Frank Ocean : sa lettre poignante après la tuerie d'Orlando

/ le 21 juin 2016
Frank Ocean sort de son silence avec une lettre sur le shooting d’Orlando.
Frank Ocean a rompu un silence de plusieurs mois pour réagir à la tuerie du 12 juin 2016 au club Pulse d'Orlando qui a fait 49 morts et 53 blessés. Profondément affecté, le chanteur livre un texte émouvant.

Frank Ocean se fait discret depuis pas mal de temps et c’est souvent sur son Tumblr qu’il communique. Ce n’est pas une date d’album qu’il annonce aujourd’hui mais une lettre poignante concernant la fusillade du 12 juin dernier à Orlando en Floride au club Pulse, une boîte de nuit LGBT.  

Beaucoup de stars ont rendu hommage aux victimes de cette fusillade mais Frank Ocean est l'un des rares artistes Hip Hop / R&B  qui assume son appartenance à la communauté LGBT. Il était fondamental pour lui de s'exprimer sur ce sujet Il a adressé une lettre où « la réalité est grise, ni noire, ni blanche mais morne. »

J’ai lu dans les journaux qu’on jette mes frères du haut d’immeubles, les mains attachées dans le dos parce qu’ils ont enfreint la charia. J’ai entendu dire que ceux qui sont tombés sont lapidés par la foule s’ils bougent encore après leur chute. J’ai entendu dire que tout ça se fait au nom de Dieu. Je me souviens que mon pasteur parlait au nom de Dieu lui aussi, lorsqu’il citait les Écritures saintes. Lorsqu’il décrivait l’énorme étang de feu dans lequel Dieu souhaitait me plonger, le mot abomination s’échappait par tous les pores de ma peau.J’ai entendu qu’une tuerie homophobe avait laissé derrière elle des corps entassés les uns sur les autres, sur une piste de danse. J’ai entendu dire que l’assassin s’était fait passer pour mort au milieu de tous ceux qu’il avait tués. J’ai entendu aux infos qu’il était l’un des nôtres. Quand j’avais six ans, j’ai entendu mon père traiter une serveuse transgenre de ‘pédé’ avant de me tirer hors de ce petit resto de quartier, parce qu’on ne pouvait pas être servi par quelqu’un d’aussi dégoûtant. C’était le dernier après-midi où j’ai vu mon père, c’était la première fois que j’entendais ce mot, je crois, même si ça ne serait pas surprenant si je l’avais entendu avant.

Beaucoup nous détestent et préféreraient qu’on n’existe pas. Beaucoup sont dérangés parce qu’on veut se marier comme tout le monde, ou utiliser les toilettes adéquates, comme tout le monde. Beaucoup n’ont aucun problème à transmettre les mêmes bonnes vieilles valeurs qui chaque année rendent des milliers d’enfants suicidaires ou dépressifs. Donc, on dit qu’on est fiers et on exprime notre amour pour qui on est, et ce qu’on est. Parce que sinon, qui va le faire ? Je fais un rêve éveillé : et si cette barbarie et toutes ces transgressions à notre égard étaient en fait la contrepartie de quelque chose de meilleur qui se produit dans le monde, d’une grande vague d’ouverture des esprits et de réveil des consciences.Mais la réalité l’emporte, et elle est grise. Ni noire, ni blanche, mais morne. J’ai entendu qu’on était tous les enfants de Dieu. J’ai laissé mes frères et sœurs en dehors de ça et je me suis adressé directement à mon Créateur, j’ai l’impression qu’on dit la même chose. Si mon moi était plus fort en étant déconnecté de sa propre histoire, alors, je ne pourrais pas être moi. Je veux savoir ce que les autres entendent. J’ai peur des réponses, mais je veux savoir ce que chacun entend quand il s’adresse à Dieu. Les fous entendent-ils la même voix, mais distordue ? Est-ce une autre voix que les endoctrinés entendent ?


 

 
Voici la lettre originale de Frank Ocean :

 

 


 

Crédit photo :  Andrew Chin / Getty

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/ le 21 juin 2016

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