La BD qui redonne le goût des livres

Par Augustin Arrivé / le 30 avril 2015
La BD qui redonne le goût des livres
Ils s'aimaient l'un l'autre presque autant qu'ils aimaient les livres. Ils aimaient lire presque autant qu'ils aimaient les bouquins. Ils en ont fait leur vie, une passion communicative racontée en BD par les géants Daniel Pennac et Florence Cestac.

 

 

Elle vient de déguster un onglet de boeuf parce qu'elle a bouffé du poisson tout le week-end. Il a commandé une dorade parce qu'il revient d'Argentine où il a fait des réserves de viande pour l'année. Florence Cestac, fondatrice des éditions Futuropolis et signature culte de Pilote, L'Echo des Savanes et du Journal de Mickey, et Daniel Pennac, scénariste de Lucky Luke et auteur de la saga Malaussène, déjeunent souvent ensemble, comme ce midi-là, dans leur bistrot de quartier.

 

Florence Cestac et Daniel Pennac (et une mini-dauphine), à table dans leur QG parisien © Augustin Arrivé

 

C'est là, dans le quartier Montparnasse à Paris, qu'ils se sont racontés leurs souvenirs. Les deux artistes sont tellement complémentaires qu'on s'étonne qu'ils ne se soient pas retrouvés plus tôt sur un projet commun. Cet Amour exemplaire (chez Dargaud), c'est celui de Jean et Germaine, les voisins de la grand-mère de Pennac, tout autant que celui de Germaine et Jean pour les livres.

C'étaient de passionnés lecteurs qui adoraient le livre comme objet et le texte comme savoir.


 

Extrait de "Un amour exemplaire", de Florence Cestac et Daniel Pennac © Dargaud, 2015

 

Jean venait d'une famille d'aristos, Germaine était la servante du premier mariage de Jean. Seuls les livres pouvaient les rassembler. Lorsque ce fut fait, leurs familles les ont mis à la porte. Les voilà partis sur les routes, traînant une charrette de bouquins : toute leur fortune.

Ils avaient chez eux deux bibliothèques : celle des livres intouchables, les éditions originales, tout ce qui se collectionne, et en dessous, à la cave, les mêmes livres mais qu'on avait le droit de lire. Ils étaient complètement cinglés.


 

Extrait de "Un amour exemplaire", de Florence Cestac et Daniel Pennac © Dargaud, 2015

 

En revendant de vieilles éditions, ils ont retapé leur maison. C'est comme ça, notamment, qu'ils gagnaient leur vie. Ils ne sacralisaient pas les oeuvres : ils les partageaient, comme dans ces séances de lecture que Jean organisait. Le tout était de transmettre le goût de lire. "Mais ça ne veut rien dire, transmettre le goût de la lecture !", corrige Daniel Pennac. "Transmettre le goût de la lecture, c'est transmettre absolument tout."  Soit : Jean et Germaine transmettaient donc tout.

 

Extrait de "Un amour exemplaire", de Florence Cestac et Daniel Pennac © Dargaud, 2015

 

C'est avec eux que le petit Daniel relisait les frères Karamasov ou découvrait Marcel Proust. Sans jamais d'effort. Avec jeu et plaisir. "C'est sensuel, un livre", tente Daniel Pennac, "et lire n'est pas un acte vertueux. On peut aussi bien lire des conneries." Florence Cestac abonde dans le même sens :

 Il faut que ce soit un plaisir, la lecture. Quand on vous oblige à lire, ce n'est jamais terrible...


 

Personne, donc, ne vous y oblige, mais on vous le conseille vivement : lisez cet Amour exemplaire. Ne serait-ce que pour goûter à la poésie des bonsaïs. On ne vous en dit pas plus.

 


 

Toute l'actu de la bande dessinée sur Mouv', c'est par ici.

Illustration de couverture : Un amour exemplaire, de Florence Cestac et Daniel Pennac © Dargaud, 2015

 

Par Augustin Arrivé / le 30 avril 2015

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