Katrina Squad : souffleur de sons de SCH aux USA

Par Yérim Sar / le 06 octobre 2016
Le cyclone Katrina Squad
Encore inconnue du grand public il y a quelques années, l'équipe de producteurs de Katrina Squad s'est fait un nom à travers leurs hits pour Sch, et compte bien emporter tout son passage dans le rap français.

Le cyclone Katrina est l'un des ouragans les plus puissants de l'histoire des États-Unis et l'un des six ouragans les plus forts jamais enregistrés jusqu'à présent.

Dans le rap français, le nom Katrina Squad évoque un pôle de beatmakers, composé de Guilty, DJ Ritmin, Ace Looky et Farid Next Level, qui grimpe de plus en plus ces temps-ci, notamment depuis que l'on sait qu'ils sont à l'origine des hits qui ont lancé la carrière du rappeur Sch. Bon, en réalité, le nom de la structure ne vient pas entièrement de l'ouragan. « Le nom vient du cyclone mais aussi des têtes mexicaines, avec des tatouages partout, qu'on appelle des Katrinas, ça nous parle, précise Guilty. Le 1er pôle c'est DJ Ritmin et moi, ça découle de notre rencontre il y a longtemps. Par la suite, viennent Ace Looky que je connaissais, on est de la même ville. Farid par contre est de La Rochelle mais on a des gens en commun. »

 

L'union fait la force

Structurellement, un cyclone tropical est une large zone de nuages orageux en rotation accompagnée de vents forts.

On peut avoir la fausse impression que Katrina Squad a débarqué du jour au lendemain, ce qui n'est évidemment pas le cas. De loin, le collectif est assez hétéroclite en termes de personnalités et de styles et chacun a son petit parcours, comme le précise Guilty. « Avec Ritmin on a toujours eu la même touche en terme de rap même si lui fait un peu de tout, il s'amuse, il peut taper dans la funk, soul, etc. On aime bien ces notes en mineur la plupart du temps, ça a fait notre marque. Je choisis par une équipe pour avoir des beatmakers et simplement les placer partout. Je veux qu'on ait une identité."

C'est vrai, Katrina Squad ne serait pas ce qu'il est sans parvenir à livrer une production qui reste homogène, toujours dans ce ton sombre façon film noir à l'ancienne boosté par des rythmiques on ne peut plus actuelles. Logique : le crew est un mélange de plusieurs générations aux influences parfois très différentes. « Quand j'étais minot, j'ai voulu faire le mec qui rappe, mais ça marchait pas, j'étais vraiment très nul, se souvient Ace Looky, le plus jeune du groupe, en souriant. Je me suis aperçu après que ce qui attirait mon oreille c'était d'abord les prods, en priorité, donc j'ai tenté ma chance, et ça m'a surpris, mais ça marchait bien. Actuellement je suis à fond sur Drake et Travis Scott, Young Thug. Niveau producteurs, Metro Boomin me régale. » A l'inverse, Guilty qui est le plus âgé a forcément connu une formation assez éloignée : « DJ Premier, Alchemist, le côté New York m'a traumatisé, c'est ça qui m'a donné envie de m'y mettre. Aujourd'hui je mange du Metro Boomin à l'aise, TM88, les réapparitions récentes de Scott Storch aussi. Johnny Juliano il y a quelques années, a fait partie de mon évolution. J'aime aussi Timbaland, même si son côté tube, dans la lumière, je ne l'aurai pas forcément, mais tout ce qu'il a apporté en terme de technique, c'est fou. »

 

Il faut dire que même dans leur façon de composer, les beatmakers se superposent souvent les uns aux autres. A l'arrivée, leurs différences devient un énorme avantage, et selon Kino, rappeur signé chez Katrina, c'est peut-être ça la clé de leur succès : « C'est assez différent de ce qui se fait, pour moi c'est l'avenir du rap français, ils ont leur touche, c'est déjà beaucoup. Je m'associe qu'aux personnes intéressantes de toute façon. Et le travail de groupe est cool : tout le monde met sa patte chez eux. » Ace confirme : « on allie des codes différents, moi c'est new school, mais on reste dans la même ambiance. Ça veut dire que s'ils tapent un délire un peu à l'ancienne, moi j'arrive derrière et je peux faire un petit mélange. Au final c'est ça qui va donner la couleur un peu spéciale que les gens ont repéré chez nous je crois. »

