Faut-il (vraiment) s'entendre avec sa belle-famille ?

Par Giulia Foïs / le 20 octobre 2014
Faut-il (vraiment) s'entendre avec sa belle-famille ?
Il faut. Tout tenter, tout goûter, si possible adorer, mais quoiqu'il arrive, le clamer. Rentrer dans le cadre, à tout prix. Celui d'une intimité qui se vit toujours à coup d'injonctions. Alors allons-y ! Prenons-les, ces "il faut", attrapons-les, retournons-les... En autant de "faut-il" ?

 

Il était une fois une belle princesse qui vivait recluse dans un donjon – et qui se faisait bien chier.

Un jour, un chevalier – pardon pour le côté hétéro-centré de l’histoire, mais je n’ai pas encore les droits des contes de fées. Donc un jour, un chevalier qui passait par là, l’aperçut à sa fenêtre – où elle était en train de glander.

Quelques étapes furent alors sautées par la narratrice pour éviter d’y perdre en rythme. On arriva donc assez vite à : « ils se marièrent, et eurent beaucoup d’enfants »…

Plus quelques beaux-parents, ce qui corsa l’affaire puissamment.

D’où la question, posée quelques siècles plus tard par Laura, sur le répondeur de PointG.

https://soundcloud.com/lemouv/message-faut-il

 

J’avoue, chère Laura, avoir moi-même parfois hésité à me défenestrer plutôt que de me rendre chez certains de mes beaux-parents. Ou alors à y aller, mais pour leur faire avaler leur chapon par le croupion. Ou encore à me jurer de ne plus jamais fréquenter que des orphelins, de père ET de mère.

Néanmoins, restons calme : la réalité est souvent à équidistance entre ça...

...et ça :

 

Notez qu’entre les deux, je ne sais pas bien ce qui est pire.

Pour en revenir à votre question…

Faut-il (vraiment) s'entendre avec sa belle-famille ?

Non, pas plus qu'il ne faille porter de ceinture de chasteté

Ni rester pure jusqu’à la nuit de noces. Ni enfanter dans la douleur. Ni se résoudre à manier le rouet en attendant que monsieur rentre du champ de bataille. Principalement parce que les rouets, comme les champs de bataille, sont devenus assez rares de nos jours. Et que le temps qui passe a parfois pour vertu de nous débarrasser de certains usages, devenus pour le moins pénibles à la longue.

Notamment celui qui consistait à devoir aller s’installer ad vitam chez ses beaux-parents, une fois la bague au doigt passée. Aujourd’hui, non seulement on ne se marie plus, mais on épouse encore moins sa belle-famille.

Dans la mesure où l’espace n’est plus partagé, et où les entrevues se sont, elles, bien espacées, rien ne contraint plus personne à s’entendre. Et plus personne ne risque la répudiation – ou le supplice de la roue.

Sauf que ce serait trop beau s’il n’y avait pas un écot à payer dans l’histoire… C’est justement l’absence de cadre rigide, de règles communes à tous, indiscutées car indiscutables, qui autorise à se poser la question : « est-ce que je m’entends suffisamment avec mes beaux-parents pour passer du temps avec eux » ? Question qui elle-même permet de répondre : « euh, non merci ».

D’où le nid à problèmes.

D’où la mine à films sur le sujet longue comme un dimanche après-midi chez eux - c’est dire s’il y a matière.

 

En même temps, sans les avoir tous vus…

Vous vous en doutez, ils se terminent bien. Et, au risque de vous paraître légèrement réac, ça n’est peut-être pas plus mal. Ayant permis la venue de votre cher(e) et tendre au monde, à moins qu’il/elle ne soit totalement idiot(e)/amnésique/bourré(e), vous pourrez difficilement les rayer de la carte sans avoir à vous justifier de leur soudaine disparition. Par ailleurs, réfléchissez : à qui pourriez-vous si facilement envoyer votre moitié/progéniture/ragondin pour 24H/une semaine/dix ans, s’ils n’étaient plus là ?

Plus globalement, vous avez tout à gagner à vous entendre avec eux - notamment en terme de sérénité. En fait, cessez de penser en terme d’ « obligation », ce qui aurait pour seul effet de provoquer, à terme, une mort lente par suffocation.

Mais pensez à vous, et à vos intérêts dans l’histoire : vous serez surprise, ils sont nombreux.

Faut-il (vraiment) s'entendre avec sa belle-famille ?

Oui, parce que c'est juste une question de vocabulaire

Quand on dit « s’entendre », on ne dit pas « s’aimer ». D’où l’immense malentendu… Je ne voudrais pas avoir l’air de citer Maxime Leforestier, mais quand même : « on choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille ».

