L'oeil du Professeur Cyclope vogue sur le numérique

Par Marie Moglia / le 06 juin 2014
L'oeil du cyclope
Un œil au regard un peu fou : c'est le logo de "Professeur Cyclope", une revue mensuelle de BD entièrement numérique. Le 11 juin, elle s'exporte des écrans pour exposer le travail de ses auteurs au Stereolux de Nantes, en promettant une expérience "interactive" et "tactile". L'occasion de s'intéresser au penchant des auteurs de BD pour le numérique.

L'oeil frénétique du Professeur Cyclope, c'est surtout l'oeil du lecteur, plongé dans une espèce de folie numérique et jouissive relayée uniquement par les écrans d'ordinateurs ou de tablettes.

 

Le projet, soutenu par Arte, s'est lancé en mars 2013 à l'occasion du 41ème festival d'Angoulême. Cinq auteurs en sont à l'origine : Cyril Pedrosa, Fabien Velhmann, Brüno, Hervé Tanquerelle et Gwen de Bonneval. Leur QG est basé à Nantes, dans un ancien bunker de la Seconde Guerre mondiale. Et comme le suggère cet article immersif des Inrocks :

On comprend vite en y traînant qu'il faut être fou pour s'enterrer là derrière une table de dessin ou un ordi.


 

Mais est-ce un pari fou que de créer une revue BD numérique ? Quelques projets surfent déjà sur la vague. C'est le cas par exemple de La Revue Dessinée ou de Mauvais Esprit.

Car en réalité le point commun de ces initiatives, c'est la volonté de s'emparer d'un créneau que les éditeurs tardent à occuper, dans une période difficile pour le support papier, comme l'explique Philippe Dupuy, auteur, contributeur et directeur artistique de l'exposition :

 

Vers un eldorado du numérique ?

Si la BD n'est pas un produit accessible à tous (notamment à cause des prix, variables selon les maisons d'éditions), on pourrait penser que le numérique favoriserait la démocratisation du genre, puisque les tarifs y sont moins élevés. Sur Professeur Cyclope par exemple, un abonnement au mois coûte 5 euros; 33 euros pour un an.

En fait il semblerait que les lecteurs aient du mal à prendre le pli du numérique. Ainsi la première année de Professeur Cyclope a réuni 1 000 abonnés. Aujourd'hui, la revue en compte 800. Alors qu'est-ce qui freine le lectorat de la Toile, pourtant coutumier des blogs d'auteurs comme ceux de Pénélope Bagieux, Margaux Motin ou Boulet ? Cyril Pedrosa a son avis sur la question :

 

Le lectorat des blogs n'est pas celui de la BD. L'auteur Thomas Cadène a la même opinion sur ce sujet qu'il maîtrise bien. En effet il est à l'origine d'une série née sur Internet, Les Autres Gens, qui a fonctionné sur les écrans jusqu'en juin 2010 avant d'être exclusivement publiée sur papier*:

Je suis très sensible à cette idée de complémentarité entre le web et le papier.


 

S'il est un passionné du numérique, Thomas Cadène émet tout de même une réserve sur le support Internet qui a certes mobilisé un lectorat important pour les blogs, mais qui selon lui demeure rigide :

 

Le numérique, un support innovant

Reste que pour les auteurs, le numérique est un formidable terrain d'expérimentations et d'innovation, même si l'informatique est désormais, et depuis plusieurs années, un de leurs outils de travail. Une réserve toutefois : l'ordinateur ne change rien à la destination, comme l'explique encore Thomas Cadène.

 

Crédit photo : Philippe Dupuy - Marie Moglia / Le Mouv'

Pour certains, comme Philippe Dupuy, l'évolution du numérique c'est aussi l'opportunité de se renouveler. C'est la raison pour laquelle il contribue à Professeur Cyclope où il publie Une histoire de l'Art, un récit en scroll (défilement) :

 

La BD numérique, c'est donc un univers d'expériences assez folles et terriblement créatives. Un univers stimulant où tout est encore à faire et à découvrir. Et ceux qui ont envie de se plonger dedans, amateurs de BD ou non, pourront en découvrir les coulisses à l'exposition du Professeur Cyclope qui se tiendra à Nantes du 11 juin au 6 juillet prochain.

Exemple d'une installation qui sera exposée à Nantes - Crédit photo :  ©Jorge Fidel Alvarez

*Professeur Cyclope annonçait également, le 28 mai dernier, la parution de ses deux premiers albums : Iba, de Pierre Maurel et Le Sourire de Rose de Sacha Goerg.



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Par Marie Moglia / le 06 juin 2014

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