Faut-il aller aux soirées Marc Dorcel (même sans fouet) ?

/ le 17 octobre 2014
Faut-il aller aux soirées Marc Dorcel (même sans fouet) ?
Il faut. Tout tenter, tout goûter, si possible adorer, mais quoiqu'il arrive, le clamer. Rentrer dans le cadre, à tout prix. Celui d'une intimité qui se vit toujours à coup d'injonctions. Alors allons-y ! Prenons-les, ces "il faut", attrapons-les, retournons-les... En autant de "faut-il" ?

 

Question subsidiaire : que vient faire ce « faut-il » dans mon cerveau, donc au bout de mes doigts, donc sous vos yeux ?

Ouh là, c’est une longue histoire, mes loulous…

Le DorceMail

J-45

Ouvrir ma boîte mail.

Log-in.

Mot de passe.

Parcourir mes mails.

Une sortie de livre…

Une projection de film…

Une nomination en interne à Radio France…

Une invitation aux 35 ans de Marc Dorcel.

(…)

Je relis.

Oui, c’est bien une invitation aux 35 ans de Marc Dorcel. Et elle est bien pour moi.

Queu-ah ? Moi, chez Dorcel ?! Non mais ça va pas, je suis pas une pute, merde ! Pardon pour cette avalanche de gros mots – depuis, je me suis passée la bouche au savon…

Mais mon cerveau reptilien a empêché l’info d’aller jusqu’au cortex, pendant que mon Surmoi terrassait mon Ça, qui, lui, tentait un vague : « oh, c’est rigolo, on pourrait y aller ». Bref, la vierge effarouchée qui est en moi (si si, parfois) a poussé des cries d’orfraie suffisamment fort pour obstruer toute envie de faire la fête…

Mais pas très longtemps.

Ma mémoire a repris ses droits, et m’a doucement rappelé qu’on avait invité Grégory Dorcel (le fils désormais aux commandes de la société dudit Marc), dans Point G comme Giulia, pour parler de l’histoire du X. Aaaaaah, voilà qui change tout : en ce cas, ça s’appelle avoir ET le sens du lien social ET celui des bonnes manières. Evidemment.

King + Dorcel

Retour de politesse oblige, j’en informe le soir-même le King/ma douce moitié : « dites, on est invités aux 35 ans de Marc Dorcel, on y va ? »

C’est le moment où ses yeux sont sortis de ses orbites - au premier jeu de mot sur orbite, j’arrête de vous raconter, le moment où il n’a rien dit, moment qui s’est achevé… Quand il a commencé à parler :

Je ne pense pas que ce soit une bonne idée : c’est un peu comme si vous m’emmeniez dans une boulangerie et que j’étais au régime, vous voyez ?


 

Je vois.

Je vois surtout par où lui enfiler le prochain éclair qui me tombera sous la main – avec amour, toujours.

Prenant mon silence pour un consentement, le King enchaîne : « non, mais sérieusement, c’est clairement une soirée libertine : pour un couple, ça n’est jamais sans conséquences, réfléchissez bien. »

Arf.

Je ravale mon éclair.

Et mon envie fugace d’y aller.

J-22

C’était couru : ma curiosité-ce-vilain-défaut reprend le dessus. Pour me faire un avis, dans les jours qui suivent, je lance la balle à qui veut - collègues de travail, sœurs, cousines, amis… « Eh, les copains, c’est marrant, je suis invitée chez Dorcel ! ». 

Premier constat : jamais, absolument jamais cette phrase ne tombe dans l’oreille d’un sourd. Ou alors, elle lui fait retrouver l’ouïe.

Deuxième constat : je ne suis pas la seule orfraie-moralo du monde, on est même un troupeau. A chaque fois, ça glousse, ça pouffe, ça meugle. Assez vite, on fantasme sur les donjons, on tripe sur les corsets, on claque du fouet. A moins qu’on ne balance un « pour une féministe, quand même, t’es gonflée d’aller soutenir le roi du porno… » - j’avais oublié, toutes les féministes sont définitivement frigides. Oups.

Troisième constat : celui qui a encore envie d’y aller après ce déluge est un héros. Mais alors un héros sourd.

"Marquise délurée"

J-19

Ce jour-là, la balle qu’on me renvoie fait un bruit différent. Plutôt proche d’un conseil pas idiot : « demande-leur si tu peux venir avec un appareil photo pour écrire une chronique sur la soirée. S’ils sont OK, c’est qu’on n’est pas dans Eyes Wide Shut ».

Test effectué.

Test réussi.

Merci madame l’attachée de presse. Et tant pis pour Kubrick. 

NB : je sais, j’ai parfois une imagination un peu délirante. Dans une autre vie, promis, je serai un encéphalogramme plat à moi toute seule.

 

J-17

Seconde invitation officielle dans ma boîte mail. Plus développée que la première, elle précise : « bracelet et carton envoyés par coursier une semaine avant l’événement », « lieu tenu secret » - hum, tu le sens, le frisson qui monte, la narine qui frémit, le vent du soufre qui chatouille ? Tout doux, l’oiseau de nuit, continue à lire… - « Soyez Déesse des temps modernes, Casanova, Geisha d'un soir, Caligula rock (sic), Nouvelle Eve, Dante fetish (et pas fétide), Marquise délurée, Dandy, Courtisane haute couture.» Waouh, tout ça ?!

