Google sauvera t-il la presse française ?

/ le 10 octobre 2013
Google sauvera t-il la presse française ?
Les éditeurs de presse français avaient jusqu'à aujourd'hui pour déposer leur candidature afin de bénéficier du fonds Google pour "l'innovation numérique de la presse". A la clef : une enveloppe de 60 millions d'euros. Suffisant pour dynamiser la presse en ligne ? Pas sûr.

 

Le 1er février 2013, Eric Schmidt, président du Conseil d'Administration de Google et les principaux éditeurs de presse français signaient un "accord historique" à l’Élysée. Sous le patronage de François Hollande himself, cet accord devait signifier l'armistice entre les patrons de presse et la firme de Moutain View.

Doté de 60 millions d'euros pour une durée de trois ans, le Fonds Google pour l'Innovation Numérique de la Presse financera partiellement (au maximum 2 millions d'euros, 60% du budget) les "projets jugés innovants" présentés par les éditeurs de presse politique et généraliste.

Eric Schmidt et François Hollande, 1er février 2013 / DR


Le dépôt des candidatures prend fin aujourd'hui et le Conseil d'Administration du Fonds (composé de Google et des représentants de la presse) désignera les heureux bénéficiaires dans une semaine. Si la liste des postulants (140 publications éligibles) n'a pas été dévoilée, on sait déjà que les principaux acteurs (lemonde.fr, lefigaro.fr, liberation.fr) en font partie.

Les critères de sélection très larges permettent aussi à la presse régionale et à des titres en ligne un peu plus obscurs de tenter leur chance.

Deux poids deux mesures ?

Pour bénéficier du fonds Google, les candidats doivent prouver leur capacité à innover, à générer des revenus et attirer de nouveaux lecteurs. Des critères relativement ouverts, mais qui peuvent laisser craindre un système à deux vitesses.

Si les grands quotidiens disposent d'une armée de webmasters et de directeurs marketing apte à monter des dossiers solides, quid des petites publications locales, à équipes réduites ? Pour Erwann Gaucher, spécialiste des médias, la répartition de l'enveloppe sera forcément inégale :

                                                                       Erwann Gaucher / DR 


De son côté, le SPIIL (Syndicat de la Presse Indépendante d'Information en Ligne) émet aussi de sérieuses réserves quand à l'équité du dispositif, craignant une concurrence faussée entre les petits veinards aidés par Google et les autres. Il faut dire que le syndicat n'a pas été invité à sièger au Conseil d'Administration de ce fonds.

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Nathalie Collin / DR



C'est une question centrale pour la presse qui se cherche encore un modèle économique rentable sur le web. L'accord avec Google prévoit un partenariat commercial, dont les modalités sont confidentielles.

Nathalie Collin co-présidente du Nouvel Observateur et médiatrice dans ce dossier, précise que les éditeurs pourraient bénéficier de "conditions particulières pour commercialiser certains de [leurs] inventaires publicitaires"






En clair, Google pourrait reverser une plus grande partie des revenus de sa publicité ciblée aux sites partenaires. Au passage, une manière pour la firme d'accroître la dépendance de la presse à son égard selon Erwann Gaucher :


Outre des différences de traitement entre les heureux élus et les autres, le SPIIL craint que le référencement soit à l'avenir biaisé. Sur le papier, rien n'empêche le géant américain de mettre en avant ses sites partenaires dans les résultats de recherche.

Présenté comme "gagnant-gagnant", cet accord fait de toutes manières les affaires de Google, qui échappe à une rémunération récurrente de la presse. L'enveloppe de 60 millions ne représenterait que 5% de son chiffre d'affaires en France, une goutte d'eau. En revanche, pour les 140 sites d'infos théroriquement éligibles au fonds Google, le gateau n'est pas bien gros. Et certains resteront forcément sur leur faim.

Suivez Sébastien Sabiron sur Twitter : (@sebsabiron)

/ le 10 octobre 2013

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