L'homme qui achète tous les vinyles du monde

/ le 12 août 2014
L'homme qui achète les vinyles du monde entier
C'est une belle histoire que raconte le New York Times. Une de celles qui pourraient devenir le scénario d'un film. Ou inspirer un écrivain. C'est l'histoire d'un homme très riche et passionné qui essaye de collectionner tous les vinyles du monde.

 

En 40 ans, Paul Mawhinney a amassé quelques trois millions de vinyles. La plupart d'entre eux, complètement oubliés, étaient voués aux ordures. Gérant d'une boutique de disques à Pittsburgh, Pennsylvanie, il n'est pas seulement un mélomane. C'est un gardien de la mémoire.

Depuis des années Mawhinney désespérait de trouver un investisseur qui accepterait de racheter sa collection pour la préserver. Pendant près 20 ans, il a cherché cette personne. Jusqu'au jour où un ami lui montre une mystérieuse annonce publiée dans le Billboard magazine:

RECORD COLLECTIONS. We BUY any record collection. Any style of music. We pay HIGHER prices than anyone else.


COLLECTION DE VINYLES. Nous ACHETONS n'importe quelle collection. N'importe quel style de musique. Nous payons PLUS CHER que n'importe qui.

Résultat: huit semi-remorques de 16 mètres de long débarquent à son entrepôt à l'automne dernier. Ils repartent chargés de vinyles, sans que Paul Mawhinney n'ait jamais rencontré l'acheteur. Au journaliste du New York Times il assure:

Je ne sais absolument rien de lui. Je sais juste que tous les vinyles ont été expédiés au Brésil.


 

Quelques semaines plus tôt Murray Gershenz, l'un des plus grands collectionneurs de la côte ouest des Etats-Unis, cède peu avant sa mort son impressionnante collection à un acheteur anonyme. A l'instar de Mawhinney, Gershenz désespérait depuis des années de ne pas trouver de musée ou de bibliothèque qui accepterait de conserver ses vinyles. Ils ont tous été expédiés au Brésil. Coïncidence ?

La boutique de Gershenz ferme ses portes fin 2012. Chaque vinyle restant (200 000 en tout) fini entre les mains d'un homme riche et fou (de musique surtout) qui ambitionne de collectionner tous les vinyles du monde.

Le collectionneur

Zero Freitas a 62 ans. C'est un homme d'affaires brésilien et bienheureux, qui collectionne des vinyles depuis qu'il est adolescent. Passionné et compulsif, il confie au New York Times qu'il a passé 40 ans en thérapie pour essayer de comprendre une lubie qui remonte à l'enfance (ses parents avaient une collection de 200 disques).

C'est en décembre 1964, à 12 ans, qu'il achète son premier vinyle. Lorsqu'il termine le lycée il en possède déjà près de 3 000. Après un passage à l'université où il étudie la musique, il reprend la petite affaire familiale: une compagnie de bus qui dessert la banlieue de Sao Paulo. Il la fait fructifier et devient riche. Zero Freitas a 30 ans et détient maintenant plus de 30 000 vinyles.

Est-ce sa passion dévorante ou son business qui déchire son couple ? Reste qu'après s'être séparé de sa femme, l'homme d'affaires achète avec encore plus de frénésie et rapidement, sa collection se compte en six chiffres. Certains des vinyles qu'il a acquis sont de véritables raretés.

Il y a par exemple ce 45 tours de 1962, Barbie, un single enregistré par Kenny and The Cadets, un groupe qui n'a pas fait long feu mais qui comptait Brian Wilson au chant, quand il n'était pas encore leader des Beach Boys.

 

Il y a aussi cet enregistrement de William Powell, Heartache Souvenirs / Chicken Shack, que Freitas s'est procuré sur eBay pour la modique somme de 5 000 $.

 

Une caverne d'Ali Baba

Aujourd'hui Zero Freitas possède un entrepôt de 25 000 mètres carré où il conserve son trésor. Il a même embauché une douzaine de stagiaires pour apporter un peu de logique et d'organisation à sa folle obsession. Trier des millions de vinyles, ce n'est pas une mince affaire.

Chacun d'entre eux répertorie environ 500 albums par jour. Un travail long, quasi titanesque et qui n'est pas prêt d'en finir. Par exemple, entre juin et novembre 2013 (cinq mois donc), 10 000 vinyles sont arrivés à l'entrepôt. Il arrive même à Freitas d'acheter des disques qu'il possède déjà. Mais quel est l'intérêt de détenir une telle collection, si elle n'est partagée avec personne ?

Comme il l'explique au New York Times, Zero Freitas envisage désormais de monter son entrepôt en entreprise. Il a même déjà trouvé le nom: Emporium Musical. Il faut imaginer un gigantesque complexe entièrement dédié à la musique...

L'année dernière, le gouvernement fédéral lui a donné l'autorisation d'importer des vinyles d'occasion. Une activité qui jusque là n'était pas vraiment autorisée par les responsables du commerce au Brésil. Cela nécessitera d'enregistrer chaque archive (car c'est bien ce dont il s'agit) comme un produit à but non lucratif. Ainsi déclarée, la collection pourra être déplacée et installée dans cet improbable Emporium Musical.


 

(via The New York Times)

Pour en savoir plus:

Le collectionneur Paul Mawhinney (mentionné plus haut) a fait l'objet d'un documentaire, The Archive de Sean Dunne. Rue89 en parle ici.

 

/ le 12 août 2014

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