Flashback sur 8 ans d'Obamania dans le rap

Par Yérim Sar / le 11 novembre 2016
Flashback sur 8 ans d'Obamania dans le rap
C'est définitivement la fin de l'ère Obama, l'occasion de revenir sur le président le plus "rap-friendly" que les États-Unis aient jamais connu.

A moins d'avoir coupé tout contact avec le monde extérieur vous devez être au courant que l'élection présidentielle américaine a eu lieu, et qu'un nouveau président à la coupe de cheveux agressive entrera en fonction prochainement. Barack Obama va donc quitter la Maison Blanche et probablement se consacrer à ses vraies passions, le stand up ou le rap. En effet le Président n'a jamais manqué une occasion de rappeler qu'il appréciait certains acteurs majeurs de la scène hiphop US, les conviant même parfois à des événements officiels, on se souvient ainsi de la rencontre très médiatisée avec Kendrick Lamar... Inversement, avoir un président noir a inspiré pas mal de rappeurs.

On a bien entendu une tripotée de phrases egotrip, qui mettent en parallèle le prestige et les privilèges du pouvoir avec le statut fantasmé de la star du rap (« My swag presidential, make Obama wanna sponsor me » de Soulja Boy), dressent des comparaisons flatteuses pour séduire les demoiselles (« she looked like she get it from her momma, that’s right Michelle, I’m Obama » de Ghostface Killah, « I can be Barack and let you be Michelle » de GLC), pour mettre en avant leur efficacité (« I’m feeling like a black democrat, Barack Obama, the only nigga that can catch Osama » de Game), et tout un tas de rime Obama/Osama, parce qu'après tout, pourquoi se compliquer la vie. Cependant, dans certains cas ce n'est pas aussi simple.

Petite sélection non exhaustive.

Jay-Z

 

Le New-yorkais a évoqué plusieurs fois le chef d'état : « I rock with Obama, but I ain't no politician » (Jockin Jay-Z), se qualifiant même de « Barack Obama of rhymers » dans You're all welcome.

Ça se gâte avec Open Letter où Hov explique que le président lui a reproché son voyage à Cuba (« Obama said ‘Chill you’re going to get me impeached, you don’t need this shit anyway, chill with me on the beach »). La Maison Blanche a déclaré que rien de tout ça n'était jamais arrivé.

Enfin dans Maybach Music 2 Hova a fait une métaphore filée qui rapproche sa Maybach du président, insistant sur le fait qu'elle est à la fois noire et blanche, comme Barack, métis (« white guts, black Benz, I call that bitch affirmative action, Oreo, The Obama »), l'enchaînement pouvant également faire penser qu'il rapproche le président d'un Oreo ; c'est moyen mais c'est toujours mieux qu'un Bounty.

 

Juicy J

 

Ici le bon vieux Juicy J lâche un son de la victoire, où il se décrit en état de grâce : sa « bitch » ressemble à Rihanna, il a plus d'argent que jamais, est supérieur à tous et menace ceux qui voudraient contester tout ou une partie de ses affirmations. Forcément, quoi de mieux pour illustrer tout ça au refrain qu'un nonchalant « Presidential homie got me feelin' like Obama » ? Qui rimera avec Osama, encore une fois.

 

Nas

 

Nas a témoigné à de nombreuses occasions son admiration pour Obama et on peut presque dire qu'il a un peu fait campagne pour lui sur ce morceau, en se focalisant sur le côté symbolique que représente l'élection d'un président noir. Le refrain reprend même en partie le fameux slogan « Yes we can » comme le veut la tradition.

 

Lil B

 

Fidèle à son habitude, Lil B a titré son énième morceau Obama Based God sans que ça ait spécialement de rapport avec ce qu'il y raconte, excepté une phrase : « Call me Obama Based God, Call me Obama Based God, White House girls on my dick cause I'm Based God », un des glorieux dérivés de son perpétuel « hoes on my dick cause I... » décliné à toutes les sauces depuis maintenant 7 ans, ce qui fait presque autant que les deux mandats cumulés d'Obama. Coïncidence ?

 

Chief Keef

 

Natif de Chicago, Chief Keef a mentionné l'intéressé à plusieurs reprises, estimant que c'était un voisin comme un autre. Sauf que : si Obama a bel et bien travaillé dans cette ville, c'était bien avant son élection, rendant à peu près toutes les phrases comme « Hit Obama, told him ima pick him up and he said really ? » totalement absurdes. Ce qui est finalement cohérent avec les lyricis de Chief Keef, qu'on aime aussi pour ça.

