Faut-il avoir un sex toy dans le tiroir de sa cuisine ?

Par Giulia Foïs / le 01 décembre 2014
Faut-il avoir un sex toy dans le tiroir de sa cuisine ?
Il faut. Tout tenter, tout goûter, si possible adorer, mais quoiqu'il arrive, le clamer. Rentrer dans le cadre, à tout prix. Celui d'une intimité qui se vit toujours à coup d'injonctions. Alors allons-y! Prenons-les, ces "il faut", attrapons-les, retournons-les... En autant de "faut-il"?

 

Ou dans celui de la salle de bain. Ou dans tout autre endroit parfaitement quotidien – à part le pot à lentilles, faut pas déconner. J’admets l’incongruité de la question. N’empêche : il est loin, le temps des catalogues de la Redoute, où on faisait passer des vibros pour des masseurs faciaux.

Plus loin encore celui où le moindre godemiché devait être réservé à la frange la plus crapoteuse des adultes sexuellement actifs. Et je ne parle même pas de celui où les godes étaient utilisés comme outil thérapeutique dans le traitement des malades d’hystérie. Le sex toy ne sent plus le soufre depuis qu’il sent le chic. Hier incarnation honteuse de la misère sexuelle… Aujourd’hui,  signe de bonne santé libidinale (et/ou de course à la performance sextatique) ?

En tous cas, les enquêtes convergent vers le même chiffre : tout âge confondu, environ un couple sur quatre en utiliserait pour agrémenter ses ébats.

La faute à Jojo Lapin et à Bernard le Canard

Oui, à eux deux, ces coquines petites bestioles ont réussi à provoquer une onde de sexy choc sous la couette au tournant des années 2000. Souvenez-vous : le lapin a fait irruption depuis les Etats-Unis, sur nos écrans télé, à la faveur du raz-de-marée Sex In The City

 

Le canard, lui,  s’est retrouvé propulsé au premier plan de nos fashions-panoplies par l’entremise de Sainte Madame Rykiel, qui s’est mise à les commercialiser, entre autres, dans l’un des temples du bon goût : chez Colette.

 

 

Résultat des courses, l’industrie du sex toy est l’un des rares secteurs a ne pas connaître la crise – le marché de la chirurgie esthétique aussi, mais je cherche encore le lien. Les chiffres grimpent de façon vertigineuse : chez Price Minister, par exemple, on affirme avoir constaté un bon de 54% des ventes de sex toys entre 2010 et 2013. 

D’où mon « faut-il s’y mettre ? »

Si vous êtes un homme, de 26 à 35 ans, habitant Montpellier, c’est oui : vous en achèterez certainement – si ce n’est déjà fait. Regardez cette infographie, elle est édifiante.

Dans tous les autres cas, la réponse étant moins évidente, j’ai décidé, comme je suis sympa, de vous faire partager le fruit de mon expérience – et de mes moments de solitude au pays du sex toy. Comme je ne suis pas, en revanche, totalement débile, j’ai mélangé mes souvenirs personnels avec ceux de mes proches. Bref: tout ce qui suit sent le vécu. Pas forcément le mien.

Un sex toy, oui mais pour qui ?

  • Pour vous, certes mais pas que : on partage ses jouets avec son petit camarade. Si le petit camarade en question vous offre un canard (au hasard) ça n’est pas pour que vous vous éclatiez tout(e) seul(e) dans votre coin(coin). Donc on ne le mord pas s’il tend la main pour le prendre : pas de panique, il veut juste jouer avec vous. Le pire, c’est que ça peut être rigolo. En revanche, quand on a fini de faire mumuse, on le cache. Et on le cache bien. Parce qu’il est pour vous deux, pas pour que votre gamine de six ans lui fasse jouer à Dora l’exploratrice dans la baignoire - elle risquerait de l’abîmer, la biatch.

