L’art du RIP dans le rap français

/ le 26 novembre 2016
L’art du RIP dans le rap français
Parce que le rap est un genre musical connecté à une réalité parfois dure, il ne fait pas l’impasse sur un sujet à la gravité extrême : la mort. Mouv’ revient sur les différentes approches de ce passage presque obligé dans la discographie de tout MC français.

Hommage à la famille

''Où est le Diable ? Plus je grandis, plus Dieu est petit. Je te rejoindrai au Paradis dans un train d'Enfer : tu me manques...''

On commence avec les disparitions les plus tragiques, celles concernant la famille. En 1999, Pit Baccardi, qui est aussi le frère du rappeur Dosseh, sort son premier album. Un album éponyme de 17 titres, considéré aujourd'hui comme un classique du rap français. Parmi les très lourds ''Profession MC'' ou encore ''J'ai vu'', une chanson nous a tous marqués, nous mettant encore des frissons aujourd'hui : sur ''Si loin de toi'', Pit Baccardi rend hommage à sa mère, décédée à sa naissance.

 

''Je souhaite à tous les gens du monde d'avoir une mère comme toi et pas au pire de mes ennemis de perdre une mère comme toi...''

On se souvient tous de Aller-Retour, le 2ème album de La Fouine sorti en 2007. Sûrement un de ses meilleurs projets : on y retrouve son classique ''Qui me peut stopper'' mais aussi le mythique ''Reste en chien'' en collaboration avec Booba ainsi que ''Tombé pour elle'', sa ballade avec Amel Bent. Et c'est sur la fin d'album, sur le titre ''Je regarde là-haut'' que La Fouine se confie sur la disparition de sa mère, deux ans plus tôt. 


''Tu m'as appris que la vie, c'est pas la mort mais toi, t'es mort et c'est la vie...''

C'est en 2010 que Nakk Mendosa nous présente Le Monde est mon pays, son premier et double album. Aux côtés des titres ''Invincible'' ou ''Le retour des triplés'' en feat avec Les 10, Nakk rend hommage à son père sur le très émouvant ''Je ne cicatrise pas''.

 

''Je sais que plus jamais je te reverrai et c'est sûr, aussi sûr qu'on t'as mis en terre, que je t'aimais mon frère...''

On remonte dans le temps, jusqu'en 1999 : Lady Laistee sortait son premier album Black Mama, réunissant 15 titres dont ''Ambition'' et ''Sortir du lot''. Mais le son le plus marquant reste aussi le plus triste : ''Et si... ?'' rend hommage à Rudy, son frère tué par balles en en Juin 1996.

 

''Il m'a vu monter quand il était en train de descendre et que c'était moi la putain de main qui un jour devait se tendre...''

Membre du groupe toulousain KDD, Dadoo se lance en solo en 2003 avec son premier album France History X. Un album complet de 21 titres, passant du tube ''Sales gosses'' au plus intime ''Fille facile'', c'est la chanson ''Main tendue'' qui coupe le souffle dès la première écoute. Et pour cause, Dadoo rend hommage à Willy, son cousin toxico qui serait décédé d'une overdose.

 

Hommage aux amis

''A Armand mon pote, j'espère que tu reposes en paix. Ca fait des années mais ton image ne cesse de me hanter : t'es parti, depuis j'ai encore moins d'amis...''

On continue avec des disparitions toutes aussi traumatisantes, celles des proches, des amis, des frères et sœurs de cœur. En 1997, Passi sort son premier album intitulé Les Tentations. Et quand on réécoute ce projet des années plus tard, on se rend compte que la qualité vieillit bien : ''Les Flammes du Mal'', le tube ''Je zappe et je matte'' ou encore ''Le monde est à moi'' en feat avec Akhenaton n'ont pas pris une ride. Et c'est le titre ''Tu me manques'' qui nous intéresse : Passi rend hommage à son pote Armand sur deux couplets.

 

Toujours en 1997, les Marseillais de la Fonky Family sortent Si Dieu veut... leur premier album qui fait partie des classiques indéniables du rap français. Des titres comme ''Cherche pas à comprendre'' ou encore ''Les mains sales'' contribuent fortement à ce palmarès. Et le titre ''Aux absents'', comme son nom l'indique, rend hommage à tous les proches du groupe partis trop tôt.

''Les absents manquent un maximum. Quand on y pense, la vie elle continue mais quand même, juste pour les souvenirs d'enfance, dur d'oublier...''

 

Kool Shen, membre mythique du groupe NTM, a attendu 2004 pour sortir son premier album en solo. Intitulé Dernier round, l'opus possède 15 titres dont ''Le retour du babtou'', le magnifique titre éponyme en feat avec Oxmo Puccino et surtout le prenant ''Un Ange dans le ciel'', hommage du rappeur à son amie Lady V, disparue dans un accident de voiture.

