Joann Sfar livre ses pensées post-attentats

Par Augustin Arrivé / le 27 mai 2015
Joann Sfar livre ses pensées post-attentats
L'auteur du "Chat du Rabbin" sort le dixième volume de ses carnets intimes. Et cette psychanalyse sur papier traite cette fois des attentats de janvier, de la place des religions dans la société française, et de capoeira.

 

J'ai fait trois mois de capoeira pendant lesquels je n'ai récolté aucun compliment. Depuis je me suis radicalisé : je suis passé à la boxe." Les lecteurs fidèles de Joann Sfar savent que ses "Carnets" parlent de tout, et parfois un peu en vrac, du moins en apparence. Dans ce Si Dieu existe, il évoque ainsi son baptême de capoeira. "Les Juifs poussent trop leurs enfants vers le Talmud Torah et pas assez vers la capoeira. On vient d'une tradition qui a trop investi sur les mots et pas assez sur le corps.


 

Rien n'est gratuit, même si tout nous est offert. Si les pages semblent s'enchaîner de façon souvent désordonnée, l'ensemble traite d'un même thème : les religions. "On ne décide pas le moment où l'on a un besoin vital et de son lecteur, et de son papier", écrit-il en avant-propos. Cette année, ce moment, ce fut le 7 janvier. La barbarie terroriste, survenue au moment où l'auteur se retrouvait orphelin et célibataire, "c'était trop, j'avais besoin de parler, je me suis débrouillé avec mes lecteurs".

 

Extrait de "Si Dieu existe", par Joann Sfar © Delcourt Shampooing, 2015

 

Comme à son habitude, il parle beaucoup de lui. Ses frustrations, ses peines, son quotidien. Sfar dialogue avec un corbeau de mauvais augure perché sur son épaule, avec le général de Gaulle qui le charge de relever la France, ou avec une femme rabbin fantasmée qui le reconstruit sur l'oreiller. Ainsi accompagné de lui-même, il nous dit tout de ce qu'il pense : "Tant que le prophète sera plus important que les hommes, on ne pourra rien construire."

Moi, moi, moi et puis les autres aussi. Le dessinateur donne la parole à ceux qui l'entourent. "C'est très important de dire aux gens que ce n'est pas grave si on n'est pas d'accord. C'est formidable si on a des opinions, c'est formidable si on pense des choses différentes." Il laisse s'exprimer ici une rescapée d'Auschwitz, là une musulmane voilée qui donne des cours à ses enfants.

J'ai fait parler beaucoup de femmes voilées dans ce livre. J'ai découvert qu'on était d'accord sur énormément de choses et que nos points de divergences étaient intéressants.


 

Extrait de "Si Dieu existe", par Joann Sfar © Delcourt Shampooing, 2015

 

Au milieu de l'album, un long passage inattendu : Joann Sfar se retrouve au coeur d'un défilé de mode, entre Jean-Paul Goude et des mannequins élancées. Il les croque en coulisse et sur le podium.  

Quand j'ai vu, moins d'un mois après les attentats, ces filles de toutes ethnies, de toutes religions, marcher droit dans Paris avec ces robes de haute-couture, j'ai pensé que c'était la meilleure des réponses.


 

Extrait de "Si Dieu existe", par Joann Sfar © Delcourt Shampooing, 2015

 

Des réponses, on n'en trouve pourtant pas beaucoup dans cette bande dessinée, on en sort plutôt l'esprit plongé dans les interrogations. Elles se percutent autant que ses dessins. Preuve que l'auteur a réussi son coup : qu'on l'approuve ou non, il suscite la discussion. C'est bien là ce qu'il espère : inciter à aller vers l'autre. Utile et passionnant.

 


Toute l'actu de la bande dessinée sur Mouv', c'est par ici.

Illustration de couverture : Si Dieu existe, par Joann Sfar © Delcourt Shampooing, 2015

 

Par Augustin Arrivé / le 27 mai 2015

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