Islamabat-girl botte les fesses des talibans

/ le 10 octobre 2013
Islamabat-girl chasse les talibans
Malala Yousafzaï vient d'obtenir le prix Sakharov du Parlement Européen. Cette adolescente pakistanaise de 16 ans a risqué sa vie pour défendre le droit à l'éducation des femmes. Son combat avait inspiré une série animée pakistanaise innovante.

 

Article mis à jour le 10 octobre 2013. Initialement publié le 4 août 2013.

Burka Avenger, justicière au voile intégral, écoutez le reportage de Sébastien Sabiron :


Il est bien gentil Batman, avec sa batcape, mais à Gotham City, on s'en tamponne pas mal de savoir si les petites filles pakistanaises peuvent aller à l'école sans se faire menacer par les talibans. Heureusement désormais, il y a Burka Avenger

Enseignante dans le civil, Jiya est aussi spécialiste des arts martiaux. Vêtue de sa super burqa, armée de livres et de stylos, elle défie les méchants barbus qui veulent dominer le monde.

 

Diffusée depuis le début de la semaine sur la chaîne câblée GeoTV, la série a été imaginée par la pop star pakistanaise Harroon, qui signe la bande originale sur la musique du rappeur Adil Omar.  

Don't mess with the lady in black évoque cette héroïne qui botte les fesses "des ennemis de la paix, de la logique et de la raison" qui tue "l'extrémisme et la corruption."

 

Malala le 12 juillet 2013 à l'ONU

 

 

Burka Avenger fait écho à l'histoire tragique de Malala Yousafzaï, jeune militante du droits des femmes miraculeusement rescapée d'une tentative d'assassinat en octobre 2012. Les talibans lui logent une balle dans la tête alors qu'elle sort de l'école.

Aujourd'hui réfugiée au Royaume-Uni, Malala est devenue une icône de la lutte pour l'éducation des femmes au Pakistan, livrant le jour de son 16 ème anniversaire un vibrant plaidoyer à la tribune de l'ONU. 

 

 

 

Malala vient de la vallée de Swat, dans le Nord Ouest du pays, théâtre d'une poussée extrémiste virulente ces dernières années. Dans une lettre ouverte publiée il y a deux semaines, le haut responsable taliban Adnan Rachid l'invite à rentrer dans le droit chemin :

rentrer à la maison, épouser la culture islamique et pachtoune, joindre une école coranique pour femmes dans ta ville, étudier et de te pencher sur le livre d'Allah...


 

Dans la série, pas de référence directe aux talibans, mais dès le premier épisode, Baba Bandook, le méchant barbu et enturbanné tente de fermer une école, épaulé par Vadero Pajero, le maire du village, corrompu jusqu'à la moelle.

Vilains obscurantistes © GeoTV, par Sébastien Sabiron

Un scénario fictionnel inspiré de situations bien réelles selon Laurent Gayer, chercheur au CERI (Centre d'études et de Recherches Internationales.)

Laurent Gayer © Sébastien Sabiron, Le Mouv' 

 

La burqa est-elle cool ?

 

Jiya, l'héroïne de la série incarne donc la modernité et l'éducation, remparts contre l'obscurantisme religieux. Mais alors, pourquoi diable porte t-elle une burqa, justement imposée par les talibans à leurs épouses ? "Pour se camoufler et masquer sa véritable identité" répondent les créateurs de la série, ajoutant que le voile intégral est plus "couleur locale" qu'une combinaison de ninja.

Des arguments qui laissent Bina Shah un peu dubitative. Ecrivain, éditorialiste, Bina représente la nouvelle garde du féminisme pakistanais. Sur son blog, la jeune femme s'interroge :

Est-ce une bonne chose de rendre la burqa "cool" auprès des enfants, de laver le cerveau des filles en leur laissant penser que la burqa vous donne du pouvoir au lieu de vous en enlever ?


 

Pour Bina Shah, ce choix artistique est à double-tranchant :

Bina Shah © Delphine Martin, Le Mouv' (cliquez sur le player)

Deux jours seulement après son lancement, Burka Avenger a déjà fait couler beaucoup d'encre. Etonnament, les critiques émanent plutôt des milieux progressistes qui redoutent une certaine glorification de la Burqa. Les fondamentalistes religieux n'ont fait aucun commentaire pour le moment.

Il faut dire que la série diffusée sur le cable s'adresse surtout aux enfants des classes moyennes et supérieures. Pas de grand risque qu'elle contamine l'esprit des marmots dans les vallées reculées et contrôlées par des extrémistes enturbannés.

 

Suivez Sébastien Sabiron sur Twitter : (@sebsabiron)

 



/ le 10 octobre 2013

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