Escobar Macson, le rappeur le plus malchanceux du game ?

Par Genono / le 09 janvier 2017
Escobar Macson, le rappeur le plus malchanceux du game ?
L'examen des faits confirme : la guigne est la seule explication aux coups de freins de la carrière de l'une des plus fortes personnalités du rap français aux talents et influences reconnus par ses pairs. On refait l'histoire.

Nombre de grands rappeurs sont passés à côté d'une grande carrière, freinés par la désorganisation de leurs labels, par une absence discriminante de relationnel, un pêché de fainéantise, ou un simple manque de chance. Si l'on retrace la trajectoire montante-descendante d'Escobar Macson, on peut difficilement nier qu'il est passé à côté d'une place de ponte du rap-game qui semblait lui tendre les bras il y a une dizaine d'années. D'une embrouille avec Menace Records à une autre avec 45 Scientific, d'un accident de voiture à un disque dur perdu, difficile également de ne pas lui trouver des circonstances atténuantes. Dans le détail, les aléas de son parcours ressemblent à une compilation tragi-comique des pires moments de guigne d'un artiste. Quitte à choisir un blase mafieux, Escobar aurait plutôt du s'appeler La Scoumoune.

On a souvent tendance à plaisanter au sujet de Booba en évoquant son "marabout puissant", en référence à l'impression de réussite maximale qui semble accompagner chacun de ses clashes, où ses adversaires ont une grosse facilité à s'auto-humilier sans rien demander à personne. Quoi qu'il fasse, les étoiles s'alignent toujours de la bonne manière. A l’extrême opposée, Escobar Macson semble devoir lutter contre des dizaines de marabouts ligués contre lui. Même quand tout se passe bien, que les projets sont terminés, et qu'il ne manque qu'un détail pour que sa carrière décolle enfin, un grain de sable vient toujours se glisser dans l'engrenage, et dérégler la machine. Quoi qu'il fasse, les étoiles s'alignent toujours … à l'envers.

 

La Scoumoune, épisode 1

Pour comprendre l'histoire d'Escobar Macson, il suffit de prendre les choses dans l'ordre. Le premier projet sur lequel il est appelé à travailler s'appelle Villeta Saga. Initié par Alibi Montana, nouvel habitant de la cité de Villetaneuse, il voit un tout jeune Escobar Macson faire ses premiers pas en studio. Encore mineur, le gamin (17 ans) fait déjà étalage d'un potentiel qu'il ne soupçonne alors même pas, lui qui rechigne à entrer en cabine. L'effort est malheureusement vain, car le projet de compilation Villeta Saga n'aboutit finalement pas, par "manque d'organisation et de maturité". Premier accroc d'une longue série, et d'une carrière qui verra la même situation se répéter indéfiniment comme une fractale. 

 

La Scoumoune, épisode 2

 Après une apparition sur la compilation Sarcelles Ligne de Front, il signe chez Menace Records en 1999, toujours en compagnie d’Alibi Montana. Les deux compères commencent à travailler sur un album commun, qui serait le premier véritable album produit par Menace Records, hors-compilations. Un projet ambitieux, puisque des featurings avec Kery James et surtout Busta Flex –alors grosse tête d’affiche du rap en France- Et puis… le projet n'aboutit pas.

Mais tout n’est pas fini. Déterminé, le rappeur reprend là où il s’était arrêté. Avec son physique de golgoth et sa capacité à déchainer la violence micro en main, il représente en quelque sorte une version antique de Kaaris  : entre deux phases –plutôt classiques dans le rap- sur les activités illicites et lucratives de la jeunesse du 93, il évoque la torture, l’amputation, les meurtres ou la damnation. "Me montre pas du doigt ou c'est la machette, tu vas jouer du tam-tam avec les coudes"  … en somme  : Mac est parfaitement à sa place au sein d’un label nommé Menace Records, particulièrement réputé pour les textes violents et l’image virulente de ses artistes et de ses compilations. Pourtant, selon Escobar, on lui reproche d’être "un tantinet trop hardcore" et on lui suggère de mettre un frein à ses punchlines. Du rap de rue, OK, mais un peu de calme sur la torture et les meurtres. Pour cette raison ou pour une autre, et malgré des dizaines de titres enregistrés pour un hypothétique album (au titre fantastique : Negrociation), les choses n’avancent pas et Esco rend son tablier de boucher l’année suivante. Pas découragé, il se lance dans le projet Drive-By Firme, entouré de DJ Hamdi et de 3 rappeurs de son entourage (R.A.N.I, Jozahaf, Awanza Cocaïne). On n'est jamais mieux servi que par soi-même… enfin, pas toujours : "Jeunesse, manque de maturité, de discipline, difficultés à combiner nos emplois du temps … le projet sur lequel on était a été avorté naturellement" (interview Captcha Mag, Juin 2013).

