L'animale Fête de l'Humanité

Par Augustin Arrivé / le 14 septembre 2014
L'animale Fête de l'Humanité
Le gigantesque rassemblement politico-zical de la Courneuve est de retour avec une affiche complètement folle. Retour sur ces grands soirs, dans la sueur de la foule, avec IAM, Ayo, Féloche, Florent Marchet ou Kery James.

 

Samedi 13 septembre 2014 :

Les Ogres de Barback

Pour le 20e anniversaire des Ogres, Fred s'est offert un joli mousqueton-coeur © Augustin Arrivé

 

Ils ont vingt ans, et à cet âge-là rien n'est impossible, disait la philosophe. Pas même remplir la pelouse de la grande scène avant l'heure du goûter. La fratrie Burguière, choupidou comme tout, a réussi ce petit exploit très vite, alors pour continuer sur cette lancée, ils ont invité près d'eux sur scène une fanfare béninoise, les Eyo'Nlé. Ensemble ils ont mêlé leurs tubes avec quelques reprises (superbe Saturne, de Georges Brassens).

 

Les Ogres de Barback ont toujours le même appétît © Augustin Arrivé

 

Ajoutez à celà un petit numéro de claquettes, et vous aviez là un superbe anniversaire, rondement mené par les célébrés. Sept ans après leur premier passage ici, les Ogres ont pu constater qu'ils étaient toujours aussi aimés, à la Fête de l'Humanité. On n'avait pas de barbaque à leur filer, alors on a troqué ça contre de généreux applaudissements.

 

Ayo

Ayo préfère la musique à la politique pour régler les problèmes du monde © Augustin Arrivé

 

"Il n'y a rien de mieux que la paix." Oui, bon, hors-contexte, le discours d'Ayo sur la grande scène peut sembler un peu bisounours. Mais dans la chaleur humaine du festival, juste avant le concert pour la Palestine, la donne change. La chanteuse déverse son amour en quatre langues, nous offre un Down On My Knees attendu, et enveloppe la foule d'une candeur bienvenue.

 

"Je vais être sincère avec vous, je ne crois pas en la politique", ose-t-elle devant les banderolles du parti communiste. Elle croit plutôt en le pouvoir de la musique. On a envie d'adhérer à son parti.

 

The Psychotic Monks

Les Psychotic Monks "ne respectent pas ce qui est respectable" © Augustin Arrivé

 

Pourquoi faut-il aller les voir ? "Parce qu'on va vraiment foutre la merde, et parce que c'est important qu'il y ait des groupes qui ne respectent pas les choses respectables." Soit. Martin, Arthur et Clément sont donc montés sur scène avec leurs cuirs, et ils ont fait parler leur rock. Présentation de l'asso Zebrock en cliquant sur le player :

Les très respectables Psychotic Monks ont fait péter les décibels © Augustin Arrivé

 

Suivis depuis un an par l'asso Zebrock, dont ils vantent l'esprit ("ils sont là pour t'aider à t'exprimer, pas pour faire du fric en te disant ce qu'il faut faire pour passer à la radio"), ils vivent ces moments de festival avec une adrénaline souriante, pas psychotique pour un sou malgré leur pseudo commun. Armés d'une première maquette, Shine As Light, ces Monks savant savent déjà y faire. On devrait les retrouver bientôt.

 

Concert pour la Palestine

Clément, Mathieu, et leur drapeau palestinien © Augustin Arrivé

 

Dès le discours inaugural, jeudi soir, Patrick Le Hyaric, le directeur de l'Humanité, avait donné le ton. "Il y a au Proche-Orient une arête dans la gorge du monde. Nous ne pouvons pas laisser les choses comme ça." D'où l'idée d'organiser, quelques jours après la fin du massacre de Gaza, un grand concert de soutien aux populations palestiniennes.

Le rappeur Médine accompagne le collectif Gaza Team, sur la grande scène © Augustin Arrivé

 

Confié à la Gaza Team, accompagnée par le rappeur normand Médine, le dit concert était puissant, engagé, sans doute partial lorsque l'artiste a choisi de rendre hommage "aux enfants qui subissent le terrorisme de tout un Etat", mais fondamental après une telle hécatombe. Un spectateur israélien passé sur le site s'est dit fatigué par ces discours. "Il faut deux Etats, mais il y a beaucoup d'hostilité dans les deux camps." Certes. Mais garder le silence n'est pas non plus une solution.

 

IAM

Akhenaton et Shurik'N ouvrent grandes les portes de leur école du micro d'argent © Augustin Arrivé

 

"Ce n'est pas seulement un grand groupe", expliquait Edgard Garcia, le patron de Zebrock, au moment de présenter IAM. "C'est un groupe qui a permis à toute une génération de s'exprimer." Les fondateurs du rap français ont eux aussi des choses à dire. En démarrant leur set avec L'école du micro d'argent et Nés sous la même étoile, ils ont mis tout le monde d'accord. Il ne restait plus ensuite qu'à livrer leur message.

La bande d'IAM au grand complet, à quelques minutes de la montée sur scène © Augustin Arrivé

 

Shurik'N, Akhenaton, Imhotep et leurs camarades n'ont rien perdu de leur superbe. Leur place dans cette fête de l'Huma semble une évidence. "Un concert", corrige AKH, "c'est d'abord pour nous un concert, quelle que soit la sensibilité politique de ceux qui nous font face." Disons qu'ici, en tout cas, ils étaient dans leur élément. Et pour prolonger la fête, leur Mia en rappel fut une délicieuse gourmandise. 