''T'étais ma vie, mon cœur et mon sang. T'étais mes tripes, mon moteur et mon sens à tous ça alors depuis, je tue le temps, parfois mal et de là-haut, tu le sens, je le sais...''

 

En 2005, Rohff nous offre Au-delà des mes limites, son 4ème et double album certifié double disque d'or. Au programme, des titres comme ''La Puissance'', ''Starfuckeuze'' et ''En mode'' pour ne citer d'eux. Et l'album se termine en apothéose avec le magnifique ''Regretté'', un hommage de 10 minutes sur la perte de ses proches. 

''La mort met tout le monde d'accord, fait oublier les causes : soit tu relativises, pètes les plombs ou te laisse aller. Je pleure pas mais mon écriture est salée...''

 

Il y a presque un an sortait Ripro Volume 2 de Lacrim. Parmi les titres tout en égotrip, prônant son image de mauvais garçon comme ''Gustavo Gaviria'' et ''Poutine'' ou encore ''Brasse au max'', on trouve aussi un rappeur sensible sur le titre ''On se reverra'' traitant de la perte d'un être cher en général.

''Quoi dire, quoi faire quand Dieu décide de prendre la vie ? Tu prends pas tes sous, pas de bijoux ni le quart de tes habits...''

 

Hommage imagés

En musique, tout est permis : les exercices de style sont divers et variés. En ce qui concerne la mort, les rappeurs sont souvent très imaginatifs et leurs textes deviennent de vraies fictions même si elles peuvent dévoiler une réelle souffrance. C'est ce qu'à choisi de faire le membre mythique du groupe IAM Shurik'n en 1998 sur son premier album Où je vis. Classique du rap français avec les titres ''Samouraï'' et ''Manifeste'' en collaboration avec son acolyte de toujours Akhenaton, l'album livre la pépite ''Lettre'' où un grand-père écris à son petit-fils un message posthume.

''Si tu lis cette lettre, c'est que j'ai dû m'absenter un peu avant que tu arrives mais je pouvais pas rester...'' 

 

En 2005, c'est Sinik qui sort à son tour son premier album intitulé La Main sur le Coeur, certifié disque de platine. Composé de seize titres dont l'intro coup de poing ''Une époque formidable'' mais aussi ''Le même sang'' en feat avec celle qu'il considère comme sa sœur, l'ancienne rappeuse Diam's, l'album très personnel nous offre aussi ''Rue du Paradis'', le titre le plus émouvant de l'opus : une correspondance épistolaire entre un jeune homme et son grand frère décédé en mettant fin à ses jours.

''Je vais envoyer cette lettre au Paradis sans pleurer comme un homme en espérant que les Anges te la donne...''

 

Autre figure de style et autre technique d'écriture, tout en fantasme morbide : l'hypotypose de la mort de Yousoupha que le rappeur nous confie sur le titre ''Youssoupha est mort'' sur le sample de ''Ma petite entreprise'' de Bashung . Issu du très bon projet Eternel Recommencement sorti en 2005, dont on se souvient du titre éponyme ou encore de ''Apologie de la rue'', le Lyriciste Bantu spécule sur sa disparition et imagine ses funérailles. Pour terminer, bel hommage à tous ceux qui l'ont inspiré et à ses proches, jusqu'à sa propre mère qu'il perd juste après son arrivée en France.

''Tous nos disparus dans cette citadelle, je traînerais avec Alino pour lui donner des nouvelles d'Adèle. Chaque jour qui se lève sera un éternel moment et le soir, j'irais au concert de Balavoine avec Maman...''

 

De nombreux hommages sont courants dans le rap français, sur des personnalistes publiques comme Betty Shabazz, la femme de Malcom X sur le titre ''Une princesse est morte'' du groupe KDD (1998). La mort a aussi été fantasmée de nombreuses fois comme le prouve les titres ''La Faucheuse'' de Iron Sy (2006) ou encore ''Le Chant des Signes'' signé NAP & Sté Strauz (1998).

Outre Atlantique, le mythique ''I'll be missing you'' de Puff Daddy en hommage à son ami et rappeur Notorious BIG résonne encore aujourd'hui. Eminem aussi a souhaité écrire pour son meilleur ami Proof décédé sous une rafale de balles en 2006 avec le titre ''You're never over'' La mort est un sujet récurrent dans la musique de par son mystère et de par la souffrance qu'elle inflige à ceux qui restent, même si elle n'est qu'une étape...

 


Crédit photo : YouTube

/ le 26 novembre 2016

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