Inondations meurtrières : Météo France plaide non coupable

Par Sébastien Sabiron / le 05 octobre 2015
19 morts dans les inondations : Météo France plaide non couplable
Après les inondations qui on fait 20 morts sur la Côte d'Azur, certains élus remettent en cause les alertes Météo France, estimant notamment que la violence de l'événement aurait mérité une "vigilance rouge". Météo France s'en défend : impossible de prévoir un événement si bref et localisé avec les moyens actuels.

"On est bien sur un niveau qui n’est pas orange, mais qui est rouge". "Avec ce qui s’est passé cette nuit, qu’on se contente de nous dire que nous serions en alerte orange !". Dimanche 4 octobre sur Europe 1, le député-maire de Nice Christian Estrosi met en cause Météo France, après les inondations qui ont fait 20 victimes dans les Alpes-Maritimes.


Dans le Sud-Est, les orages ont été d'une violence rare

Rapidement, Eric Ciotti, président du Conseil Départemental des Alpes-Maritimes lui emboîte le pas. Dans une interview au Point, l'élu les Républicains estime lui aussi que le phénomène météo du week-end "relevait à l'évidence d'une alerte rouge", laissant entendre que Météo France a sous-estimé l'événement.

En toile de fond, la paire Ciotti-Estrosi dénonce une "banalisation de l'alerte orange" :

 

Météo France aurait-elle du passer en vigilance rouge ?

Jointe par Mouv', Météo France rejette en bloc les accusations portées par les élus. Samedi soir, six département sont bien placés en vigilance orange, dont le Var et les Alpes-Maritimes.

Dans son bulletin de 19h45, Météo France précise que l'épisode pluvio-orageux ayant débuté dans le Vaucluse doit se poursuivre pendant la nuit de samedi à dimanche, tout en se décalant vers l'est.

Carte de vigilance publiée dès samedi matin © Météo France


Sauf que l'événement se transforme en "orage explosif", un phénomène extrêmement rare. En une heure, 107 mm de pluie s'abattent sur Cannes. Un phénomène impossible à prévoir selon Michel Daloz, prévisionniste à Météo France. 


Pour ses prévisions, Météo France s'appuie sur des "modèles", des cartes météorologiques introduites dans son super-calculateur de Toulouse. Mais si la technique progresse vite, elle ne permet pas encore d'anticiper des événements aussi brefs et localisés que cet orage explosif qui a survolé la côte d'Azur samedi.

"L'orage explosif" observé par les radars © Météo France


Les alertes oranges sont-elles trop fréquentes pour être prises au sérieux ?

Eric Ciotti estime que Météo France est trop prompte à dégainer sa vigilance orange, ce qui conduirait les français à ne plus distinguer les événements banals de ceux potentiellement dangereux. 

Nous recevons tous les deux ou trois jours des alertes orange qui finissent par ne plus être prises au sérieux par les populations. Bien entendu le risque zéro n'existe pas, mais il y a peut-être des procédures et des paliers à revoir.



Là encore, Météo France conteste : "Dans les Alpes-Maritimes, la vigilance orange "pluies et orages" a été déclenchée 20 fois ces cinq dernières années, deux fois seulement en 2015", indique un chef prévisionniste. Michel Daloz explique que ces alertes ne sont jamais lancées à la légère :


La faute au "tout béton" ?

Si Christian Estrosi (chef de file Les Républicains pour les régionales en PACA) ne s'est pas fait attendre pour désigner un responsable, Météo France ne peut pas grand chose contre les caprices du ciel. En revanche, l'urbanisation excessive de la Côte d'Azur a sans doute joué un rôle déterminant dans les inondations du week-end dernier. 

Michel Daloz confirme que le "bétonnage" agrave le ruissellement des eaux de pluie. Pour le prévisionniste de Météo France, le contraste entre ces inondations et celles, beaucoup moins meurtrières de Montpellier en août dernier est saisissant :


Cécile Duflot abonde en ce sens. Sur France Info, la chef de file d’Europe Ecologie-Les Verts dénonce une "imperméabilisation" des sols provoquée par l'urbanisation, qui ne permet pas aux pluies de s'écouler normalement :

 


 

Crédit Photo : Innondations à Biot (Alpes-Maritimes) MaxPPP/ Patrice LAPOIRIE / PHOTOPQR/NICE MATIN / 

Par Sébastien Sabiron / le 05 octobre 2015

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