Johnny et le top-10 des chanteurs frangliches

Par Augustin Arrivé / le 06 août 2013
Johnny et le top10 des chanteurs frangliches
Johnny Hallyday va enregistrer un album en anglais. Le rockeur s'offre un vieux rêve, lui qui n'a jamais conquis la terre d'Elvis. Beaucoup de nos chanteurs s'y risquent. Le résultat n'est pas toujours marvellous. Top10 des raisons de tenter (ou pas).

 

Pourquoi diable chanter en anglais quand on a construit sa carrière avec des chansons françaises ? C'est vrai, ça. Nom d'une pipe en bois ! La réponse, en dix exemples, c'est ici :

 

Pour fuir le fisc

Le 10 octobre 1973, Michel Polnareff embarque dans un bateau direction les States. Il s'installe à Los Angeles pour fuir le fisc. Moins de deux ans plus tard sort Fame à la mode, un vinyle 100% en anglais. Bingo ! (euh... pardon, twingo !) Le single Jesus For Tonight se retrouve troisième au classement Billboard des meilleures ventes :

 

Jesus For Tonight, Michel Polnareff © Atlantic Record, 1975

 

Pour vivre le rêve américain

Claude François fantasmait sur les Etats-Unis. Il avait piqué le concept des Claudettes à Ike et Tina Turner. Frank Sinatra avait repris son Comme d'habitude. Mais il s'est électrocuté avant que sa carrière américaine ne décolle. Il sera embaumé comme Elvis, maigre consolation.

 

So near and yet so far, Claude François © EMI, 1977

 

Pour me la raconter en boîte

Plus près de nous, Christophe Willem s'est rêvé star des dance-floors de L.A. Début 2012, il propose aux DJ du nouveau monde Love Shot Me Down, une version (assez réussie) de sa dernière galette, Prismophonic. Sony Music ne se risque pas à une coûteuse sortie en CD. L'album n'est disponible qu'en téléchargement.

 

Starlight, Christophe Willem © Sony Music, 2012

 

Parce que l'Europe n'attend que nous

Les Rita Mitsouko, de leur côté, rêvaient d'Europe. Londres, Berlin, Madrid. Il leur faut des English songs pour espérer s'exporter. Ainsi naîtra Variety, leur ultime album. Ils en sortiront quand même une version francophone, pour satisfaire leur fanbase (excusez cet anglicisme).

 

Even If, Rita Mitsouko © Because Music, 2007

 

Parce que c'est joli

Le goût de Camille pour les créations sonores n'est plus à démontrer. On se souvient par exemple de son si, note tenue du début à la fin de son album Le fil. C'est donc presque par plaisir phonétique qu'elle conçoit Music Hole, son troisième opus studio.

 

Music Hole, Camille © EMI, 2008

 

Parce que j'ai un mec trop cool

Toute autre motivation pour Vanessa Paradis au moment de poser sa voix sur les titres de son album éponyme, sorti en 1992. Ce disque, lui aussi totalement yankee, a été presque entièrement écrit par son amoureux de l'époque, Lenny Kravitz. Au final, bon ben... c'est Lenny Kravitz, quoi...

 

Silver and Gold, Vanessa Paradis & Lenny Kravitz © Universal Music, 1992

 

Parce que j'ai des amis trop cools

Et puis il y a les simples amitiés transfrontalières, en tout bien tout honneur. Pas besoin d'amour pour concrétiser un album. Au début des années 70, Françoise Hardy fréquente le gotha de la pop anglosaxonne : Mick Jagger et autres Bob Dylan. Elle qui avait déjà une certaine appétence pour les ballades d'Elvis saute le pas et sort en 1972 If You Listen, un album de reprises de Neil Young et consorts.

 

Until it's time for you to go, Françoise Hardy © Kundalini, 1972

 

Bah parce que je ne suis pas Français, alors laissez-moi tranquille !

Keren Ann, née en Israël et qui a grandi aux Pays-Bas, parle couramment anglais. Dans ce cas, pourquoi ne pas enregistrer dans la langue de Shakespeare ? Son troisième album, Not Going Anywhere, est paru en 2003. La même année elle chantait sur Lady & Bird, un disque en duo avec Bardi Johannsson, le chanteur du groupe islandais Bang Gang (joli nom).

 

Lay Your Head Down, Keren Ann © EMI, 2003

 

Pour éviter de me suicider

Nino Ferrer a beau chanter Les cornichons, il n'a pas franchement la frite. Il déteste son étiquette de chanteur rigolo, alors il s'installe en Italie, puis il élève des chevaux dans le Quercy. Il veut que d'autres le redécouvrent en poète mélancolique. Pour ça, il se met à chanter en anglais, avec Radiah Frye, la mère de Mia. Le succès n'est pas là. En 1998, exténué, il se tire une balle en plein coeur.

 

South, Nino Ferrer & Radiah Frye © CBS Records, 1974

 

Parce que mon papa est trop connu

En 1986, Serge Gainsbourg avait ciselé pour sa fille un album délicieusement sulfureux, Charlotte for ever, qu'elle sussurait de son petit filet timide. Vingt ans plus tard, Charlotte Gainsbourg est une grande comédienne, mais le fardeau paternel est trop lourd pour qu'elle se risque à chanter en français. Elle s'entoure des très branchés Air et Beck pour réaliser d'excellents albums, loin des références familiales.

 

Heaven Can Wait, Charlotte Gainsbourg & Beck © Because Music, 2009


Par Augustin Arrivé / le 06 août 2013

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