Tout ça pour dire, surtout : soirée déguisée. Chose dont j’ai à peu près autant horreur qu’un séjour au ski – demandez pas, c’est comme ça. Donc on n’ira pas.

Sauf que le King me calme d’un « vous savez, on peut se contenter d’un loup ».

Il est tout serein, le King, depuis qu’il s’est (drôlement bien) fait à l’idée d’entrer dans une boulangerie en période de régime.

Je re-décide d’y aller.

Je suis le zen incarné.

 

J-3

Voilà nos loups…

Minimum syndical obligatoire pour #Dorcel35, par Giulia Foïs

... Et le carton d’invitation, so chic.

Je suis invitée, la la la, par Giulia Foïs

Jour J

*22H14 : arrivée du King à la maison. Je suis encore en jean basket. Pas tout à fait en condition, donc.

*23H07 : on a nos bracelets magiques, on peut y aller. J’ai des talons en vinyle, c’est mieux.

Sésame, accroche-toi #Dorcel35, par Giulia Foïs

*23H20 : c’est le moment où le vinyle fait son petit effet. La température commence à grimper, dans le taxi… Qui fait demi-tour parce qu’on a tous les deux oublié notre carte bleue à la maison. Ballot.

*23H52 : me voilà sur la navette, voguant tranquillement vers le lieu du stupre. Ah non, pardon, "de la fête". Enfin, « tranquillement », c’est pour la navette. J’avoue être encore légèrement circonspecte à cette heure-là…

On y va vraiment ? #Dorcel35, par Giulia Foïs

*23H54 : toujours un peu circonspecte, mais ça se voit moins.

Faut croire que oui, #Dorcel35, par Giulia Foïs

*23H57 : les hôtesses d’accueil n’ont pas forcément l’air hyper conviviales sur le coup, mais quand elles sourient, ça passe. Je passe.

Je crois que j'ai vu une Morticia, #Dorcel35, par Giulia Foïs

*23H58 : dans la mesure où boire un coup a toujours permis de faire redescendre la circonspection, je me dirige vers le bar. On me tend un « sexy beach, parce que ce soir, on veut du sexe et de la beach, einh mademoiselle ? » Euh… J’espère qu’on parle bien de la beach/plage, et pas de la bitch/pute. En même temps, le serveur qui s’occupe de mon cas a des oreilles de lapin. Donc tout va bien.

 Du sex, de la beach, et un lapin, #Dorcel35, par Giulia Foïs

 


*00H04 : oui, tout va bien. De toutes façons, je suis là en reportage. Donc pro. Donc le nez sur mon smart phone pour prendre des notes – autant dire en cote de maille. Embedded à Dorcel Land, je relève à peine les yeux, et m... A deux mètres de moi, un pseudo-écrivain-philosophe-poète-de-préau que j’ai eu le malheur d’interviewer un jour. Un jour, pas deux : rarement croisé quelqu’un d’aussi puant. J’ai mal au nez rien que d’y repenser, je me colle au King : ce soir, je suis une glue.

*00H05 : il m’a reconnue. Flûte. Il vient vers moi… Et se rend compte qu’il m’a « confondue avec un mec en pantalon rouge ». Comment vous dire… Autant, on a tous une part de masculin en nous, autant, là, je porte une mini-jupe noire. Non mais.

*00H22 : le King me pose la question qui tue : « vous reconnaissez du monde ? ». Piteusement, j’avoue mon inculture crasse en matière de cinéma X et devine, à son sourire (pas tout à fait énigmatique) que c’est loin d’être son cas. Gagné, je passe le reste de la fête à scruter mes voisins en mode « porn star/pas porn star ? ».  Sauf qu’un regard fixe, en fait, ça interpelle… D’où l’échange de regards. D’où mon : « je fais une chronique sur la soirée, je peux vous prendre en photo ? ». Pirouette à peu près gracieusement effectuée, suffisamment, en tous cas, pour qu’ils acceptent tous – porn star ou pas, les gens, ici, sont plutôt urbains.

Let me introduce, donc, for your eyes only :

Lady Gaga, #Dorcel35..., par Giulia Foïs

... Et son acolyte, pas très bavard, #Dorcel35, par Giulia Foïs

 

Un laquais poudré en couple avec une infirmière – tout est possible #Dorcel35, par Giulia Foïs

 

Deux exifltrés de Venise, #Dorcel35, par Giulia Foïs

 

 Deux grecos-romains pas tellement tellement habillés, #Dorcel35, par Giulia Foïs

 

Deux preuves d'humour un peu douteux, #Dorcel35, par Giulia Foïs

 

Une gigantesque Drag Queen et son copain le diable, mes préférés, #Dorcel35, par Giulia Foïs

Ils me sourient, je leur souris, on se sourit. Je commence à me prendre au jeu... Et mon masque, je m’y fais plutôt bien. Sans vouloir citer la Compagnie Créole, derrière mon loup, je mate qui je veux. Je filme qui je veux. Youpi.

