Julian Assange en manque de crédibilité

Par Augustin Arrivé / le 17 juillet 2014
Julian Assange en manque de crédibilité
Le fondateur de Wikileaks est retranché depuis deux ans dans une ambassade à Londres. Ce mercredi, la Suède a prolongé le mandat d'arrêt européen qui empêche sa sortie. Loin des affaires, l'Australien perd de l'influence, au profit d'Edward Snowden.

 

Julian Assange est entré dans l'ambassade d'Equateur à Londres le 19 juin 2012. Il risque d'y rester encore un bon moment, la justice suédoise a choisi ce mercredi de maintenir le mandat d'arrêt européen contre lui. S'il pose un pied hors de son refuge, il part en prison, poursuivi pour viol et menacé d'extradition vers les Etats-Unis, qui le réclament depuis les premières révélations de Wikileaks.

Cette décision de Stockholm est passée relativement inaperçue. L'Australien à la crinière d'argent est un roi de la communication ; il a su déclencher un contre-feu médiatique au bon moment. Samedi, le réalisateur français Romain Gavras postait en effet sur Twitter cette photo, immédiatement reprise sur le compte officiel de Wikileaks. Sans aucune explication, le buzz pouvait démarrer.

 

 

Que vient faire Eric Cantona dans cette ambassade ? Pourquoi court-il sur un tapis roulant, un ballon de foot traînant à ses pieds ? Le porte-parole de Julian Assange a seulement expliqué au Guardian qu'une "collaboration" était en discussion, et qu'on en saurait davantage "en temps voulu". Quand Stockholm a rendu sa décision, les internautes causaient encore de Cantona.

Quoiqu'il en soit, que peut-on encore attendre de Julian Assange ? L'année qui vient de s'écouler semble avoir ruiné sa crédibilité. Candidat aux législatives australiennes l'été dernier, il n'a recueilli que 1,15%, un score plus mauvais encore que celui du "parti du plaisir". A l'automne, le film Le cinquième pouvoir, qui racontait la fondation de Wikileaks, a été un flop retentissant, le pire échec commercial de 2013 selon le magazine Forbes. Assange n'intéresse plus.

 

Le cinquième pouvoir, réalisé par Bill Condon © Metropolitan Filmexport, 2013

 

L'hiver venu, il enregistre une chanson avec le groupe porto-ricain Calle 13. Il rappe sur un morceau traitant de manipulation médiatique. C'est un désastre, enregistré là aussi dans l'ambassade londonienne. Ponctuellement, ces visites d'artistes l'occupent mais l'éloignent significativement du combat qui l'animait à ses débuts. En servant le thé avec Lady Gaga, il ne sert plus sa cause.

 

Multi_Viral, interprété par Calle 13 et Julian Assange © Sony Music, 2014

 

En mai dernier, Wikileaks révélait que Washington écoutait les conversations téléphoniques de toute la population afghane. Ce genre de scoops devient rare. Et ses retombées médiatiques se réduisent à peau de chagrin. C'est maintenant Edward Snowden qui a repris le flambeau. C'est l'informaticien américain que l'on cite lorsqu'on évoque les lanceurs d'alerte.

 

Extrait de "24 : Live Another Day", 9e saison de 24h chrono © Fox, 2014


Julian Assange, personnalité de l'année 2010 selon les lecteurs du Time, est devenu un pitre médiatique. Il se retrouve même caricaturé en méchant pirate dans la dernière saison de 24 heures chrono. Au regard de la qualité actuelle de la série, on peut en déduire qu'il est proche de toucher le fond. 

 

Edward Snowden au cinéma, c'est pour bientôt, et c'est ici.

Petite visite au pays des hackers à l'OHM2013, rassemblement mondial des pirates informatiques. Ca se passe par là.


Photo de couverture : Cc FlickR Galeria Ricardo Patiño

 

Par Augustin Arrivé / le 17 juillet 2014

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