Fonky Family : tout ce que le rap français lui doit

Par Genono / le 07 mars 2016
Fonky Family : tout ce que le rap français lui doit
10 ans après la sortie de son dernier album, l'ombre de la Fonky Family plane plus que jamais sur le rap français. Qui était ce groupe et ses membres ? Que sont-ils devenus et qui les Marseillais ont-ils inspiré ?

Groupe mythique, auteur de disques à classer parmi les plus grands classiques des années 90/2000, et succès commercial certain, la FF est pourtant méconnue par les nouvelles générations, celles qui ont découvert le rap avec Niska ou PNL, et pour qui Time Bomb n’évoque rien d’autre qu’un titre de Nekfeu. Dans la fameuse liste de « vrais rappeurs » cités sans relâche par les trentenaires nostalgiques dans les commentaires de tout article se référant à un artiste de la nouvelle génération, la Fonky Family se glisse immanquablement entre Oxmo Puccino, Fabe et Lunatic. Alors, plutôt que de rabâcher aux jeunes des noms qui ne leur évoquent rien d’autre qu’une période où leurs parents vivaient sans Youtube, Snapchat, l’électricité ou les vaccins, prenons le temps de leur raconter ce qu’a été le rap, et pourquoi il inspire une telle nostalgie à toute une catégorie de la population.

 

Qui est la Fonky Family ?

Le noyau dur de la Fonky Family, ce sont quatre rappeurs -Le Rat Luciano, Sat, Don Choa et Menzo- et deux compositeurs et DJ –Pone et DJ Djel. Lors des premières années, ils sont accompagnés de Namor (rappeur) et Karima (danseuse) qui quittent l’aventure avant l’explosion du groupe.

Après quelques apparitions –aux côtés d’IAM notamment- dès 1994, la Fonky Family accouche d’un premier album en 1998, intitulé Si Dieu Veut. 400.000 disques plus tard –un score presque anodin à l’époque-, la FF  s’impose comme l’une des grandes références de ce qui est alors considéré comme la nouvelle génération. Pendant une demi-douzaine d’années, le groupe est programmé en playlist sur toutes les radios rap, apparait sur toutes les compilations, et ses titres sont connus par coeur par tous les jeunes, du collège à la fac. L’aventure collective s’arrête en 2006, avec l’album Marginale Musique, alors que l’influence du groupe a commencé à décliner.  Malgré une carrière relativement courte (une dizaine d’années), la discographie de la FF est plutôt fournie, avec trois albums studio, un album live, et deux EP au format hybride –entre titre live et inédits-, sans compter les projets solo des différents membres.

 

 

Pourquoi la FF est-elle présentée comme un groupe légendaire ?

A l’image de Fabe, Alpha 5.20 ou Salif, la fin de la Fonky Family en 2007 a offert au groupe une postérité homérique, lui permettant d’échapper à une éventuelle déchéance artistique, et à une obsolescence prévisible. Une décennie après son dernier album, Marginale Musique, l’aura du groupe a décuplé,  et des titres comme Mystère et Suspens ou Sans Rémission ont acquis a posterori un statut absolument mythique. Les quatre rappeurs (et leurs DJs) auraient pu se forcer, continuer malgré tout jusqu’à devenir has-been, ou même tenter un come-back foireux fait de beats datés et d’un décalage complet avec la réalité, mais ils ont préféré –probablement inconsciemment- entrer dans la légende.

 

De quoi parlait la FF ?

Groupe fédérateur, la Fonky Family faisait le compromis entre des titres énergiques et des thèmes très sobres. Axés sur la description du quotidien d’une frange entière de la jeunesse –monotonie de la vie en cité, bisbilles policières, manque d’oseille-, les textes des quatre rappeurs sont empreints d’une sincérité et d’une simplicité qui dénotent avec leur statut de stars du rap. « D'où je viens y'a des croyants, des pratiquants, les simples habitants côtoient les narcotrafiquants » … Malgré un fond fait de revendications vaporeuses contre les violences policières, l’Etat,  la justice, la FF n’est pas particulièrement politisé. Résignés à devoir survivre au sein d’un système immuable, les rappeurs se contentent de constater la misère qui les entoure : « Rien n'est prêt de changer, sauf les gueules des bouffons sur les billets ». Très axé sur les histoires de rue, le groupe ne donne pourtant jamais dans l’apologie, l’exagération, ou la victimisation … en clair, pas de calibres énormes, de quintaux de drogue, ou  de braquages à tous les couplets : tout est réel, sincère et dépouillé. : « Avec nos vies de chiens, y’a de quoi faire des histoires sans fin, la rue en fond, plus vrai que les infos, du vécu, enfin ».

 

 

A quel rappeur actuel ressemble la FF ?

