La BD, c'est mieux que les cours d'Histoire

Par Augustin Arrivé / le 20 mars 2016
La BD, c'est mieux que les cours d'Histoire
Deux albums viennent de sortir qui répondent chacun à leur manière au très actuel "devoir de mémoire". D'un côté, une adaptation fidèle du Journal d'Anne Frank raconte la Shoah avec pudeur, de l'autre des gags déjantés nous replongent, un siècle plus tard, dans les tranchées de la Grande Guerre.

 

 

"Le sujet n'avait jamais été abordé de manière humoristique." Pour un numéro spécial de Fluide Glacial consacré à la guerre, Guillaume Bouzard se lance donc : il racontera le quotidien des tranchées de 14-18 en gardant le sens de la déconne. Les Poilus, paru en album en février 2016 alors qu'on commémore le centenaire de Verdun, propose de suivre le soldat Foufoune ou le première classe Goudeau qui sent le rat rôti depuis qu'il a cramé sous les lignes ennemies.

 

Extrait de "Les Poilus, tome 1" de Guillaume Bouzard © Fluide Glacial, 2016

 

L'auteur n'a aucun lien particulier avec la boucherie de la Grande Guerre, il a choisi ce thème simplement parce qu'il y avait selon lui matière à rigoler. "Les types, là-bas, ils ne faisaient pas que pleurer, ils avaient certainement parfois des tranches de rigolade." Il refuse les tabous et ça nous permet d'aborder l'horreur militaire sans se prendre la tête.

Il ne raconte pas n'importe quoi. Potache, parfois gras, il ne sombre jamais dans le foutage de gueule : "J'allais me documenter sur les tranchées, sur leurs vies, pour trouver des éléments de départ pour mes histoires, et puis je les adapte à ma sauce." Ce tome 1 peut être une porte d'entrée moins barbante pour évoquer ce conflit que les vieux bouquins d'époque qui prennent la poussière chez Papy.

 

Extrait de "Les Poilus, tome 1" de Guillaume Bouzard © Fluide Glacial, 2016

 

C'est cette ambition de transmission qui anime Ozanam, le scénariste à l'origine de l'adaptation du Journal d'Anne Frank en bande dessinée. "C'est la première fois que je me bats pour une cause plutôt que pour mes propres histoires. Si des jeunes qui n'ont pas le goût de la lecture ouvrent cet album parce que c'est en BD, et sont ainsi sensibilisés à l'histoire d'Anne Frank, alors j'aurai gagné." Il aimerait que cette adaptation soit utilisée en classe par des professeurs.

En plus d'être un vecteur d'infos plus attrayant, la BD permet aussi d'apporter, par l'image, une clé de lecture supplémentaire. Ici, les dessins de Nadji servent à visualiser précisément la fameuse "annexe" dans laquelle la jeune juive a vécu cloîtrée avec sa famille pour échapper à la Shoah.

Dans le livre d'origine, on trouve des plans d'architecte, vus de dessus. Avec la BD, j'espère qu'on se repère mieux. On comprend qu'il y a des voisins, que même le bruit qu'on fait en dormant devient un problème.


 

Extrait de "Journal d'Anne Frank", d'Ozanam et Nadji © Soleil, 2016

 

On est loin de la rigolade des Poilus. Le sujet ne s'y prêterait pas. Ozanam reste scrupuleusement fidèle au témoignage de l'adolescente. Et comme avec le livre, on réalise à quelle point elle nous ressemblait. Anne Frank, ç'aurait pu être nous, ç'aurait pu être notre pote.

 


 

Illustration de couverture : Journal d'Anne Frank, par Ozanam et Nadji © Soleil, 2016

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Par Augustin Arrivé / le 20 mars 2016

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