 

Ambition

Les cyclones tropicaux au grand large causent de grosses vagues, de la pluie forte, et des vents violents ; toutefois, les effets les plus dévastateurs des cyclones tropicaux se produisent quand ils frappent la côte et entrent dans les terres.

Le travail de Katrina Squad dépasse largement les frontières françaises. Les beatmakers, à force de travail et de prises de contact via le net, ont commencé à se faire une petite place outre-atlantique, notamment à Chicago. C'est essentiellement Farid Next Level qui en est responsable. « On travaille beaucoup par le net avec lui, explique Guilty, et il s'occupe pas mal de bosser des prods pour les envoyer à des cainris. C'est lui qui nous a connectés avec des mecs de Chicago dont BowlLane Slick qui a sorti une tape fin septembre, on a des prods dessus, notamment des feats avec Boosie, Pee Wee Longway et Trina. »

 


Côté hexagonal, il ne s'agit pas de balancer le maximum de prods dans tous les sens sans réfléchir juste pour se faire un nom. C'est presque la tactique inverse, dans le sens où le pôle de producteurs semble bien plus intéressé par le développement de leur identité musicale. Ceux qui sont familiers avec leurs instrus l'auront remarqué depuis longtemps, Katrina préfère le sur-mesure au prêt-à-porter. Guilty ne jure même que par ça : « Kino je le mets au compte-goutte, parce que sinon il péterait des prods tous les jours, j'essaie de le canaliser. De tous les rappeurs que j'ai connus, il est dans les plus productifs. Quelqu'un comme lui, s'il pose trop, il est jeune, il risquerait de tourner en rond. Sur le net, on te dit qu'il faut faire comme Jul, donc il veut marteler un max. Je suis plus qualité que quantité. » Et oui, cette méthode de travail va parfois à l'encontre des réflexes de certains rappeurs, mais au final tout le monde s'y retrouve toujours. « Je pense qu'on peut faire les deux, qualité et quantité en même temps, confesse Kino, avant de tempérer. Au final ça m'arrange cette façon de travailler, je me concentre plus sur les morceaux un par un, c'est pas plus mal. »

Forcément, avec cette mentalité, signer des rappeurs directement était la prochaine étape logique. C'est là qu'intervient le flair de Guilty et ses potes, mais aussi une bonne dose de chance et d'opportunités qui se créent au gré de rencontres : « On est des gens assez productifs, et si tu dois attendre que des artistes te prennent tout au fur et à mesure, c'est long, si en plus tu veux faire une sélection d'artistes que t'aimes, c'est encore plus long. Donc autant retourner le truc et miser sur des rappeurs avec qui ça se passe bien d'office, pour te concentrer sur eux. » C'est ce qui est arrivé dans le cas de Kino, qui a été approché récemment par la structure : « j'étais solo, ils ont vu ce que je faisais, ils sont venus vers moi. Je les ai découverts, j'ai vu leur parcours, et j'ai dit ok. On s'entendait bien humainement, et musicalement, ça cadre parfaitement. Moi je suis chaud sur toutes leurs instrus ! » Il faut ajouter le bordelais Fello, où le rapprochement s'est fait encore plus simplement : « Fello on l'a rencontré sur Bordeaux avec des artistes de Toulouse, on m'a parlé de lui, j'ai aimé, la connexion s'est faite direct, c'est quelqu'un de très simple, on a accroché vite », raconte Guilty.

 

Dans la lumière

Un cyclone peut aussi avoir des effets durables sur la population.