S’il fallait raconter la Fonky Family aux jouvenceaux nés aux abords de l’an 2000, quelques mots suffiraient : un groupe marseillais hyper-productif, simple et proche de son public, accumulant les disques d’or et de platine, et racontant sans le moindre filtre –et avec un argot marseillais omniprésent- le quotidien d’une génération de jeunes adultes en survêtement. Oui, s’il fallait raconter la FF à la jeunesse d’aujourd’hui, il faudrait obligatoirement passer par une comparaison avec Jul, autotune et teinture exceptés. Passons le débat purement musical –inutile, tant le rap a changé en quinze ans-, que Jul vous plaise ou non, l’héritage du Rat Luciano et de ses consorts se retrouve chez lui, et si vous voulez raconter votre adolescence antédiluvienne bercée par Si Dieu Veut à vos enfants ou vos neveux, vous devrez obligatoirement vous trouver des points de repère, et établir des parallèles plus ou moins pertinents. « J’raconte la mienne, t’as l’impression que j’raconte la tienne » … Cette phrase de Sat est la description exacte de ce que sont les textes de Jul.  Si ça peut calmer votre urticaire, dites-vous que Jul a été adoubé par Le Rat lui-même, le temps d’un featuring.  « J’raconte la mienne, t’as l’impression que j’raconte la tienne »


Qui sont les membres du groupe ?

Le Rat Luciano est une véritable légende, le rappeur préféré de beaucoup de rappeurs, et un gars resté humble et disponible depuis le début –il ne refuse jamais un featuring. Salué pour la qualité de son écriture –très terre à terre, Le Rat est en quelque sorte le Zinedine Zidane du rap : un Marseillais à moitié chauve, timide vu de loin mais tellement meilleur que les autres quand les choses deviennent sérieuses. Un seul album solo à l’actif de Luc’, Mode de Vie Béton Style, sorti en 2001, et un personnage qui se fait rare depuis quelques années, malgré une mixtape en deux volumes sortie en 2009/2010, et toujours quelques featurings avec des inconnus complets, des futures stars, ou des vieux de la vieille.

Sat est le membre le plus productif en solo. Un premier album intitulé Dans mon Monde pendant la période d’activité de la FF (2002), puis une réédition et deux autres albums parus en 2008 et 2010, le tout avec, forcément, moins de succès qu’en groupe. Plus dur que ses collègues dans ses textes, Sat a profité de ses projets solo pour se lâcher un peu plus sur des thèmes violents et un brin plus sensationnels. Ces dernières années, Sat s’est fait remarquer en tentant une reconversion professionnelle complètement improbable : le journalisme sportif, pour le compte de la chaine de télé officielle de l’Olympique de Marseille … avant de devenir attaché de presse auprès de la mairie de Marseille. Ca change des ex-rappeurs devenus acteurs ou entrepreneurs dans le textile.

Don Choa est peut-être la personnalité la plus atypique de la Fonky Family. Plus enjoués, ses deux albums solo, sortis en 2002 et 2007, détonnent beaucoup avec l’univers dépeint dans les albums du groupe. Don Choa s’y amuse, joue des personnages, fait preuve d’humour, et fume des kilos d’herbe. Il y a quelques années, il balance même une chanson d’amour adressée à Rama Yade, chantonnée sur une reprise de Sean Paul. Mais Don Choa n’est seulement le rappeur un peu rigolo de la FF, il reste un excellent performeur, comme Big Flo et Oli ont pu le constater.

Menzo est considéré comme le membre le moins technique du groupe, avec le malheur et le bonheur de se retrouver continuellement comparé à trois MCs de grande qualité. Le malheur, parce qu’il est parfois moqué, le bonheur, parce qu’il se retrouve effectivement avec une carrière assez fabuleuse. Pourtant, la FF sans Menzo ne serait pas vraiment la FF, et avec le recul, la plupart des gens qui l’ont critiqué à l’époque connaissent toujours ses couplets par cœur, quinze ans plus tard. Et puis, il n'a pas tenté l’aventure solo. 

Les producteur et DJ : En 2015 on a tendance à évoquer Pone pour de bien tristes raisons mais son oreille et ses dons à la production ont créé LE son FF, inédit à l'époque et inimitable encore aujourd'hui. DJ Djel est lui aussi toujours très actif, et vient de sortir l’album Rendez-vous. 

 

3 titres à écouter pour se faire une idée 

L’amour du risque - Un petit concentré de tout ce qu’est la Fonky Family, avec quelques ingrédients musicaux qui ont plus ou moins disparu aujourd’hui : des scratchs, une boucle samplée sur du Pierre Bachelet, et des couplets de 24 mesures.

Nique le monopole des grands (feat Less du Neuf) – Pour deux bonnes raisons : 1. Parce que la FF a fait des featurings avec d’autres groupes qu’IAM, et qu’il est toujours bon de le rappeler 2. Parce que quitte à découvrir un bon groupe des années 90-2000, autant en découvrir un deuxième

Mystère et suspens – L’un des plus grands succès du groupe, et un clip qui sent bon l’an 2000 : Menzo dans une horrible chemise imprimée, Sat avec un style west-coast improbable, et Don Choa qui porte le bob bien avant Gradur.

 


 

Photo Fleuve :DR

Photo accueil : DR

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Par Genono / le 07 mars 2016

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