 

  • Pour l’autre, certes, mais pas n’importe quand : tout dépend de l’état de la relation avec cet « autre ». Rentrer ivre mort, à 5 heures du matin, et balancerun énorme gode ramené d’on ne sait où sur le lit, en beuglant : « et ça, tu crois peut-être que ça va nous donner envie de baiser ??!! ». Comment vous dire… Contre-productif ? On évitera aussi de sortir le diptyque menottes/fouet à clous dès le premier soir : ça peut faire peur. Gradation, modération. Commencez par une petite claquounette sur les fesses…Observez… Recommencez… Sortez les jouets quelques temps plus tard, si vous êtes sûr que les bruits que vous entendez sortir de sa gorge sont des cris de plaisir. Dans tous les autres cas : foncez, essayez, testez… Et parfois, mentez. Surtout si vous jouez avec les cartes coquines « Action ou Vérité ». A la question : « vous est-il arrivé de penser à quelqu’un d’autre que votre partenaire pendant l’amour ? ». Répondez : non. Toujours non.

 


Un sex toy, oui mais où ça ?

Je veux dire : « où est-ce qu’on l’achète », évidemment…

  • On évite l’international. Le passage à la douane, avec option « videz-moi votre sac » s’avère souvent assez coûteux en terme de dignité. Surtout si vos parents sont là. C’est dommage, il était mignon ce string en bonbon…

 

 

  • On évite l’achat en ligne. D’une part à cause du sourire goguenard du facteur quand il vous tend votre paquet, où, bien sûr, le nom de l’expéditeur est écrit TRES GROS… D’autre part à cause d’un souci d’échelle : c’est l’histoire d’une fille qui avait vu un gode tellement mignon avec tous ses diamants sur le pommeau, qu’elle l’a acheté sans en vérifier les dimensions. Evidemment, c’était un Super XXXXXXL. Il est resté sur sa table de nuit, où il lui sert sans doute encore de boule à facettes.

 

  • On opte pour le passage en boutique. Les soft stores s’étant multipliés comme des boules de geisha ces dernières années, vous en avez certainement un à proximité. N’ayez crainte : les vendeurs, c’est comme les gynécos, ils en ont vus d’autres.

 

Un sex toy, oui mais pour quelles… euh… bourses ? (pardon)

Je voudrais bien vous dire que quand on aime, on ne compte pas – et que quand on jouit, encore moins – mais vous n’êtes pas des oies blanches. D’où la question des pépettes en trois points.

  • Pour les plus foufous d’entre vous, Victor est là. Victor a ses adeptes, triés sur le volet… Et sur l’ISF de la culbute. C’est le petit nom tout mignon du sex toy le plus cher du monde, créé par un bijoutier de la place Vendôme. En or 18 carats, et serti de diamants, il coûte 24 000 euros – 40 000 si vous voulez le personnaliser, mais je vous laisse juge. (NB : regardez la vidéo, avec la musique, c'est magique...)

 

 

  • Malgré un engouement récent, les français restent un peu rapias de la culotte : ils dépenseraient en moyenne, 1,07 euros par an en joujoux sexy – soit cinq fois moins que les britanniques. Pas de quoi nous mettre en banqueroute, donc.

 

  • On peut faire encore moins cher, d’ailleurs, merci le « home made ». D’après ce sondage, 60% des français auraient détourné un objet de la vie courante pour en faire un sex toy  : téléphone portable en mode vibreur, fruits, légumes, stylos (sans doute pour faire des vagino-coloriages), tout y passe, visiblement ! Prudence, cela dit : les urgences sont pleines de Géo Trouvetout pour qui l’expérience a mal tourné. Et quand ma sœur (médecin) leur retire une boule d’escalier de l’anus, autant vous dire qu’ils ne prennent pas tout à fait leur pied.

 

Mais ça n’est que mon avis.

PS : j’oubliais la meilleure… Si vous voulez vous amuser, pendant une soirée, avec un œuf vibrant, faites EXTREMEMENT attention quand vous allez aux toilettes. Toutes les filles de l’autre côté de la porte entendront distinctement « plouf ». Et la chasse d’eau se révèlera parfaitement impuissante à vous faire recouvrir un semblant de classe.

 


 

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Par Giulia Foïs / le 01 décembre 2014

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