Fliqués au lycée : fear in Alabama

Par Ludovic Pauchant / le 25 septembre 2014
Fliqués au lycée : fear in Alabama
Un lycée d’Alabama a reconnu avoir espionné l’activité de ses étudiants sur les réseaux sociaux au cours des 18 derniers mois. En expliquant, à qui veut l’entendre, qu’il aurait été averti par la NSA du comportement suspect d’un de ses étudiants sur Facebook. Ben tiens.

 

On connaissait tout l’intérêt que la NSA porte aux communications très secrètes des grands de ce monde (et à notre stupéfiante et honteuse propension à la procrastination numérique), moins son engouement à surveiller ses têtes blondes. Las.

Le Daily Mail rapporte dans ses colonnes que le lycée de Huntsville, en Alabama, aurait espionné ses petits protégés sur les réseaux sociaux, traquant comme le cochon la truffe, le groin meurtri dans la terre des traces virtuelles d’activités criminelles.

Student against fear

Pêle-mêle : indices d’appartenance à un gang, menaces explicites de violences, photos d’armes à feu. Tout un joyeux programme d’espionnage systématique baptisé SAFe, ou Student Against Fear (littéralement "étudiant contre la peur"), initié par la direction du lycée après un mystérieux coup de téléphone de la bienveillante agence de renseignement, inquiète de ce qu’un des lycéens aurait menacé sur Facebook d’agresser un professeur.

 

Graine de terroriste

La NSA, elle, dément. Arguant d’abord qu’elle n’a jamais contacté le lycée, qu’elle ne retrouve aucune trace de l'appel litigieux et qu’à titre surabondant, ça n’était ni dans ses pratiques, ni dans son éthique. (-Faussement ?-) piqué, le directeur de l’établissement assure, lui, que la NSA avait surpris le jeune mouton noir en flagrant délit virtuel de chat avec un ressortissant yéménite. Qu’il était donc un présumé terroriste.

Que la NSA, de près ou de loin, était donc compétente. Ceci expliquant cela. L’explication bafouillante peine à convaincre. De là à bredouiller que la réputation naissante de la NSA pour les barbouzeries numériques faisait un prétexte idéal pour le zélé lycée, il n’y a qu’un pas (que nous franchissons, allègres, le cœur vaillant et l’œil humide).

Je zèle, tu zèles, il excès de zèle

D’autant que le lycée semble s’en être donné à cœur joie. Le dispositif censé prévenir les menaces contre les établissements scolaires, le harcèlement sur Internet ou les tentatives de suicide (et puis, aussi, de l’imminence menaçante de potentielles attaques terroristes…) semble avoir été un poil élargi : le programme de contrôle aurait ainsi pu permettre de dissoudre une sorte de mini gang appelé Wolfpack. Et de renvoyer dans d’autres établissements plus accueillants (et notamment des programmes "spéciaux" pour jeunes en proie à la turbulence) ses six ou sept membres.

Une cellule de surveillance instruit les dossiers des moutons noirs identifiés sur les réseaux sociaux, puis émet un avis, comme, notamment, l’expulsion du malfaisant. La direction assure qu’il n’est question que d’assurer la sécurité de ses élèves : les parents peuvent dormir tranquille.

Le jeune, lui, n’a qu’à (très) bien se tenir.

Par Ludovic Pauchant / le 25 septembre 2014

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