Kaaris : les vraies raisons de son évolution musicale

Par Yérim Sar / le 09 novembre 2017
Kaaris : les vraies raisons de son évolution musicale
Certains morceaux du dernier album du rappeur de Sevran ont surpris une partie de son public. Mouv' a enquêté pour vous et découvert que la vérité est ailleurs . Enfin presque...

Rappel des faits

Kaaris a sorti son récent album Dozo le 3 novembre 2017. Il continue dans la lignée du précédent, O.G, en accentuant encore plus son côté pop. Une partie de son public et même de ses fans se révolte contre ce qu’elle appelle de la zumba de haute voltige. Objectivement la proportion de morceaux chantés et de morceaux rappés n’a pas changé tant que ça depuis l’album précédent mais par contre, maintenant, quand Kaaris chante c’est carrément joyeux la plupart du temps, ce qui surprend pas mal. Essayons de déterminer ce qui a bien pu se passer.

 

Un rappeur heureux ne peut pas être aussi hardcore qu’avant

Il faut rappeler une base essentielle. Quelqu’un qui pratique un rap de rue à 200 % sale, hardcore et énervé a de grandes chances de puiser son inspiration dans une vie de merde. Soit la sienne, soit celle de ses proches. Or comme on le voit depuis pas mal de temps, Kaaris est désespérément heureux ces temps-ci. On a un exemple parfait outre-atlantique avec Gucci Mane, qui depuis sa sortie de prison, son refus des drogues et maintenant son mariage (la trinité infernale) rappe avec le sourire mais est un peu moins percutant qu’avant. D’ailleurs il a déjà fait un feat avec le Sevranais, c’est là qu’il a dû le contaminer à tous les coups.

Face à un intervieweur un peu loufoque, Kaaris avait d’ailleurs admis « Faudrait que ma fille ait vraiment un gros gros rhume, que je sois énervé comme avant et tout, et là ouais, c'est jouable, je pourrais revenir au style d'Or Noir 1 et Or Noir 2. » Or, on ne peut décemment pas souhaiter ça à un père. Il faut donc faire son deuil.

 

Il pense à l’avenir

Interrogé par un journaliste tordu, Kaaris a dû répondre à une question sur la façon qu’il aurait de gérer le rapport que son ou ses enfants auront à sa musique. Ce à quoi il avait déclaré : « alors première situation : quand ma fille sera en âge de voir tout ça, je pense vraiment que ce que nous on appelle hardcore aujourd'hui, sera complètement désuet. Les jeunes seront déjà passés à autre chose depuis longtemps. » On pourrait penser que Kaaris disait ça comme une prévision pragmatique, qui semblait d’ailleurs assez logique quand on y pense. Il n’en est rien. Si le hardcore sera complètement désuet, c’est parce que Kaaris lui-même l’aura abandonné. Objectivement, si même lui se met à sourire tout le temps et à chanter, ça va décourager tout le monde et c’est ainsi que sa prophétie se réalisera.

Mais ne nous le cachons pas, toutes ces théories ne sont guères convaincantes. Passons donc à l’explication la plus plausible.

 

Le théorème Vegeta

Sur Dozo figure le morceau Vegeta. Ca pourrait sembler anodin mais ça ne l’est pas, pour plusieurs raisons. Il s’agit du morceau le plus hargneux de l’album, souvent le préféré des fans de la première heure. C’est normal, c’est produit par Katrina Squad.

Dans les lyrics, seul la phrase « Une petite voix me parle comme à Vegeta » fait le lien avec le célèbre héros de manga. Alors pourquoi avoir appelé le morceau comme ça ? Tout simplement parce que Kaaris suit exactement la même trajectoire que Vegeta. Suivez bien ça va être technique :

 

Quand Kaaris arrive aux yeux du public, il est hostile. Son personnage de rappeur est très fermé, il ne sourit pas, semble faire des bastons de regards avec la caméra dans l’intégralité de ses clips, il a des punchlines de barbare et impressionne Booba qui décide de le mettre en avant sur un featuring.

Quand Vegeta arrive sur Terre, il est hostile. Accompagné de Nappa (qui pour le coup ressemble physiquement à Kaaris mais on s’en fout), il tue un nombre incalculable de gens, on le voit grignoter un cadavre (on n’est pas loin du « je me cure les dents avec leur squelette ») et il est sur notre planète pour anéantir tout le monde. De plus il est au service de Freezer qui a flairé son potentiel.

