Jok'Air, Dehmo et Hache-P : la vie après MZ

Par Genono / le 12 juin 2017
Jok'Air, Dehmo et Hache-P : la vie après MZ
Dix ans après sa formation, la MZ a annoncé sa séparation officielle fin décembre 2016. Depuis, les trois membre du groupe ont chacun embrayé une carrière solo. Retour sur leurs débuts respectifs.

L’histoire de la musique est faite de groupes qui se forment puis se séparent, brisant des certitudes et renouvelant sans cesse les dynamiques. Si certaines scissions sont parfois prévisibles, voire attendues, la fin de la MZ a surpris ses fans, loin d’être préparés à une annonce aussi brutale. Rappel des faits : en fin d’année 2016, le groupe annonce la sortie prochaine de son troisième album, intitulé Mafia Zeutrei. Une date est posée : février 2017. Jusqu’ici, tout va bien.

Quelques temps plus tard, premier coup de massue sur la nuque des auditeurs : Mafia Zeutrei sera le dernier projet du groupe avant sa séparation. Une nouvelle terrible pour les plus fidèles supporters du groupe, qui se consolent tout de même en fantasmant sur ce futur album qui devrait constituer un grand bouquet final. Mais tout va de charybde en scylla : une semaine passe, et les différents membres annoncent à tour de rôle que Mafia Zeutrei ne sortira pas. La MZ ne s’offre même pas une mort flamboyante, se contenant de disparaître brutalement, sans espoir de retour en arrière. On saluera tout de même la volonté des différents membres de se séparer dignement, et hormis quelques insultes de Dehmo envers Davidson, le manager du groupe (probablement par pur esprit sportif), le beef n’est pas mis sur la place publique.

 

Paradoxalement, cette pudeur du groupe, qui ne déballe pas son linge sale dans les médias, laisse planer chez certains auditeurs un léger doute sur la réalité de cette séparation. Des théories farfelues apparaissent, et certains pensent qu’il ne s’agit en fait que d’une tentative de buzz pour teaser l’album. Evidemment, il n’en est rien, et Jok’Air, Hache-P et Dehmo se lancent en fait très rapidement en solo. Entre la perte de l’émulation positive qui existe au sein d’un groupe, et la liberté artistique accrue désormais offerte aux différents membres en solo, il est encore difficile d’affirmer avec certitude que les effets de cette séparation tendent à être positifs ou négatifs.

Habituellement considérés comme de bons indicateurs des réactions du public, les commentaires sous leurs clips respectifs ressemblent jusqu’ici à des concours de bites entre supporters de Hache-P, fans de Dehmo et fanatiques de Jok’Air, où chacun clame que son petit protégé est le meilleur de l’ex-triumvirat. Quoi qu’il en soit, six mois après l’officialisation de la fin de la MZ, les parcours solo des trois garçons sont déjà très nuancés. Même s’il faudra juger sur des périodes plus longues, leurs premiers pas sont tout de même révélateurs d’ambitions et d’approches différentes :

 

Jok’Air

Avant la séparation du groupe, Jok’Air était probablement l’élément dont la potentielle carrière solo faisait le plus fantasmer les auditeurs. En toute logique, c’est donc lui qui semble avoir eu le moins de difficultés à embrayer, en se montrant omniprésent lors du premier semestre 2017 : une dizaine de clips entre janvier et juin, extraits d’un EP (Big Daddy Jok, disponible depuis février) et d’une mixtape (Je suis Big Daddy, prévue fin juin). Sur le plan de la productivité, tout va bien, donc. Sur le plan critique, la balance est plutôt positive. Si les fans de la MZ ont tendance à regretter que Dehmo ou Hache-P ne viennent pas poser un couplet sur certains de ses titres, Jok’Air s’est tout de même fendu de quelques morceaux assez incroyables en très peu de temps : La Mélodie des Quartiers Pauvres ou encore Je suis Big Daddy.

 

 

Surtout, on constate que Jok’Air s’est engouffré dans une direction avec la conviction d’être dans le vrai. En insistant toujours plus sur sa capacité à chanter, il mue progressivement d’un statut de simple rappeur-chantonneur -comme il en existe des centaines- à celui d’artiste au sens large, comme en attestent ses prises de risques et sa volonté de sortir des sentiers battus pour ajouter de nouvelles cordes à son arc.