 

Vendredi 12 septembre 2014 :

Vous vous êtes endormis dans votre kébab-frites siglé PCF ? Ou vous n'avez tout simplement pas pu venir ? Alors on vous propose un petit aperçu de cette soirée de vendredi avec Augustin Arrivé.

 

Temples

Il ne s'agit pas de David Luiz mais bien du chanteur de Temples © Augustin Arrivé

 

"It's nice to be back near Paris !" Le très reconnaissable James Edward Bagshaw a relevé la périlleuse mission d'ouvrir le bal, ce vendredi, sur la grande scène de La Courneuve. Sous son casque moutonneux, son psyché-rock sixties façon Donovan a emporté la foule encore clairsemée.

 

L'immense temple des Temples © Augustin Arrivé

 

Nous aussi, on est contents de les retrouver près de Paris, quelques mois après la Mouv'Session qu'ils étaient venus enregistrer lors de la sortie de leur premier album, Sun Structures. Les Temples ont de belles fondations. Sous le soleil francilien, ils ont permis une entrée en douceur vers la fête, les stands de frites, et les bolas pas encore enflammées.

 

Tigers Can Swim

Les Tigers Can Swim, vainqueur du Grand Zebrock 2014 © Augustin Arrivé

 

C'est un rêve d'ado, reconnaissent ces tigrous tout doux. "Quand t'es gosse, dans ton petit garage, et que tu arrives avec un semblant de chanson, tu te mets à t'imaginer sur une scène en plein air, et longtemps après, voilà, ça se passe." Ils avaient déjà connu ce bon stress à la Maroquinerie. Merci Zebrock, dont ils ont remporté cette année le tremplin des nouveaux talents.

 

Concert en fin d'après-midi pour les bondissants tigres © Augustin Arrivé

 

Ces Franco-Californiens savent qu'il leur reste beaucoup de boulot, mais ils sont sur de bons rails, visiblement les pieds sur terre (même s'ils bondissent d'une enceinte à l'autre face au public séduit). Humbles en coulisse, heureux sous les projos, ils se réjouissent de leur premier EP six titres bientôt disponible. Et après la Fête de l'Huma, un autre festival les attend : Culture au Quai, le 27 septembre à Paris.

 

Florent Marchet

Florent Marchet reprend Plastic Bertrand en tunique argentée © Augustin Arrivé

 

"Beaucoup de poètes sont passés par ici", explique Florent Marchet, scintillant dans sa tunique d'argent. "On pouvait entendre Aragon..." Et puis le voilà qui nous raconte comment Plastic Bertrand, visité par des extra-terrestres sur le site de La Courneuve, ne s'est plus senti la force de chanter. Anecdote fallacieuse pour lancer une étonnante reprise de Toute petite ma planète, tube oublié du belge nasillard. Florent Marchet sait surprendre son monde.

 

Remixes caféinés des ballades piano de "Gargilesse" © Augustin Arrivé

 

Lorsqu'il attaque Je n'ai pensé qu'à moi, l'un de ses tout premiers tubes, en version multi-instrumentale rockissime, il multiplie ses effets. On ne saura jamais à quoi s'attendre pendant l'heure de son set, magnifiquement tenu. Le calme compositeur est un showman ordonné qu'ignoraient encore ceux qui ne l'avaient pas vu en live. Nous sommes désormais prévenus.

 

Et la politique, bordel !?

Le stand des Jeunesses Communistes de Moselle et sa dégustation de mirabelles © Augustin Arrivé

 

La musique, c'est bien joli, mais la Fête de l'Huma, c'est d'abord le rendez-vous annuel des communistes. Ils sont presque tous là, cette année encore, venus de tous les hameaux de notre belle France, l'un cuisinant du canard du Sud-Ouest quand un autre vous servira une absinthe filtré sur un morceau de sucre. Des dizaines de débats émaillent ce week-end, et même si vous n'y assistez pas, vous repartirez d'ici la tête remplie de discours de révoltes.

L'absinthe, délicieuse spécialité (politique ?) du Doubs © Augustin Arrivé

 

Contre le traité transatlantique ou pour la libération des prisonniers politiques au Maroc, contre les excès de la finance ou pour une sixième République, il se joue là une grande part du sursaut de la conscience populaire. "Tout est politique", explique-t-on à la Fédé du Doubs. "Même boire un coup est politique puisque ça engage la discussion." Ernesto, béret étoilé de Che Guévara sur la tête, ne dit pas autre chose : "En regardant autour de nous, on voit les droits des peuples violés, bafoués, c'est inadmissible." La colère gronde, et elle n'a pas besoin d'une accolade de Jean-Luc Mélenchon et Jérôme Kerviel pour cela.

 

Massive Attack

Dans le brouillard bleuté de la grande scène, le flow hypnotique de Massive Attack © Augustin Arrivé

 

Massive Attack est une légende inattaquable. Même si les inventeurs du trip-hop ne se présentent plus face au public. Ils étaient là, ce vendredi soir, sur la grande scène de la Fête, mais on les apercevait à peine, nimbés dans une lumière bleutée. Les fans dansent quand même, comblés. "Du moment que je plane, tout va bien. C'est la liberté, Massive Attack !"

 

Rare apparition éclairée (au flash) d'un bout de Massive Attack © Augustin Arrivé

 

Comme leur ancien camarade Tricky l'avait fait à Cabaret Frappé en juillet, les Britanniques ont dragué des spectateurs déjà acquis en leur offrant rapidement le mélodieux Paradise Circus. La suite s'est jouée entre le bonheur du public et une entité ineffable qu'on appelle, peut-être, le talent.

 

Par Augustin Arrivé / le 14 septembre 2014

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