 

Kaaris et Booba se séparent ensuite, tout comme Vegeta et Freezer , et pour à peu près les mêmes raisons : le premier ne veut plus se battre pour les intérêts du second, qui de toute façon a toujours pensé qu’un type avec ce potentiel devrait être dressé un jour ou l’autre.

Et c’est là que l’évolution commence vraiment. A partir de l’album Le Bruit de mon âme, on a un tout début de développement des états d’âme du rappeur, qui ne s’en permettait que très peu jusqu’ici. Ca commence également à chanter légèrement plus qu’avant sur certains sons, etc. C’est exactement ce qui se passe quand Vegeta rejoint un peu malgré lui le camp des gentils, qu’il continue de mépriser mais qu’il accepte de ne pas tuer à la moindre petite contrariété. A partir de là le personnage n’est plus un méchant mais plutôt ce qu’on appelle un anti-héros : quelqu’un qui a moins de morale que les autres mais qui se bat du bon côté.

 

Il aura malgré tout des rechutes, avec Double Fuck, qui est un retour à son style d’origine, tout comme Vegeta décide de s’accorder quelques plaisirs de temps à autres, que ce soit en étant particulièrement sadique avec le cyborg C19 ou en laissant son orgueil l’aveugler dans pas mal des situations. Mais globalement le changement est irréversible.

Tout s’amplifie lorsque le personnage devient papa, puisqu’il bascule à partir de là totalement dans la catégorie héros à 100 %. C’est ce qui nous donne l’album O.G pour Kaaris, cette fois avec des titres ouverts très assumés comme Poussière, Boyz in the hood, Contact ou même Tchoin. Ça correspond au moment où Vegeta ne constitue plus une menace pour qui que ce soit, il fait carrément partie des guerriers qui protègent la Terre contre les méchants.

 

Attention : cela ne veut pas dire que notre bonhomme devient inoffensif. Il maîtrise toujours le combat, et c’est pour ça que, version rap, Kaaris sait toujours comment faire des morceaux impressionnants de violence (Kadirov, Se-Vrak, Magnum, Le Sang, 4Matik, Blow...), tout comme le prince des Saiyan continue toujours de s’entraîner pour rester excellent au combat.

Seulement voilà, la suite d’O.G s’appelle Dozo et continue de creuser le chemin de l’artiste vers un son de plus en plus doux. On est donc arrivé au stade où Vegeta est non seulement un héros du côté des gentils mais aussi un bon père de famille qui coule des jours heureux sans trop penser à se battre à tout bout de champ. C’est ce qui explique que même quand il invite Trunks et Piccolo (Kalash Criminel et Sofiane), ce n’est pas pour la bagarre mais pour un morceau très posé, et qui passe plutôt bien d’ailleurs.

Est-ce un point de non-retour ? Absolument pas.

 

Avec Kaaris, les auditeurs ont tendance à être très péremptoires : s’il fait un album qui déplaît ne serait-ce qu’un peu, il est fini, lessivé, bon à jeter. C’est une vision très pessimiste. Car en effet, tout comme Vegeta, Kaaris peut toujours nous surprendre. Dans Dragon Ball Z, le guerrier finit par s’ennuyer ferme au bout d’un moment. Et c’est alors qu’arrive toute l’intrigue autour de l’arc Buu. Le mari de Bulma est alors possédé en quelque sorte par un sorcier nommé Babidi, et gros retournement de situation, il « redevient » méchant. Mieux, il affirme qu’il est en partie conscient et qu’il est très content de cette métamorphose.

Donc si vous voulez le retour du Kaaris d’avant avec le M sur le front, la solution paraît claire : trouvez-lui son Babidi. Et a priori ça ne devrait pas être très difficile si on se donne la peine d’examiner la liste des beatmakers de l’album. Souvenez-vous de ce que l’on disait au début : les titres Dozo, Vegeta et RPG sont les plus durs. Or, ils ont tous été produits par Katrina Squad, collectif mené par Guilty. Guilty est le Babidi de Kaaris. Il faut juste qu’il accentue son emprise sur lui, et notre rappeur pourra enfin se remettre à niquer des mères pour notre plus grand bonheur.

 



 

Crédit photo : DR / Def Jam

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*Yérim a tout inventé hein, rien n'est vérifié et tout sort de son esprit malade

Par Yérim Sar / le 09 novembre 2017

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