*00H41 : je suis Lara Croft. Je suis Dora l’Exploratrice. Je suis Zia des Cités d’Or. Je suis en mission, j’observe. Je suis un poisson dans l’eau, je kiffe.

*00H46 : tiens, un atelier-paupiette…

Miam, #Dorcel35, par Giulia Foïs

*00H49 : tiens, une Dorcel-girl. Galbe parfaitement dessiné, proportions idéales, sourire aux lèvres et blondeur aux cheveux… Le King : « elle est vraiment belle ! » Moi : « oh, elle a un bouton sur le cul ! ». De là à dire qu’on ne passe pas exactement la même soirée…

*00H58 : c’est le moment où je prends ma première main aux fesses – si tard, me direz-vous petits grigous... Appuyée. Glissante. Mais pas bien méchante, comparée à l’homme sans visage qui, une heure après, m’attrapera près des vestiaires pour me glisser : « oh là là, je suis amoureux de toi ! Tu veux voir comment tu me rends tout dur ? ». La vie de ma mère il a dit ça. Et moi je jubile d'avoir entendu cette phrase en vrai une fois dans ma vie. Mais reprenons le fil…

*01H04 : le King a un fan. Qui le prend pour un super-héros. Comme je suis aussi bavarde que le King ne l’est pas, je suis prise à partie :

« tu veux pas lui dire que je voudrais lui offrir un verre, à ton mec ?

-Moi, je veux bien, mais il ne boit pas…

-Sans déconner ??

-Non, et il ne fume pas non plus, t’as vu ?

-Non mais… Jamais, jamais, jamais ?

-Non, jamais. Par contre, qu’est-ce qu’il baise ! »

Je vous jure que parfois, il y a quelqu’un qui parle à ma place. Avec ma voix. Je suis possédée. J’aurai pas du, parce que mon interlocuteur enchaîne : « M’en parle pas, je reviens d’un week-end à Londres, avec des potes, on n’a pas arrêté de baiser, j’en peux plus ! J’ai mal partout, parce que tu vois… » Je vous épargne le debrief complet du week-end londonien, et me permettrai juste d’ajouter : oui, on peut rire de tout, mais pas dans n’importe quel contexte.

*01H10 : on décide de monter dans l’espace VIP – parfois, chez Marc Dorcel, on prend du galon. Et c’est le moment où je vois un cul.

Leçon d'anatomie N°1 : ceci est un... #Dorcel35, par Giulia Foïs

Le moment où je vois quatre nichons.

Et ça c'est quoi ?? Leçon d'anatomie N°2, #Dorcel35, par Giulia Foïs


Le moment où je vois un python sous deux nichons.

Python-nichon, un concept #Dorcel35, par Giulia Foïs

Ca mérite des bulles au bar.

*01H22 : c’est le moment un journaliste du Parisien (vidéo en bonus ici) te demande : « tu serais pas la sœur de Marina, par hasard ? ». Et donc le moment où tu comprends que le loup ne protège pas si bien que ça. Du coup tu bois – pas trop, parce que c’est mauvais pour la santé, voilà, c’est dit. Alors tu fais des sauts dans le temps.

*01H55 : c’est le moment où tu croises Katy Perry. Ah, non, pardon, c’était pas du tout elle. En revanche, là, c’est bien tes potes des Airnadettes. Tu te dis que tu as bien fait de monter dans l’espace VIP. 

A quand le air-sex, les Airnadettes ? #Dorcel35, par Giulia Foïs


*02H23 : bien rigolé avec les Airnadettes. Un peu moins avec ce vieux pote de lycée qui te supplie de ne pas dire à sa femme que tu l’as croisé ici. Ca devrait être possible, dans la mesure où je n’ai pas revu sa femme depuis le lycée.

*02H27 : j’ai l’oreille qui traîne. Vers la droite, vers le King. En grande discussion avec HPG, le réalisateur-ex-hardeur-génial-fou-furieux, qui lui dit : « mais si, tu devrais faire l’acteur, putain ! T’as un physique d’acteur, mec, je te jure ! Tu vois, avec ta gueule, on dirait que tu fais peur, mais avec ton sourire, on voit que t’es pas méchant… Non, mais sans rire, tu devrais y penser ! » Et vous, cher HPG, on dirait que vous arrêtez le recrutement sauvage ? Non, mais sans rire…

*02H31 : oups, plus de batterie. La vie de ma mère, ça aussi, c’est vrai.

Rideau sur la suite - je vous laisse imaginer ce que vous voulez.

Quant à savoir s’il faut courir aux soirées Marc Dorcel… La réponse est oui, évidemment ! Même sans fouet. Juste avec un loup.

Mais ça n’est que mon avis.

PS : et pour ceux qui s'inquièteraient du King, sachez qu'il est d'accord avec moi, même au pain sec et à l'eau.

Bonne nuit les petits, #Dorcel35, par Giulia Foïs

 


 

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/ le 17 octobre 2014

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