L'Animalerie : association d'artistes indomptables

Par Ilan Malka / le 17 février 2017
Et L'Animalerie réveilla le hip-hop Lyonnais...
Ils s'appellent Kacem Wapalek, Lucio Bukowski ou encore Anton Serra. Ils sont réunis au sein de L'Animalerie. Depuis quelques années, ils donnent à la ville de Lyon une nouvelle identité hip-hop extrêmement créative. Et ce n'est que le début...

Depuis 5 années un collectif de talents est en train d'inscrire jour après jour le nom de Lyon dans la matrice du rap français.  Lucio Bukowski, Anton Serra, Kacem Wapalek, Ethor Skull, Ilenazz ou encore Marie sont réunis au sein de L'Animalerie. Leur écriture est poétique, classieuse, soignée. Leur flow très riche possède une large palette, pouvant jouer avec l'agressivité ou l'apaisement.

Ils sont tous emmenés par le producteur Oster Lapwass, chef d'orchestre multi-talentueux, producteur, beatmaker, instrumentaliste, qui donne la direction générale sur des intrus percutantes, mariant sons old-school et idées futuristes.

 

Quelques titres incontournables

Lucio Bukowski, l'un des noms particulièrement influents de L'Animalerie, commente pour nous quelques morceaux-phares.


Anton Serra et Dico - Cheptel  

"C'est un bon mix de tout ce qu'est L'Animalerie : de la punchline, de la musicalité, du flow et des idées, mais pas de moralisme."

 

Eddy - Lodela

"Il y a une vraie folie dans ce morceau, que je ne vois dans aucun autre groupe de hip-hop. Personne d'autre qu'Eddy n'aurait pu l'écrire..."

 

Missak - Festen

"Aujourd'hui Missak ne fait plus partie de l'Animalerie, mais ce morceau, qui n'est pas tout jeune, a cette espèce de nonchalance, cette tranquilité typique du collectif. Il dit des choses fortes, mais de manière très sereine"

 

Et pour citer l'un de ses morceaux :

Lucio Bukowski et Nestor Kéa - Mon ardoise

"Quand j'ai fini d'enregistrer ce morceau je me suis dit : whaaaa ! là je suis content ! (rires) j'ai dit ce que je voulais dire, de la façon dont je le voulais ! C'est un morceau que je suis particulièrement heureux d'avoir écrit"

 

 

Qu'est-ce que l'Animalerie ?

Ce n'est pas un groupe, pas un crew... c'est une "réunion de singularités", autour de Lapwass, nous dit Lucio.
Il refuse d'ailleurs de parler au nom de L'Animalerie, puisque chaque membre a sa personnalité, sa singularité et trace son chemin sans avoir jamais avoir à en référer aux autres.

La plupart des "Animaux" se rencontrent sur les bancs des lycées ou universités lyonnais. Dès 2010 ils commencent à se réunir fréquemment chez Lapwass, pour faire des vidéos, poser leurs premiers freestyles ou sons plus élaborés.

Lucio se souvient de l'une de ses premières vidéos. "On me voit posé sur un canapé, et je balance un ego trip dont le son doit être bien dégueulasse !"

 

En 2011, les rassemblements sont de plus en plus fréquents, les choses commencent à devenir sérieuses. La bande doit donc se choisir un nom... Dans l'un de ses sons, Ethor Skull la désigne spontanément, à 44 secondes, comme une "animalerie". Allez, vendu : le blase est trouvé.

 

Ils se choisissent également un logo de tête de lion, en hommage bien sûr à leur ville :


Beaucoup d'entre eux ont des métiers alimentaires à côté du rap, pour garder une indépendance d'esprit.
"Je pense que si c'était mon vrai métier je n'écrirais pas autant, il y aurait un blocage à un moment donné, cela me figerait, cela signifierait devoir s'astreindre à des choses que je n'aurais pas envie de faire, pour m'assurer des cachets... aujourd'hui la musique n'est pas une contrainte, et je peux en conséquence être libre dedans" confie Lucio.

L'indépendance est aussi celle des sujets abordés. A rebours des modes, ils ne se revendiquent jamais de tel secteur, telle ville, tel courant politique. Lucio est extrêmement clair sur le sujet: "On a toujours refusé ça. Si je veux faire de l'engagement, de la morale, je me présente aux élections municipales".
Leur style est à part, presque inclassable, aux frontières parfois de l'expérimental. "On n'est pas assez street pour les mecs qui aiment le son de rue, et on n'est pas assez hype pour ceux qui aiment le son club... on fait une sorte de rap déviant, on a créé une école sans code  !".

 

Aux sources de l'Animalerie

Très spontanément, entre autres références, la tonalité mélancolique des textes évoque Fabe et la nonchalance générale peut rappeler le Doc Gynéco des débuts.

 

... Mais chaque membre a ses influences propres. Ce qui peut les réunir ? "Lyon est très west coast, on aime les sons bien nerveux, bien funky", raconte Lucio, qui a notamment "poncé" des artistes tels que 2Pac ou DJ Quik.

 

Les futurs projets

Plutôt productif dans son genre, Lucio nous confie travailler en ce moment sur pas moins de 4 projets.  
"Je suis en train d'en finir un avec Lionel Soulchildren, qui sortira au moi de mai, sous le nom de Simorgh... Il y en a aussi un en préparation avec Mani Deïz, un autre avec Lapwass et un quatrième avec Nestor Kéa... Je ne mélange pas les beatmakers au sein d'un même album, il y en a à chaque fois un seul, qui définit la couleur et l'atmosphère du projet". Hourvari, son dernier projert en date, aura donc bientôt des suites qui ne feront probablement que confirmer ce qu'on pressentait déjà : le talent de Lucio, l'étendue de la palette de L'Animalerie et que le futur du rap français s'écrira avec ses indomptables Lyonnais.

 


Crédit photo: Facebook de l'Animalerie

Par Ilan Malka / le 17 février 2017

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