La Chine censure des mangas japonais

Par Augustin Arrivé / le 12 juin 2015
Pékin très sévère sur les mangas japonais
La Chine applique désormais une censure beaucoup plus stricte sur les ouvrages destinés à la jeunesse. Les premières victimes de cette politique sont les fans de mangas et d'animés, qui ne peuvent plus trouver certaines de leurs séries préférées.


La Chine est en train de devenir un nouveau mastodonte de la bande dessinée mondiale. On en avait parlé en janvier dernier, alors que le festival d'Angoulême consacrait pour la première fois un pavillon entier à l'Empire du Milieu : les manhuas (mangas chinois) se développent et commencent à concurrencer le voisin japonais. D'excellents titres font leur apparition chez nos libraires (ainsi Joker Danny, dont le premier tome vient d'être traduit en français chez Urban China).

Est-ce un hasard ? : Pékin semble accélérer ce processus. De plus en plus de séries japonaises se retrouvent interdites, mises à l'index par la censure d'Etat. C'était le cas depuis 2007 de Death Note, best-seller horifique en cours d'adaptation ciné par Hollywood (Adam Wingard à la caméra). Et participant de cette propagande, un sondage publié en 2011 classait ce manga en tête des plus détestés par le public chinois (mais comment peuvent-ils s'en faire un avis ?).


"Death Note", de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata © Kana, 2015


Au début du mois, la liste des titres bannis du territoire a encore augmenté. Trente-huit séries imprimées ou animées sont interdites par le ministère de la Culture. L'argument avancé serait qu'elles inciteraient la jeunesse à sombrer dans "la délinquance", par "l'esthétisation de la violence, la pornographie et le terrorisme".

Ainsi l'animé Blood C, quatre ans d'existence, a disparu des télévisions et des sites internet chinois la semaine dernière. Les sites contrevenants seront coupés. Blood C suit une jeune fille sujette à des visions cauchemardesques et sanglantes. Ca ne passerait vraisemblablement pas dans TFou, mais de là à l'interdire partout...


Image extraite de "Blood C", de Nanase Ohkawa © Studio Production I.G., 2011


A cette liste s'ajoutent des consignes, notamment à destination des chaînes de télévision chinoises, sommées (selon la BBC) de favoriser les animés produits en Chine. On se rappelle que la même censure a récemment fait interdire la sitcom américaine The Big Bang Theory, pourtant tout public. A l'époque, Pékin évoquait des contenus "vulgaires voire obscènes". A côté de cette sévérité de façade, le magazine chinois True Colours n'a pas hésité à traduire en mandarin l'album Shenzhen de Guy Delisle en 2012/2013, pourtant très critique sur le pouvoir en place. Pékin a ses raisons que la raison ignore.

 

 


 

Illustration de couverture : Black Butler, de Yana Toboso © Kana, 2006

 

Par Augustin Arrivé / le 12 juin 2015

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