 

 

Reste la question de la réussite commerciale, forcément incertaine. Son premier EP ayant été proposé en téléchargement gratuit, il est encore difficile de tirer des conclusions. Sur le plan du streaming, Jok’Air a tout simplement le cul entre deux chaises : s’il est celui des trois qui réussit le mieux, il semble confronté à un plafond de verre. Après des débuts encourageants, ses vues Youtube semblent stagner, et aucun de ses trois derniers clips n’a encore atteint le million mi-juin  -là où le groupe au complet pouvait atteindre allègrement les dix millions.

 

Dehmo

Réputé pour ses qualités de kickeur, Dehmo n’a pas encore sorti de projet solo, mais a passé les six premiers mois de l’année 2017 à abreuver son compte YouTube de nouveaux titres, en prenant bien soin de varier les ambiances : doux sur Désolé, dur sur Crimes, mais jamais sucré. Le premier grand pas en avant arrivera à la fin du mois de juin avec Ethologie, une mixtape dont le premier extrait, Peace, est particulièrement encourageant.

 

 

Encore en rodage sur le plan solo, Dehmo semble moins structuré que Jok’Air : sans l’appui de Davidson pour gérer la logistique, il doit reconstruire de zéro, sans avoir forcément pu anticiper cette situation. En ce sens, la stratégie en place depuis le début d’année est cohérente : le rappeur ne s’est pas précipité en misant trop rapidement sur un projet qui aurait pu être bâclé s’il avait été bouclé dans l’urgence ; mais dans le même temps, il a tout de même pris en compte la nécessité d’occuper le terrain pour ne pas se faire oublier du public, et les six clips diffusés en cinq moins vont dans ce sens.

 

 

Reste la question de la balance critique et populaire. Sur le plan critique, les choses semblent fonctionner : son univers solo s’installe petit à petit, et il tend de plus en plus à alterner pur plaisir dans sa zone de confort et titres moins formels. Sur le plan populaire, en revanche, tout semble à refaire : après les dizaines de millions de vues de la MZ, Dehmo peine à atteindre une moyenne 200.000 vues par clip. Seul véritable succès jusqu’ici, le titre Désolé était pourtant très encourageant. Gageons que la sortie de la mixtape Ethologie, le 23 juin, puisse lui permettre de remonter quelques marches et de retrouver son public.

 

Hache-P

La situation de Hache-P est très paradoxale. D’un côté, il était peut-être celui qui était le moins attendu en solo ; de l’autre, il est celui qui a le plus agréablement surpris les auditeurs depuis la séparation du groupe. Possiblement libéré du poids de ses deux collègues -bien qu’il soit resté en bonne relation avec Dehmo-, il livre des prestations XXL sur chacun des titres diffusés jusqu’ici. 

 

 

Son grand problème semble être le même que celui de Dehmo, à une échelle encore plus grande : Hache-P semble complètement livré à lui-même, sans les appuis nécessaires à tout rappeur souhaitant se développer. Résultat : une impression un peu bordélique, où tous ses clips ont été hébergés par la chaine youtube de Daymolition, avant qu’une chaîne dédiée soit enfin ouverte, mais que le seul clip disponible ne soit même pas répertorié. En bref : jusqu’à aujourd’hui, rien n’a été fait correctement pour mettre sa carrière solo sur les bons rails. Une situation d’autant plus regrettable que l’artistique, lui, fait plus que répondre aux attentes.

 

 

 

En conclusion, les trois membres de la MZ ont tous trois des similitudes de parcours assez frappantes, avec plus ou moins de décalage dans le développement de leurs carrières solo. Aucun d’entre-eux n’a récupéré la fan-base accumulée par le groupe pendant dix ans, et chacun semble presque devoir repartir de zéro. Sur le plan artistique, aucun d’entre eux ne semble avoir déçu. Chacun appréciera l’un ou l’autre à sa guise, évidemment, mais si l’on se fie aux critiques de ces derniers mois, Jok’Air est celui qui divise le plus, tandis que Hache-P est celui qui fait l’unanimité - Dehmo se plaçant entre deux. La grande différence se fait dans les temps de développement des artistes : Jok’Air semble avoir un tour d’avance sur le plan de la structure, des clips, et de l’image, tandis que Hache-P semble avoir pris un peu de retard à l’allumage -avec Dehmo entre les deux, encore une fois. Mais dans le rap plus qu’ailleurs, rien ne sert de courir…

 

 


Crédit photo : MZ - Dans Mon Club / 404 Workshop 

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Par Genono / le 12 juin 2017

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