L'enfer des viols aux Etats-Unis : le docu "Audrie et Daisy" [vidéo]

/ le 25 août 2016
"Audrie et Daisy", le docu autour du viol aux Etats-Unis [VIDEO]
Cela a été l’une des sensations du dernier festival Sundance : un documentaire, Audrie and Daisy, retrace l’enfer vécu par deux jeunes mineures américaines après leur viol respectif. Acheté par Netflix, il sera disponible le 23 septembre sur la plateforme.

Audrie et Daisy ne se connaissent pas, et pourtant leurs histoires se font terriblement écho. Alors qu’elles sont toutes les deux au lycée dans des villes reculées des Etats-Unis, elles se font violer par des garçons qu’elles considèrent comme des amis. Ensuite, Audrie et Daisy connaissent la même descente aux enfers : l’indifférence générale, le harcèlement et les tentatives de suicide. Si Daisy est encore en vie aujourd’hui, Audrie, elle, est décédée en 2012.

 

A 15 ans Audrie est violée par trois de ses camarades de lycée alors qu’elle est inconsciente à cause de l’alcool. Impossible de se rappeler de ce qu’il s’est passé lors de sa soirée, la jeune fille obtient des réponses le lendemain : des photos sont publiées sur les réseaux sociaux et elle se découvre –en même temps que des milliers d’autres utilisateurs - allongée, en train d’être pénétrée par les trois garçons en qui elle avait confiance. Moquée, harcelée, elle multiplie les appels au secours avant de se donner la mort quelques jours plus tard.

Maintenant, j'ai une réputation de laquelle je ne peux plus me débarasser. Ma vie est finie. 


                                                                                                            Audrie, à l'une de ses amies 

Pour Daisy, les faits diffèrent à peine : la même année, alors qu’elle a 14 ans, elle rejoint les amis de son grand-frère à une soirée. L’un d’entre eux abuse d’elle. Problème : l’adolescent en question est le fils d’un ancien député Républicain et quand Daisy porte plainte, une majorité des habitants de sa petite ville (Maryville, Missouri) lui en veut. Sa maison est même détruite par un incendie criminel ; sa famille n’a alors pas d’autres solutions que de déménager. Face à la tourmente et parce que l'affaire est classé sans suite, la mère de Daisy desespère et demande, sur Facebook, l'aide du groupe Anonymous. Elle supprime son message mais obtient tout de même gain de cause. En octobre 2013, les Anonymous postent une vidéo sur Youtube et créent une page Facebook qui rend public le nom du violeur présumé :

Nous exigeons l'ouverture immédiate d'une enquête sur la façon dont les autorités locales ont traité le cas de Daisy. Nous voulons savoir pourquoi les suspects ont été libérés (...) Nous ne pardonnons pas. Nous n'oublions pas.


 

Avec ce documentaire, les réalisateurs Bonni Cohen et Jon Shenk veulent dénoncer cette épidémie de viols d’adolescentes. Remettre en question la vérité. S’attaquer à la machine judiciaire américaine qui s’efforce d’instruire ce type d’affaires pendant que la société néglige le droit des victimes. Ces dernières apparaissent souvent comme les fautives de leur propre drame : Audrie comme Daisy ont ainsi été accusés d’avoir trop bu. Une fois encore, on pense que les femmes l’ont bien cherché, pendant que les hommes, eux, ne font que profiter de la situation. Les réalisateurs ont aussi à cœur de mettre en avant le rôle des réseaux sociaux et l’impact du harcèlement sur ces affaires de viol. Ils racontent le parcours hors du commun des quelques filles qui ont eu le courage de s’exprimer et de se défendre. Pour briser le silence. 

 


 

Par Violaine Prior
Crédit photo : captures d'écran Netflix


 

/ le 25 août 2016

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