Justin Bieber : comment est-il devenu cool et hype ?

Par Yérim Sar / le 20 novembre 2015
Justin Bieber : comment est-il devenu cool et hype ?
Le retour de la pop star avec son nouvel album, "Purpose", semble marquer un tournant définitif dans sa carrière. Adoubé par ceux qui le méprisaient auparavant, le voilà apparemment devenu "cool et hype". Retour sur une évolution improbable.

Comme beaucoup, on a découvert Justin Bieber vers 2010, avec notamment le single Baby bastonné plus que de raison un peu partout. On ne va pas se mentir, c'était un assemblage de beaucoup de choses qu'on détestait, comme si les Backstreet Boys avaient copulé avec les 2B3 et que le fruit de cette union contre-nature au physique de Kevin McAllister avait été élevé par Taylor Swift. S'en est suivi sans surprise un succès programmé qui n'a jamais cessé d'augmenter, bien au-delà du continent américain. La suite, on la connaît, et elle était, hélas, également très prévisible : voix qui mue, dépucelage, drogue et pétages de plombs. Comme de nombreux enfants stars avant lui, le petit Justin, véritable bête de travail et "machin" à tubes, voit tous ses faits et gestes épiés, commentés et disséqués par les médias. Ceci inclut évidemment sa vie privée. Comme chacun sait, ce n'est pas le meilleur moyen de démarrer dans la vie, en fait c'est même typiquement le genre de parcours qui mène à se faire construire un parc d'attraction privé ou mourir étouffé dans son vomi.

A priori c'est pas passé loin puisque Justin a sans doute eu la crise d'ado la plus médiatisée de toute l'Histoire. L'intégralité de ses frasques et autres dérapages faisaient systématiquement le tour du monde, le faisant passer sans transition de la case "gosse insupportable" à celle de "jeune con déséquilibré". C'était certes plus amusant à observer mais pas forcément mieux pour lui.

Du coup, à l'époque, tout le monde se fout de sa gueule de South Park qui le tue dans un épisode purement et simplement...

 

... à Bizarre, rappeur de D12, ancien groupe d'Eminem, qui lui consacre un morceau sobrement intitulé Justin Bieber, au refrain affectueux "I fucking hate you Justin, I want to rape you Justin (In your ass), your albums are disgusting, Justin Bieber we're going to kill you."

 

 

Vers l'impensable...

Bref, c'est pas la joie, ses albums se vendent par caisses entières mais le mépris est là. Sauf que dans le même temps, JB grandit, et commence peu à peu à prendre lui-même certaines décisions, niveau artistique. Rappelons que le single Baby qui l'a définitivement installé, était déjà à l'époque en duo avec Ludacris, et que c'est Usher qui a été un des premiers à être bluffé par les capacités du gamin. Le monde du rap et du RnB américain n'a jamais été très loin du petit porteur de mèche, il n'y a qu'à regarder la plupart de ses featurings. A cela s'ajoute un personnage clé : Scooter Braun, son agent, qui l'a plus ou moins découvert circa 2008. C'est lui la boussole de Bibi, qui s'efforce de gérer à peu près tout pour lui, y compris lorsqu'il découvre la weed. Du coup c'est également lui qui a accompagné sa mue, de marionnette insipide et transparente à pop star respectée. Les collaborations s'orientent d'un coup et Bieber se mêle aux têtes d'affiche du rap du moment : Nicki Minaj, Big Sean, Drake, Lil Wayne... Au niveau de la production, même topo, l'artiste s'entoure désormais d'un certain Diplo, ce qui aurait été impensable quelques années auparavant.

Du coup, son public évolue également. Aux fanatiques de la première heure viennent s'ajouter des gens qui passent outre l'image initiale que dégage le chanteur et se permettent d'apprécier des morceaux voire un album entier. Parce qu'il faut bien le dire, au début de sa carrière, être dans un concert de Justin Bieber c'était un peu comme mourir et se réveiller au paradis des pédophiles. Plus maintenant, enfin, un peu moins, et ça c'est un progrès notable.

