L'air de nos cinémas change selon le film projeté

Par Augustin Arrivé / le 06 juillet 2016
L'air de nos cinémas change selon le film projeté
C'est une étude chelou publiée par des scientifiques allemands qui le prouve. Les spectateurs de ciné produisent des gaz pendant les séances, qui diffèrent selon leurs émotions. Une aubaine pour connaître l'efficacité des œuvres audiovisuelles.

Ne mentez pas : je sais que vous êtes allés voir The Witch, suivant les excellents conseils de notre critique ciné attitré, Sébastien Sabiron. C'était une très bonne idée. Et avouez-le: vous avez flippé grave devant ces petites maisons en lisière de forêt. Pas la peine de nier : l'air de la salle a parlé pour vous. Ce sont des chercheurs de l'Institut allemand Max Planck (à Mayence, près de Francfort) qui ont fait cette découverte : nous produisons des gaz lorsque nous sommes émus par un film, et ces molécules varient selon nos sentiments.

Un thriller comme The Witch, par exemple, nous amène à émettre de l'isoprène et du dioxyde de carbone en quantité suffisante pour qu'ils soient mesurables dans l'air de la salle. Encore plus fort : au sein d'un même film, on peut, rien qu'en analysant l'air à différents moments de la projection, deviner si le public vient d'assister à une scène d'action, de dialogue ou à une blague du héros. C'est ce que Stefan Kramer, professeur à l'université Gutenberg de la même ville de Mayence, a testé l'an dernier avec, par exemple, Le Hobbit de Peter Jackson :

Nous avons obtenu un signal chimique clair lors de chaque scène de suspense ou d'humour, et nous pouvions identifier ces moments sans même voir le film.


 

Une sonde était placée devant le conduit d'aération de la salle et récoltait des données toutes les trente secondes. Leur étude a porté sur seize films. Elle se poursuit, avec notamment les longs-métrages de la saga StarWars. Mais déjà, Jonathan Williams, de l'Institut Max Planck, est formel :

La signature chimique de Hunger Games est très nette. Les niveaux de CO2 et d'isoprène dans l'air augmentent significativement dès que l'héroïne commence à lutter pour sa survie.


 

Des résultats qui s'expliqueraient par les variations de rythme respiratoire lorsque nous affrontons une angoisse ou que nous éclatons d'un rire gras. Les chercheurs imaginent que leurs expériences pourraient servir aux sociétés publicitaires pour tester l'efficacité de leurs spots. Plus classiquement, l'industrie du cinéma pourraient organiser des séances-tests incluant ces sondes chimiques pour vérifier la réceptivité des spectateurs.

 


Photo de couverture : photo promotionnelle pour l'excellent It Follows, de David Robert Mitchell © Radius TWC, 2014

 

Par Augustin Arrivé / le 06 juillet 2016

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