Faut-il prendre un amant en cas de disette conjugale ?

Par Giulia Foïs / le 28 novembre 2014
Faut-il prendre un amant en cas de disette conjugale ?
Il faut. Tout tenter, tout goûter, si possible adorer, mais quoiqu'il arrive, le clamer. Rentrer dans le cadre, à tout prix. Celui d'une intimité qui se vit toujours à coup d'injonctions. Alors allons-y! Prenons-les, ces "il faut", attrapons-les, retournons-les... En autant de "faut-il"?

 

Elle voudrait qu’on l’appelle Victoria. Elle voudrait refaire l’amour avec son homme. Elle voudrait que je réponde à sa question. Mais elle ne veut pas laisser de message sur le répondeur. Alors voilà…

https://soundcloud.com/lemouv/point-g-comme-giulia-faut-il-victoria-1

 

Dans la mesure où, comme dirait l’autre, « j’ai quand même deux neurones », je les ai fait mouliner et voici le point où je suis arrivée.

Faut-il (désespérément) prendre un amant ?

Non, parce que c’est rien qu’un coup de pub.

Victoria n’est ni un perdreau de l’année, ni une oie qu’on peut gaver – et aucune autre sorte de volatile d’ailleurs. En revanche, elle a des yeux, qui peuvent voir, et un cerveau, qui sait lire. Ces slogans-là ne lui on certainement pas échappé : « et si c’était en restant fidèle à soi-même qu’on se trompait ? » ; « contrairement à l’anti-dépresseur, l’amant ne coûte rien à la sécu » ; « être fidèle, c’est bien. Etre heureuse, c’est mieux » etc…

 
 

Depuis trois ans, date de leur arrivée en France, les sites de rencontres adultères nous matraquent à coup de messages publicitaires plus-vendeurs-tu-meurs. Jouant sur l’humour et le glamour, ces Gérard Majax du marketing ont réussi à faire de l’infidélité un concept non plus seulement autorisé, mais hautement recommandé.

Et, au cas où on hésiterait encore, leurs succès apparemment insolent parle pour eux : leurs adhérents se compteraient en centaines de milliers, voire en million, on ne sait plus... C’est tellement fou ce que ça prend...Ce que les gens sont infidèles aujourd’hui... waouh ! Leurs services de com’ balancent des chiffres mirifiques, la presse les attrape au vol et titre : La France infidèle.

Elle aura juste oublié, au passage de vérifier ces chiffres – et distinguer les infidèles pratiquants des simple curieux. Elle n’aura pas relevé non plus qu’une croissance exponentielle, quand on part de zéro, c’est le minimum syndical pour survivre. Non, ce qui reste, c’est que non seulement l’infidélité a un potentiel de hype jusque-là sous-estimé, mais qu’en plus tout le monde s’y met. D’où, sans doute, un peu, quand même, le « faut-il » de Victoria…

 

Sauf que :

1/ Si je suis ravie de voir que les coupables d’adultères ne sont plus ni bannis, ni torturés, ni marqués au fer rouge, sur tous les visuels de ces affiches, figure toujours la pomme qu’on croque, le péché originel, en arrière plan. On a vu plus débridé.

2/ On reste, malgré tout, dans le registre de l’injonction. Qu’on nous interdise l’infidélité, ou qu’on nous y invite très fortement, on continue de penser à notre place ce que devrait être notre vie intime. On a vu plus libertaire.

3/ Ce succès flamboyant des sites pour infidèles est un trompe-l’œil qui masque mal la réalité : selon l’étude Contexte de la Sexualité en France (un peu plus sociologique, et un peu moins marketing, vu qu’elle vient de l’Inserm), 1,7% des femmes, et 3,6% des hommes déclarent avoir eu un autre partenaire sexuel que leur conjoint au cours des douze derniers mois – soit deux fois moins que dans les années 90. On a vu plus infidèles.

Faut-il (désespérément) prendre un amant ?

Non, parce que c’est quand même une sacrée tannée

Quand on dit « tiens, je me prendrai bien amant », rares sont les fois où on se dit : en fait, ce que je voudrais, c’est que mon couple explose, au terme d’atroces souffrances pour ma chère moitié et moi-même, si possible devant les enfants quand il y en a. Or, je ne voudrais pas avoir l’air de toujours parier sur le pire, mais cela fait tout de même partie des potentialités à envisager. Surtout quand on se fait gauler.

 

Certes, comme dit Gilles Lellouche à la fin de cette vidéo, le meilleur moyen de ne pas se faire attraper la main dans le sac (pour ne pas dire autre chose d’extrêmement vulgaire que j’ai furieusement sur le bout de la langue) serait donc :

*de ne pas tromper

*de ne pas se faire attraper.

CQFD.