Bref, son évolution rappelle énormément celle d'un autre Justin, Timberlake, passé de boysband infâme (N'Sync, on n'oublie pas) à son statut actuel, où il a convaincu et s'est fait une place de choix dans le monde du RnB. Sauf que Timberlake était déjà un jeune adulte lors de cette transformation, alors que Bieber était un gosse qui passait par toutes les étapes consternantes qu'on connaît.

Bieber a plusieurs idoles, dont une qui peut étonner : Tupac. Sans doute que c'est pour ça qu'il a appelé son hamster Pac, m'enfin c'est pas le sujet. Par contre, consciemment ou non, il a parfois rappelé une sorte de version chevelue du rappeur californien lorsque celui-ci se lâchait et jouait la carte de la provoc. Sauf qu'avec Justin, on n'est pas vraiment sûr que ce soit fait exprès. Ainsi, notre jeune prodige a pêle-mêle insulté Orlando Bloom après lui avoir piqué sa copine, craché sur ses fans, vomi sur scène, fait un aquarium dans un avion en fumant avec son père, frappé un paparazzi, uriné dans un seau en hurlant "fuck Bill Clinton", déclaré qu'Anne Frank aurait certainement été une Belieber, défoncé une vitre avec sa tête, etc etc etc, cette liste étant malheureusement loin d'être exhaustive. Détail amusant : le jeune homme s'est inconsciemment transformé intégralement en version de lui-même qu'il parodiait dans un sketch de Funny or Die.

 

Une quête laborieuse

Le boulot de Scooter Braun était donc légèrement difficile : il fallait à la fois faire oublier les innombrables conneries de son protégé mais aussi le faire passer pour un mec cool. La quête de la coolitude aura été longue et laborieuse pour l'ancien enfant-roi mais elle a fini par payer. Sur le conseil de Braun, Bieber se soumet au chambrage des humoristes américains, d'abord dans Between Two Ferns, une interview parodique menée par Zach Galifianakis puis avec l'étape ultime : le roast. Il s'agit concrètement d'une soirée filmée pendant laquelle un invité se fait vanner par d'autres célébrités. Bieber a eu droit à un roast assez drôle et corsé incluant Will Ferrell, Snoop Dogg, Kevin Hart, Ludacris, Shaquille O'Neal et Martha Stewart. Certains étaient très durs mais la différence avec les années précédentes saute aux yeux : désormais Bieber est intégré aux moqueries, on rigole avec lui, et ça fait toute la différence.

 

Même son de cloche du côté de ses fréquentations artistiques. Celui qu'on assimilait à sa copine Selena Gomez, (période chanteuse Disney, avant la mutation de Spring Breakers) travaille avec Skrillex, se fait écrire des morceaux par Ed Sheeran et reçoit des éloges de la part du New York Times. Mieux, il a enregistré son dernier album carrément chez Rick Rubin, véritable légende de la production musicale, qui est depuis devenu son nouveau super meilleur pote. Le côté "teen sensation" sera sans doute toujours là mais le changement de voix a pas mal aidé à tourner, un peu, la page. Autre point positif, il peut également se permettre de taper ailleurs que dans  les stars du rap identifiées purement pop, avec notamment Nas, pour un morceau qui, sur le papier, a tout pour faire saigner du nez les puristes mais qui se révèle étonnamment cohérent.

 

Entre le beat de D.K The Punisher qui ne ferait pas tache dans un album de RnB lambda, la façon de chanter et l'intervention du rappeur new-yorkais, la mission est accomplie. Justin Bieber a bel et bien tout fait pour être respecté et pour le moment en tout cas, ça a l'air bien parti. Félicitations parce que c'était loin d'être gagné au départ. A moins que ce soit juste la consommation d'herbe qui explique cette progression, mais ça on ne peut pas le prouver.

Et puis, un mec qui fait le con dans Zoolander 2 ne peut pas être totalement pourri, enfin on l'espère (à 0'55) :

 

 

 


 

Photo : © RW/MediaPunch/Mediapunch/Corbis

 

Par Yérim Sar / le 20 novembre 2015

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