Etats-Unis : les rappeuses à l’assaut de la télévision

Par Eloïse Bouton / le 30 septembre 2015
Etats-Unis : les rappeuses à l’assaut de la télévision
Une émission de télé entièrement consacrée à des rappeuses, c’est possible ! Depuis des années, plusieurs programmes diffusés aux Etats-Unis mettent en lumière le quotidien de femmes MCs dans un univers masculin. Alors, à quand des pastilles similaires en France ?

Diffusé sur la chaîne câblée américaine Oxygen depuis un an,  Sisterhood of Hip Hop présente l’évolution de six rappeuses dans « une industrie musicale dominée par des hommes ». Avec plus de 800.000 téléspectateurs, le programme, renouvelé pour une deuxième saison en juin 2015, constitue l’un des meilleurs scores d’audience de la chaîne. Le concept : s’intéresser à des femmes MCs peu ou pas connues et nous plonger dans leur univers d’artistes. A travers enregistrements, tournages et rencontres avec des professionnels de taille (Trina, Eve, Da Brat, Timbaland, Pharrell Williams ou Lil’ Jon), on perçoit  leur cheminement semé d’embûches, enrobé par un poil de démagogie positiviste.

 

Au casting, la rappeuse de San Diego Chloe Riley, Bia, signée sur le label de Pharrell Williams i Am Other, Nyemiah Supreme, et la MC d’Atlanta Diamond, ancienne membre du collectif Crime Mob qui a fait une apparition sur le remix de My Chick Bad de Ludacris.

On retrouve également Siya et Brianna Perry, ancienne protégée de Missy Elliott anciennement signée chez The Goldmind Inc. et révélée en 2002 grâce au titre Kandi de Trina. Après dix ans passés dans l’ombre, elle revient en 2012 avec le single Marylin Monroe en 2012, dont Beyoncé fait la pub sur son site officiel.

 

La France, encore en retard...

Produit par le rappeur T.I., Sisterhood of Hip Hop n’est pas le premier programme du genre. Nicki Minaj prépare une série autobiographique sur ABC dont le pilote sera filmé à New York cet hiver. Visible sur la chaîne câblée VH1 depuis 2011, Love & Hip Hop suit le parcours (très scénarisé) de femmes actives dans le milieu hip hop : Yandy Smith, ancienne-manager du rappeur Jim Jones, Tara Wallace, ex-copine du MC Peter Gunz, les chanteuses R&B Amina Buddafly et Cyn Santana, Chrissy Crastanda, directrice d’une agence de mannequins, et la femcee Remy Ma. Avec six spin-offs et six saisons consécutives, l’émission est un véritable succès. 

Pourtant le Queen Latifah Show, premier talkshow animée par une femme issue de la culture hip hop et présenté par la rappeuse/businesswoman de 1999 à 2001 puis en 2013, est suspendu par Sony Pictures Television en 2014 faute d’audience. Le pari de fictionner la vie de rappeuses et de nous embarquer dans leur intimité semble donc astucieux. En s’alignant sur l’émergence d’une nouvelle scène de femmes MCs, ces programmes replacent le rap, boudé pendant plusieurs années et englouti par l’engouement rock, dans la culture populaire.

 

Avec Yo ! MTV Raps sur MTV Europe, MTV Asie et MTV Latino de 1988 à 1995, les Etats-Unis injectent le hip hop dans les yeux et les oreilles de millions de téléspectateurs sur la planète et inscrivent cette culture sur la scène musicale internationale. Alors que Yo ! MTV Raps présente des clips, des interviews et des freestyles de stars du rap animés par des DJs, son concurrent direct Rap City, diffusé de 1989 à 2008 sur la chaîne BET, met aussi en avant des artistes underground.

En France, on croise les doigts pour que des programmes similaires voient enfin le jour. Car depuis le culte H.I.P. H.O.P de Sidney en 1984 sur TF1, RapLine, animée par Olivier Cachin de 1990 à 1993 sur M6 et la tentative de France Ô avec Talent Street, les émissions de rap ont déserté le petit écran. Alors forcément, une émission avec du rap ET des femmes paraît encore tristement illusoire.

 

 


 

Photos : Capture YouTube Sisterhood Of Hip Hop / Oxygen

Par Eloïse Bouton / le 30 septembre 2015

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