Je ne vous laisserai pas filer jusqu’aux trottoirs de Manille avant de vous dire où je veux en venir : on choisit encore moins ses beaux-parents. Alors par quel heureux hasard, deux êtres, eux-mêmes très différents l’un de l’autre, co-créateurs d’un être lui-même devenu très différent d’eux (on lui souhaite, ça s’appelle l’autonomie), pourraient aimer d’emblée celui ou celle qu’il s’est choisit, et qu’il a choisi(e)de façon suffisamment différente de lui pour que ça fonctionne entre eux deux ?

Si vous me suivez, vous êtes champions.

Bref.

A moins d’un énorme coup de chance, à priori, c’est plutôt pas gagné, n’en déplaise à l’ami Ricorée, grand pourvoyeur de mythologie familiale.

La faute à un deuxième malentendu linguistique : le « beaux » de « beaux-parents », est un terme utilisé à l’origine pour signifier à quelqu’un l’estime et l’affection qu’on a pour lui. La langue française est donc la seule à conjuguer ces relations sous le registre de l’affect. Les anglo-saxons, eux, parlent de « Mother/Father in law ». Formule moins chaleureuse, certes, mais qui a le mérite de ne rien imposer à personne, et de rappeler le cadre de départ, les conditions dans lesquelles ces personnes se sont trouvées reliées.
Avec le temps, peut-être qu’on s'aimera. Pour l'instant, essayons juste de nous entendre.
Faut-il (vraiment) s'entendre avec sa belle-famille ?

Oui, reste à savoir comment

Vous avez, si ce n’est un espace à partager en continu, du moins un bien en commun, (l’Elu(e)) et au moins un intérêt en commun : le garder, si possible sans éraflures.

A partir de là, de deux choses l’une :

  • Soit vous vous baladez sur internet, ou vous trouverez des dizaines de conseils sur le sujet - une mine d’or, si si.

Exemple :

 Le vouvoiement et les règles de politesse de base doivent être observés » (On attendra le soir de Noël pour un bon « et ma main dans ta gueule, beau-papa ?! »)

-« Vos beaux-parents n’ont pas besoin de voir vos tatouages, bracelets à pics, ou autres excentricités. Laissez les découvrir votre "côté rebelle" avec le temps » (Donc le gode ceinture on le laisse dans le porte-parapluie ?)

 Ne soyez pas trop démonstratif avec votre partenaire » (Rien sur le fait de caresser le lobe d’oreille de belle-maman, en revanche)

Au passage, vous attraperez aussi cette interview en béton armé de Cristina Manifaïque Cordula.

 

  • Soit vous adoptez ce plan de bataille, fondé sur deux fondamentaux :

1. Evaluation des forces en présence.

Eux :

Dans cette meute hostile que semble être votre belle-famille, il y a certainement une personne un peu plus supportable que les autres – voire aimable. Concentrez-vous sur elle. Pas trop, cela dit, une monomanie peut vite devenir anxiogène pour tout le monde. *L’Elu(e)

Il ne les a pas choisis non plus : donc on évite de lui beugler dessus. En revanche, observez le en douce : comment se comporte-t-il, en famille ? Casque bleu, agent double, traître masqué… S’il coche l’une de ces cases, il est peut-être temps de lui parler.

Vous :

Check up complet nécessaire avant la prochaine réunion de famille : leur avez-vous, vous, réellement ouvert les bras ? Avez-vous parfaitement soldé tous vos comptes, avec vos ex-belles familles, comme avec vos parents ? Ce serait ballot de vous tromper de cible…

2.  Riposte graduée

*Enoncer ses désirs et ses limites. En adulte : clairement, doucement. D’abord à l’Elu(e), puis, en cas de surdité prolongée, aux intéressés.

*En cas de surdité générale, fixer les modalités de cohabitation : fréquence et lieu des rencontres. Si elles se jouent à domicile, vos règles prévalent. Mais si vous jouez à l’extérieur, vous en acceptez les codes.

*Dans les deux cas, ne faites feu que si vous êtes directement atteint. Dans tous les autres cas, gardez vos munitions : elles peuvent servir.

*Sortez l’arme atomique quand tous les recours diplomatiques sont épuisés : « j’ai jamais pu vous saquer, salut ». Enfoncez-leur un chapon dans la gorge par le croupion. Sortez.

Mais ça n’est que mon avis.


 

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Par Giulia Foïs / le 20 octobre 2014

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