 

Lil Debbie & Riff Raff

 

Vient ensuite Lil Debbie, protégée de Riff Raff, également en featuring sur ce morceau, sobrement intitulé Michelle Obama. En réalité les paroles ne parlent absolument pas de la première dame, il s'agit juste d'un egotrip. Seulement Riff Raff scande frénétiquement le nom de l'épouse du président au refrain, parce que c'est classe. Précisons que le refrain entier est « Presidential tint, Michelle Obama. Frozen femurs in your freezer, Jeffrey Dahmer », un enchaînement magique qui revendique la « presidential tint », c'est-à-dire la version la plus sombre possible des vitres teintées sur une voiture, utilisée effectivement pour les cortèges présidentiels. La seconde phrase est plutôt branchée sur le côté cinglé, Dahmer étant un regretté serial killer psychopathe surnommé « le cannibale de Milwaukee », d'où les fémurs dans le congélo. Le clip a été diffusé sur les sites de partage de vidéos juste après l'élection, forcément.

 

DJ Khaled

 

Lors de sa réélection, le président est rentré sur scène au son du tube All I do is win, blaguant ensuite sur le choix de la musique et amusant tout le monde en expliquant qu'il allait systématiquement rentrer sur ce morceau désormais. Fatalement, DJ Khaled a appris la chose et le son de la vidéo est devenu l'intro de l'album Suffering from success. Le DJ de Miami a également déclaré dans plusieurs talk-shows qu'il avait déjà parlé avec le président de choses aussi diverses que son charisme, sa façon de s'habiller ou d'avoir du succès. Sans que l'on sache jamais si c'était vrai, mais ce n'est pas la question : DJ Khaled reste le maître des clés.

 

Joell Ortiz

 

Dans un style plus posé qu'à son habitude, Joell Ortiz dépeint tout ce qui ne va pas dans le ghetto dans ce qui se présente comme la version audio et rappée d'une lettre ouverte au président, dans le but que tous ces nombreux problèmes soient résolus durant le mandant de son interlocuteur. Autant dire que ça a foiré.

 

Ludacris

 

Ludacris s'est lâché dans un freestyle à propos de son soutien à Obama, jusque là rien d'exceptionnel, sauf que l'artiste garde son style très rentre-dedans. En gros, c'est un peu le pote relou qui veut bien faire en vous encourageant mais qui finit par vous afficher dans les grandes largeurs en insultant tout le monde en fin de soirée. L'équipe d'Obama a donc expliqué à plusieurs reprises que le morceau leur semblait « trop grossier et irrespectueux » pour qu'ils soient satisfaits du soutien du rappeur. C'est balot.

 

Lupe Fiasco

 

Lupe Fiasco de son côté a clairement clamé son mécontentement et sa déception devant l'action du locataire de la Maison Blanche, mettant en avant le manque de réaction face à certaines injustices. Notamment les massacres qui ont eu lieu à Gaza : "Gaza strip was getting bombed, Obama didn’t say shit, that’s why I ain’t vote for him, next one either, I’m a part of the problem, my problem is I’m peaceful and I believe in the people."

 

Jeezy

 

Là il s'agit clairement d'une célébration en bonne et due forme, bien que le morceau soit sorti avant l'élection officielle ; les rappeurs étaient sûrs d'eux. C'est ce qui a donné la phrase marquante « my president is black, my lambo blue » au refrain, tournure qui a engendré pas mal de détournements par d'autres rappeurs (« my president is black, so is my credit card » de Wale, « my president is black, my glock too » de Hell Rell, etc).

A noter qu'un remix du morceau a vu le jour avec Jay-Z (de son côté, ça donne « my president is black, my maybach too »), qui décidément ne se lasse pas de la chose.

 

Nicki Minaj

 

« And tell Michelle I got my eye on Barack Obama » : une phrase qui a dû faire trembler la Première Dame des États-Unis. Nicki Minaj rappelle qu'elle a pour but de s'enrichir (« I'm about my money »), puis se permet de prévenir Michelle Obama qu'elle a des vues sur son mari, logique pour une demoiselle de son calibre. On est toujours sans réponse du président jusqu'à ce jour mais ne perdons pas espoir.