Pour la majorité des auditeurs, c'est avec le succès de Sch qu'on a pu commencer à véritablement identifier Katrina Squad. Et les intéressés ne s'en cachent pas : il y a bel et bien eu un avant et un après. Dès lors que le natif d'Aubagne a multiplié les clips et transformé l'essai avec la mixtape A7, les portes qui avaient du mal à s'ouvrir auparavant se sont rapidement décoincées.

« Je le découvre via le net, en tombant sur un freestyle, explique Guilty. Je lui ai dit qu'il me rappelait un peu Furax Barbarossa, or Sch l'avait beaucoup écouté, j'ai capté qu'il était vraiment passionné de rap. En plus il connaissait mon boulot. On a travaillé ensemble, sans personne en travers, on faisait des sessions studio, simplement. Ensuite, les sites présentent quelqu'un comme Sch en tant que nouveau gros talent, les gens s'intéressent aux prods, forcément certains viennent nous voir. »

 

D'ailleurs, les fans de la première heure ont tellement associé l'univers de Sch à Katrina Squad que certains ont un peu regretté qu'il y ait moins voire plus du tout de beats des toulousains dans les récents morceaux. Pas de panique, il y a des chances que l'association se renouvelle : « on s'est revus et on reparle peut-être de travailler ensemble à nouveau. Rien que de se parler musique, ça nous avait manqué. Y'a des chances que ça recommence on va dire. On regarde aussi les commentaires, on voit bien que ça manque à certains auditeurs, donc on ne va pas faire l'autruche... »

Le point positif, c'est que cela montre aussi que les productions ont fait un effet bœuf sur le public en pratiquement un seul projet ; plutôt encourageant pour la suite de leurs aventures.

 

L'avenir

L’ouragan Katrina a déjà eu un impact économique significatif mais d’autres sur la durée sont encore prévus. La plupart des experts s’accordent à penser que Katrina sera la plus coûteuse catastrophe naturelle de l’histoire des États-Unis.

Le Squad est maintenant clairement installé dans le paysage du rap français où ils ont fait pas mal de dégâts, mais à les entendre, le plus intéressant reste encore à venir. En premier lieu, pour Guilty, il y a bien sûr le développement des artistes signés sur la structure : « Le but c'est d'avoir une mixtape pour Kino et un projet pour Fello, mixtape ou EP. Avec les gens un peu neufs, c'est bien d'y aller crescendo. Plus on sera connu du grand public, plus on sortira de choses. » D'ailleurs il n'est pas exclu que les deux rappeurs collaborent ensemble, tout n'est plus qu'une question de planning désormais. « Il est à Bordeaux, moi à Paris, on s'est encore jamais vus, souligne Kino. Mais ça arrivera, parce qu'on s'apprécie mutuellement niveau rap ». En réalité il y a même déjà eu un feat à distance, mais l'équipe estime qu'il est un peu trop daté. Perfectionnisme quand tu nous tiens...

 

Et il ne faut pas oublier leur travail avec différents rappeurs qui sont demandeurs et friands de leur touche assez unique. En 2017, attendez-vous à entendre parler de ces artistes plus que jamais : « on veut continuer de taffer avec des gens qu'on apprécie, comme Hoos. Dans l'immédiat on est sur la bo du film Chouf, sur le projet de Kalash Criminel, on a des clips de Fello et Kino qui arrivent, le site Katrina va arriver aussi. Je travaille sur le projet de Leto de PSO Thug également. Peut-être une prod sur le projet d'Escobar Macson.

L'avenir nous dira ou non si l'équipe confirme qu'elle porte bien son nom en continuant de tout emporter sur son passage dans le rap de l'hexagone, mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils mettent tout en œuvre pour y arriver : « je ne dis pas qu'on est au-dessus des autres, mais je ne nous trouve pas en-dessous, c'est le principal. J'espère que les gens seront pas déçus, on travaille tous les jours dans ce sens en tout cas », conclut Guilty.

 

 

 


 

Crédit photo : capture Youtube A7

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