Google contre la censure

/ le 23 octobre 2013
Une Google Map de la cyberguerre
Le géant américain dévoile plusieurs outils dédiés à contourner la censure sur le web. Où quand Google s'érige en défenseur des libertés tout en collectant sans vergogne les données des internautes.

 

Google peut-il venir à bout de la censure sur internet ? Reportage de Sébastien Sabiron :

 

Alors que François Hollande se fâche tout rouge contre Obama à propos des grandes oreilles de la NSA, Google présente son nouveau joujou extra : une carte animée qui montre en temps réel le flux des cyberattaques à travers le monde. Cliquez sur la petite flèche en bas à gauche.

Digital Attack Map © Google Ideas / Arbor Networks INC

La carte répertorie les "attaques par déni de service" (DDoS). Elles ont pour but de mettre hors ligne ou de ralentir fortement le site web visé, au point de le rendre inutilisable. Selon Google, ces attaques DDoS sont des armes de censure massive, allégrement utilisées par les régimes autoritaires.

Les attaques par déni de service peuvent être utilisées pour empêcher la circulation d'informations importantes. Les sites couvrant les élections sont bloqués pour influencer le résultat, les sites des médias sont attaqués pour censurer des articles [...] Protéger l'accès à l'information est important pour Internet et pour la liberté d'expression.


      
Rien à redire. Sauf que Google oublie de mentionner que les attaques DDoS sont aussi utilisées par des opposants politiques comme moyen de contestation. Dans une tribune publiée par Slate en 2010 (en anglais), le chercheur biélorusse Evgeny Morozov les présentait comme une nouvelle forme de désobéissance civile.

Libertés surveillées

Si la carte de Google est à visée informative, la firme de Mountain View propose deux outils plus ambitieux. Noms de code : Project Shield et uProxy. Le premier est un bouclier contre ces fameuses attaques DDoS. Le second permet de se connecter facilement à un proxy, une passerelle qui franchit les blocages mis en place sur certains sites.

En Iran, l’utilisation d'un proxy est le seul moyen de se connecter aux réseaux sociaux bloqués par le gouvernement. Sans eux, le Mouvement Vert qui a suivi la réélection d'Ahmadinejad (on en parlait ici) n'aurait sans doute jamais eu lieu.

Les proxys expliqués en petites boules © Google Ideas

Développé par les chercheurs de l'Université de Washington, uProxy est sans doute très efficace. Mais le français Okhin, hacker de son état, se méfie d'un proxy fourni par Google :


En se plaçant du côté des libertés, Google redore son blason sévèrement écorné par sa participation à PRISM. Mais la firme de Moutain View n'agit pas par pur altruisme. Internet bloqué en Chine, c'est moins de connexions, et forcément moins de revenus pour Google. 

Et comme les activistes et les dissidents politiques sont aussi des consommateurs potentiels, le californien à tout intérêt à leur fournir des outils adaptés. Un moyen, en quelque sorte de monétiser la liberté d'expression.

Suivez Sébastien Sabiron sur Twitter : (@sebsabiron)

/ le 23 octobre 2013

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