 

Common

 

Common a sans aucun doute été le plus fervent supporter de l'ancien président puisque son soutien remonte à... 2004. C'est sur Why remix qu'il cite son nom pour la première fois, en l'opposant à Bush et en se demandant pourquoi quelqu'un comme lui ne serait pas élu président. Dans le genre nez creux, ça se pose là : « Why is Bush acting like he trying to get Osama ? Why don't we impeach him and elect Obama ? »

Forcément, quand son souhait est devenu réalité, le rappeur a multiplié les dédicaces : "Change is Martin Luther King Jr, Gandhi, Shakespeare, Tupac Shakur, Barack Obama" (Changes) ou encore "my raps ignite the people like Obama" dans le morceau ci-dessus.

 

Kanye West

 

Outre une mesure d'egotrip classique dans Forever ("You would think I ran the world like Michelle's husband"), Kanye prend une direction différente sur son hit Power avec le passage « they say I was the abomination of Obama’s nation » qui souligne le fait que certains de ses détracteurs estiment qu'il fait tache et donne une très mauvaise image de l'Amérique et/ou de la communauté noire à travers ses frasques personnelles et son comportement.

 

Slim Thug

 

Slim Thug réaffirme son attachement à sa ville Houston, durement frappée par la crise comme à peu près tout le reste des USA. Du coup, son texte oscille constamment entre egotrip et prise de conscience sur fond d'état des lieux désabusé. A l'image de sa façon d'interpeller mister president himself : le rappeur annonce qu'il écrit un livre sur comment se sortir de la pauvreté et survivre à la récession ("I'm writin a book, How to Survive in a Recession") avant de lâcher un "Mr. Obama, we so tired of sellin crack, if you lookin for me ask the streets where I'm at" moitié tristounet, moitié fanfaron, à l'image du morceau.

 

Barack Flacka Flames

 

LA parodie qui avait fait le tour de la toile à l'époque. C'était le moment ou Waka Flocka Flame cartonnait partout en traumatisant clubs et radios avec son hit Hard in the paint. Il n'en fallait pas plus pour faire naître cette reprise assez spéciale, où un faux Barack Obama donne sa version du tube en rappant avec autant d'énergie ou presque que le MC d'Atlanta.

 

Michelle Obama, rappeuse

Derrière chaque grand homme on trouve une grande femme et blablabla, il était donc logique de retrouver Michelle aka Big Miches s'afficher sans aucun complexe dans l'univers du hip hop à sa façon. D'abord en backant Missy Elliott dans Carpool Karaoké, petite séquence drivée par l'animateur/acteur/chanteur James Corben...

 

...avant de la voir lâcher un couplet entier pour College Humor, en l'occurrence dans le but d'inciter les jeunes à poursuivre leurs études, bonne cause tout ça. Et dès la première mesure on a droit à un gros « Southside Chicago », vu les appels du pied de Chief Keef, on attend le feat avec impatience. #Squaaaaaaaaad

 

Avec The Roots chez Jimmy Fallon

 

Last but not least, le bonhomme a lui-même tenu à faire ce qui se rapproche clairement d'une prestation scénique, en s'incrustant dans un des « slow jam the news » de Jimmy Fallon, ce qui a donné ce résultat unique : Obama enchaînant des déclarations sérieuses, plus ou moins reprises et détournées par Fallon, avec The Roots derrière pour la musique. Sans parler du mic drop à la toute fin.

 

Bonus : les Frenchies

Le refrain de Dosseh « j'mate le cul d'ta racli comme Obama » avec les backs de bourrin de Gradur est sans doute le plus bel hommage que la culture française pouvait rendre au leader du monde libre.

Il est à noter que malgré la photo où Barack est pris en flagrant délit de rinçage d’œil sur le postérieur de Beyoncé, l'autre « affaire » du même genre était en fait un malentendu, avec un arrêt sur image trompeur puisque le président reste la tête baissée, le regard sur les marches, y compris après le passage de la demoiselle. Par contre, notre Sarkozy national, lui, n'avait d'yeux que pour ses fesses, ont noté les journalistes américains après une investigation que l'on imagine intense. Cocorico.

Pour clôturer le bal, le plus pertinent restera pour toujours et à jamais Despo Rutti : « Obama pour moi c'est une banane, y'a qu'un singe lobotomisé pour chialer devant ce faux symbole. J'attendrai qu'il dégage les intérêts de son bled du mien avant de le trouver sympa » (Innenregistrable)


Crédit photo : Brooks Kraft / Contributeur

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