Faut-il dire "merci" à la Manif pour tous ?

Par Giulia Foïs / le 10 novembre 2014
Faut-il dire "merci" à la Manif pour tous ?
A force de subir des injonctions contradictoires à tout bout de champ, on pense "il faut" comme on respire. A force de "il faut", on a comme des envies de "faut-il?". A force de se triturer la tête à coups de "faut-il", on en arrive par fois à des questions étranges...

 

Arf. J’avoue, au départ, j’étais sceptique. A part pour remettre la jupe-culotte au goût du jour, je ne voyais pas vraiment les bienfaits de mouvements néo-réacs (ou tradi-cons’) comme celui de la Manif pour tous.

Quand ils ont obtenu le retrait du débat sur la PMA ou l’abandon des ABCD de l’égalité, j’étais même à deux doigts de les trouver pénibles, dans la série : « oh les gars, nous, on aimerait bien avancer, ce serait gentil d’arrêter de nous mettre des poutrelles métalliques dans les roues».  Sauf que je faisais fausse route.

Totalement. Oui, bien sûr que oui, il faut les remercier. Paix, miséricorde, et applaudissement avec les pieds : merci, trois fois merci.

Merci - notez, j'ai pas mis de vernis ce matin

Merci pour les Cowboys

C’est la drôle d’histoire d’un film: sélectionné pour la Semaine de la critique, à Cannes, en 2012 ; primé, ensuite, dans de multiples festivals; remarqué, enfin, par un certain nombre d’enseignants… Ce n’est pas un film de Cowboys aurait donc du, en toute logique, terminer tranquillement sa vie comme outil pédagogique.

Epilogue discret, mais fort honorable, partagé par un certain nombre de courts-métrages de qualité.

Ce n'est pas une apologie de la zoophilie

Mais le plan de vol a radicalement changé, grâce aux militants de la Manif pour tous.

Sa section « Loire Atlantique » a pété un plomb quand elle a su qu’il était sélectionné pour le Festival du Film de l’éducation de Nantes: visiblement très remontée, elle demande son retrait immédiat de la programmation, au motif que « le militantisme n’a rien a faire dans un établissement scolaire ».

Bien. Si Les Cowboys étaient de jeunes ados pré-pubères en cuir et clou, gode ceinture dans une main, pancarte « j’ai le droit de me taper ma chèvre » dans l’autre, j’aurais pu moi-même avoir des doutes sur leur nécessité pédagogique.

Mais là, comment vous dire… Le pitch ? Deux filles et deux garçons débriefent le film qu’ils ont vu la veille à la télé, Le secret de Brokeback Mountain. Ils en parlent parce qu’ils ont été émus, troublés par cette histoire d’amour homosexuelle. Ils en parlent parce qu’à l’âge délicat des premiers émois, on interroge forcément le désir, le plaisir, l’identité et l’orientation sexuelle. Et au fond, la norme.

Sauf au Pays des Tous, bien sûr, où ces questions-là ne se posent pas. Où la sexualité se vit dans un cadre et un seul. Fixé pour l’éternité, amen. D’où la colère des militants. D’où la réponse en forme de pied de nez du producteur, Synecdoche : le film a été mis en ligne gratuitement sur Internet pendant quelques jours…

Résultat, un joli buzz : 46 326 vues.

 
Ce ne sont pas des partouzeuses

D’où, enfin, le commentaire du réalisateur, Benjamin Parent, dans Le Plus / Nouvel Obs : 

La Manif pour tous a relancé (le film) en devenant le meilleur attaché de presse du cinéma. Je les en remercie pour ça.


 

J’en connais qui se sont étouffés avec leur rosaire pour moins que ça.

NB : si vous voulez visionner ce film (ce qui serait une très bonne idée), c’est par .

Merci pour le Plug

Parce que même ma mère, désormais, sait ce qu’est un plug anal… Celui de l’américain Paul Mac Carthy – officiellement, un arbre de Noël- installé sur la place Vendôme en marge de la Fiac, avait déclenché la fureur, là encore, des Tous.

Ccandale sur les réseaux sociaux ; artiste physiquement agressé ; œuvre littéralement dégonflée… Mac Carthy a fini par remballer son œuvre. Vaincu ? Que non ! Sa notoriété a évidemment explosé, et son exposition, actuellement à la Monnaie de Paris, rameutera certainement beaucoup plus de monde que prévu – à commencer par les amateurs de plug anaux.

Quant à moi, je ne regarderai plus jamais un sapin de Noël de la même façon.

Mais puisqu'on vous dit que c'est un sapin de Noël

Merci pour Caddie

Ouaip, si ça se trouve, c’est aussi grâce à eux : fin octobre,  ce fleuron de l’industrie française a échappé (de justesse) à la liquidation judiciaire. Or, quinze jours plus tôt, on en avait bouffé du Caddie, et comme jamais, en boucle sur tous nos écrans… Alooors ? Y a rapport ou y a pas rapport ?

Ceci est une publicité gratuite pour Caddie

Admettons : peut-être que je m’emballe, là… N'empêche, aujourd'hui, on peut dire : « si t’as pas ta pétition anti-toi de la Manif pour tous, t’as vraiment raté ta vie ».

Mais ça n'est que mon avis.



 

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Par Giulia Foïs / le 10 novembre 2014

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