"Je ne pars pas, on me fout dehors"

/ le 05 novembre 2013
"Je ne pars pas, on me fout dehors"
Une vidéo choc émeut l'Espagne depuis deux semaines. Un jeune journaliste au chômage se met en scène dans la posture d'un condamné maltraité. Objectif : présenter son CV et forcer ses concitoyens à ne pas oublier que plus de 56% des jeunes sont sans emploi.

 

Cécile de Kervasdoué de la rédac du Mouv' a pu joindre l'auteur de cette vidéo choc. Reportage en cliquant ci-dessous.

 

Une pièce sombre, une caméra tremblotante, un homme entravé sur une chaise le visage ensanglanté. La vidéo qui bruisse depuis deux semaines sur le web espagnol évoque les images terribles tournées par des ravisseurs en quête de rançon.

 

Javier Ivanyez est condamné. Condamné à quitter l'Espagne pour trouver ailleurs un emploi de journaliste. Que l'on juge la méthode pertinente, originale ou de mauvais goût, elle a au moins le mérite de marquer les esprits. Et c'est précisément ce que le jeune homme recherche. Avec ce CV filmé à fort potentiel viral, il compte à la fois attirer l'attention sur sa situtation et éveiller les consciences.

Parmi les critiques les plus virulentes, certains me disent qu'il faut faire des études qui servent à quelque chose, que le journalisme ne sert à rien. Ça en dit long sur l'absence de conscience politique des espagnols, qui n'ont aucune idée de l'importance du quatrième pouvoir. Pour eux, le journalisme se réduit à la télé poubelle. Et c'est justement ce qu'ils regardent.


 

Ces dernières années, comme en écho aux propos de Javier, le gouvernement espagnol a fortement réduit les bourses universitaires dédiées aux étudiants en journalisme et plus largement en sciences humaines. Depuis la fin de ses études, Javier enchaîne les stages en télévision, pour un salaire moyen de 150 euros par mois.

Et la situation de ses compatriotes n'est guère plus enviable. Dans le pays, quatrième économie de la zone Euro, un espagnol sur quatre est sans emploi et le taux de chômage dépasse les 56% chez les moins de 25 ans.

Les stages, ça use un homme © javiivanyez.com 
 

Comme Javier, une grande partie de cette "génération ni ni" (ni travail, ni études)  est contrainte à l'exil professionnel. Ils se rassemblent sur twitter derrière le hashtag #nomevoymeechan ("je ne pars pas, on me fout dehors".)

Le jeune journaliste prévoit d'émigrer à Montréal au Canada. Pour lui, la situation espagnole est révélatrice de ce qui attend tous les autres pays européens, dont les économies sont selon lui "vendues aux banques".

Reportage pour le Mouv' signé Cécile de Kervadsoué. 

/ le 05 novembre 2013

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