Le problème, c’est que, pour ne pas se faire attraper, il faut penser à :

*ouvrir une boîte mail secrète

*effacer le moindre texto échangé avec le clando, quand bien même la moindre lettre de ce texto vous ferait grimper au rideau

*ne parler du clando à personne, pas même à votre meilleur-ami-pour-la-vie, et ce, sous aucun prétexte

*ne pas se voir chez soi, pour ne pas risquer de laisser traîner un seul cheveux et/ou poil inopportun

*en cas de clando lui-même en couple, se voir à l’hôtel, mais alors penser à :

- ne pas y arriver ou en sortir en même temps

- ne pas réserver sous son nom

- ne pas payer en carte bleue

*prendre une douche après l’amour, pour effacer cette odeur qu’on aime tant… Mais pas juste avant de retrouver le/la légitime, des effluves de gel douche à 19H étant légèrement suspectes

*n’accepter aucun cadeau qu’on ne saurait justifier comme achat personnel

*ne PLUS JAMAIS picoler pour éviter de perdre ses filtres naturels.

Etc, etc…

Certes, ça peut sembler légèrement paranoïaque, mais c’est malheureusement le kit même pas complet de celui qui veut tromper tranquille. Tous les autres, croyez-moi sur parole, se feront démasquer un jour où l’autre. Et là, l’instant-magique-volé-à-la-routine-de-nos-vies n’aura plus rien de glamour.

Remarquez, après tout… C’est peut-être ce que certains cherchent. 

Faut-il (désespérément) prendre un amant ?

En fait, tout dépend pourquoi.

La question, à ce stade, est donc surtout : « mais au fait, pourquoi bigre suis-je donc infidèle ? » (ça marche aussi avec : « pourquoi diable en aurai-je envie ? »)

La sociologue Charlotte Levan y répond. Son étude Les quatre visages de l’infidélité en France distingue donc quatre motivations type, que l’on peut regrouper en deux grandes catégories : l’infidélité relationnelle, et l’infidélité personnelle.

Dans la première, le couple est en jeu, voire en cause. On trompe l’autre parce qu’on s’y ennuie, parce qu’on ne s’y épanouit plus, qu’on ne se sent plus désiré, plus regardé… Voire par vengeance.

La seconde regroupe toutes ces sorties de clous survenues parce que, à un moment où à un autre de notre vie, on en a éprouvé la nécessité : besoin de reconnaissance, besoin d’éprouver notre capacité de conquête, notre degré de liberté… Ici, tout se passe de soi à soi, donc. Le couple et l’Autre n’ont rien à voir là-dedans. 

Je vous le donne en mille : dans quel cas a-t-on le plus de chance de se faire gauler ?

Bingo.

Quand le message, est, au fond, adressé à l’Autre, l’Autre, finit toujours par le recevoir. Cinq sur cinq.  

 

 

Chère Victoria, vous vous trouvez visiblement dans la première catégorie. Avec, donc, le risque évoqué plus haut : celui de vous faire gauler… Il faudra alors beaucoup, beaucoup d’amour, d’intelligence humaine, et de compréhension mutuelle pour que votre homme entende ce que vous vouliez lui dire (« tu ne me regardais plus ») et se remette, de ce fait, illico, à vous regarder, à vous désirer.

Entendons-nous bien : je comprends parfaitement que vous vous posiez cette question. Les aléas du désir sont souvent douloureux à vivre. Ils constituent même la plainte numéro 1 entendue par les sexologues. Et les chiffres donnés par l’enquête CSF sont éloquents : au bout de 5 ans de vie commune, 28% des femmes et 18% des hommes n’éprouvent plus de désir. Des proportions qui ne font qu’augmenter avec le temps, malheureusement…

Je pourrais écrire dix chroniques sur la disparition de la libido, mais ça n’est pas, précisément, le sujet. Laissez-moi juste partager avec vous une conviction : on ne relance pas le désir à coup de recettes miracles, et encore moins à coup de machette dans le contrat – si ledit « contrat » d’origine était fondé sur la fidélité.

Pour avoir voulu raviver la flamme avec une aventure clandestine, vous risquez surtout de déclencher un incendie difficilement maîtrisable.

Faut-il (désespérément) prendre un amant ?

Alors oui, deux mille fois oui, si le cœur vous en dit

L’écart de conduite peut être savoureux quand il vous tombe dessus. De même que l’infidélité ne se décrète pas à coup d’injonctions collectives, elle ne se prémédite pas dans l’absolu. « Je vais être infidèle, peu importe avec qui, peu importe où, quand, comment, pour que mon mec me regarde à nouveau » : ça ne marche pas.

En revanche, si, tout à coup, un jour, un soir, un matin, vous faites cette rencontre, qui sur le moment, ou pour deux jours, ou pour trois ans, vous fait battre le cœur (et monter la température) alors là, oui, allez-y, foncez ! Parce que là, vous serez dans du « j’ai envie », pas dans du « il faut ». Un « j’ai envie » pour vous, et pas un « il faut », contre lui. Là, ce sera délicieux. Mais chut. Surtout ne nous le dites pas : c’est encore meilleur.

Mais ça n'est que mon avis.

 


 

 Cette chronique répond à vos questions sur l'amour et la sexualité. N'hésitez-pas à nous envoyer tous vos "Faut-il ?" sur:

 

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Par Giulia Foïs / le 28 novembre 2014

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