, bah ça me fera un plan à 3 »). Pour sa défense rappelons que Kaaris sait être un fils attentif et dédicace sa mère à qui il adresse une partie du texte de Or Noir : « Et j'ai juré d'être hardcore, jusqu'à ma mort. Tu m'as dit : "Petit tu as tort, le monde est rempli de choses que tu ignores".

Ceci dit, même les déclarations d’amour des rappeurs pour la véritable première femme de leur vie prennent parfois des chemins un peu déroutants.

Par exemple, on racontera souvent à sa môman ses exploits dans la rue, même si elle n’a strictement rien demandé de tel :

« Mama t'inquiète pas, papa t'inquiète pas, ton fils est un soldat, j'ai un brolic sous les draps » (NiskaMama) ; « J'fais un peu de billets verts, la moitié pour la mama » (Hamza - Ennemis), « Insulte ma mère et c'est du ferme que je prends » (Hamza - By the way) ; « Moi j'veux de l'oseille. Pour en obtenir des fois c'est l'hécatombe. Peu importe, si la daronne veut faire le tour du monde » (BoobaPitbull).

 

Certains n’hésitent pas à mettre leur maman sur un piédestal, quitte à peut-être parfois en faire un poil trop : "Je vous baise tous, je vous dois rien, y'a que Maman qui m'a donné du lait" (Gradur - Terrasser).

L’amour filial amène d’autres à faire des folies : « Je vais sniffer les cendres de ma mère pour qu'elles restent dans ma tête pour pas que je puisse oublier » (Seth GuekoAdria Music)

Par contre, évitons de trop parler psychanalise, ça brise la magie : « d’ailleurs nique ta mère si t’as le complexe d’Œdipe » (Despo RuttiAdria Music)

Il faut dire que la maman est en général très compréhensive avec son fiston, et que c’est aussi ça qui fait d’elle quelqu’un d’unique et indispensable :

« Ma mère serait fière de moi, j’ai préféré faire le rappeur qu’aller à la fac » (Hoos - Aniki). Bon ok, en réalité Hoos a clairement reconnu qu’il s’agissait d’une phrase au second degré : sa mère n’étant plus de ce monde, il lui a consacré une morceau hommage, qui ne parle pas d’elle à longueur de couplet mais plutôt des conséquences de son absence sur la famille :

 

A noter que « maman dort » signifie qu’elle est décédée mais que le « maman ne dort pas » de DjaDja et Dinaz n’entraîne pas du tout une thématique plus joyeuse vu que ça fait référence à ses soucis face aux conneries de son fils délinquant.

 

Bref vous l’aurez compris, pas question de juger ou pire, de regarder de haut les mamans, quelle que soit leur position : « Dans le hip-hop une règle est de n'pas dire du mal des prostituées : on n'se moque pas du travail des mamans des MC's français » (Fuzati - Dead HipHop)

Pourtant, les mamans ne sont pas toujours à la fête puisqu’elles sont aussi partie prenante dans d’innombrables insultes dans d’innombrables morceaux, comme le délicieux « nique ta mère, fils de pute, ou c’est nous qui allons le faire » (Sévère) ou l’indétronable « Tu peux rapper ta mère, tirer ta mère, être balaise ta mère, on te baisera quand même ta mère. » (J’rappe mieux que toi), signés Rohff. Mais le rappeur du 94 a écouté les conseils (« Maman m’a dit ‘faut que tu te calmes » Dans le game) et sait aussi se livrer quand il le faut, comme en témoignent le passage « ta maman c'est elle qui t'a enfanté, allaité, tu lui dois plus que la bonté, 9 mois de souffrances tu découvres malgré tout son visage enchanté » de Fiston et surtout l’intégralité du premier couplet de Toujours ton enfant.

 

Comme quoi, même pour un rappeur, les mamans ont des super pouvoirs que tous leur envient. On va conclure avec Jul qui avait évoqué avec nous le morceau Mama lors de notre entrevue : J'avais fait un son pour elle et mon frère, Le sang. Cette fois c'était dur. Eh ouais, là c'est pas pareil que les autres, là il faut dire que des bons trucs. C'est la mama là, tu vois. C'était très dur à faire et j'ai mis longtemps... D'habitude je mets 2 heures, là j'ai mis l'après-midi entière. Je suis satisfait, sinon je l'aurais pas mis dans l'album. Je l’aurais refait jusqu'à ce qu'il soit bien, refait, refait et re-refait. Ah ouais. Il fallait que ce soit bien. Je lui ai pas fait écouter, elle aura la surprise avec l'album. Moi tu as vu j'aime pas, genre dans ma famille, on s'aime comme pas possible mais on est fiers, on se dit pas les choses. Mais sinon en général, elle est au courant, elle sait toute mon actu, elle sait tout de moi, ma mère, elle suit. Ah oui.

 

 

 


 

Crédit photo : Monica Morgan /Getty Images

 

Par Yérim Sar / le 26 mai 2016

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