 

La Scoumoune, épisode 3

À croire que l’heure n’arrivera jamais pour lui. Une mixtape, Intifada, voit quand même le jour le 11 septembre 2002 –que la date ait été choisie volontairement ou non. Un tirage limité et relativement confidentiel, qui a tout de même le mérite de laisser des traces du travail effectué par le groupe à l’époque, et qui aboutira sur une réédition numérique dix ans plus tard.

 

Nous sommes en 2002. K-Libre, ex-associé de Bayes chez Menace Records, a monté sa propre structure, et se souvient de son excellente entente avec Escobar. Un coup de fil, une signature, et l’album Negrociation est relancé. Toujours aussi déterminé, le rappeur enchaine les nuits en studio, rattrape le retard pris avec les premières fausses-couches d’albums, et recommence à faire parler de lui. Entretemps, il est mis en relation avec 45 Scientific par l’intermédiaire de Lalcko, et enregistre un titre pour la compilation Sang d’Encre.

 


L’impact de Ghetto Guet Apens est tel que le 45 –récemment bouleversé par le départ de Booba- propose à Escobar d’intégrer définitivement le label. K-Libre comprend qu’il n’a pas forcément une structure suffisamment ambitieuse pour soutenir de la bonne manière un artiste que tout le monde voit alors comme la prochaine star du rap en France. Il négocie un deal qui arrange alors tout le monde, et obtient les accords nécessaires pour sortir le fameux album commencé chez Menace et poursuivi chez Calibre. Dans le même temps, Escobar Macson devient l’une des principales têtes d’affiche de l’un des labels les plus importants de l’époque. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Et puis … la scoumoune, épisode 4. Le disque dur contenant tous les titres de l’album explose –vraiment, ce n’est pas une vanne. Le destin est parfois taquin, mais cette fois-ci, il s’est carrément surpassé.

 

La Scoumoune, épisode 4

La coupe n’étant pas suffisamment pleine, la relation avec 45 Scientific ne se passe pas aussi bien que prévu. Pourtant, la connexion Ali-Escobar sur l’album Chaos et Harmonie fonctionne à merveille, et résonne pour beaucoup comme une résurrection du duo Lunatic, avec ce contraste saisissant entre un Ali toujours plus pieux et sage, et un Escobar Macson toujours plus dur voire même carrément hardcore. L’idée fait son chemin, sans qu’on puisse réellement comprendre les intentions du label. Ainsi, dans une même interview, Ali confirme sa volonté de continuer à travailler avec Escobar ("il est clair que nous sommes appelés à faire des trucs en commun"), puis infirme ses ambitions de s’investir dans un nouveau projet commun ("pour être franc, je ne me vois plus retaper des albums en duo, non"). Un peu comme chez Menace Records cinq ans plus tôt, les choses n'avancent pas assez vite pour un rappeur qui sent qu'il a le vent en poupe, et les capacités de faire de belles choses dans le milieu du rap. Et comme à l'époque de Menace Records, quand les choses n'avancent pas, Escobar décide de prendre les choses en main tout seul. Comme à l'époque de Menace Records, il prend la décision de rendre son tablier. D'un commun accord avec le 45, il récupère tous les morceaux déjà enregistrés et en train de dormir au fond d'un disque dur qui n'est pas à l'abri d'une implosion, d'une inondation, d'un piratage ou d'un coup de tonnerre. Après avoir fait mixer tous les titres par DJ Hamdi afin de donner un semblant d'homogénéité à la mixtape, et alors qu'il cherche un moyen de balancer le projet au public -à une époque où les facilités liées à la diffusion par internet n'existent pas encore. Le projet, appelé Résurrection, composé de 27 pistes -dont la moitié seulement sont de réels titres- et retraçant le parcours du rappeur depuis ses débuts jusqu'à 2006, se retrouve alors dans les bacs … avec le copyright du 45 Scientific, et sans qu'Escobar ne soit au courant de la sortie.

 

La Scoumoune, épisode 5

Et l'histoire étant un éternel recommencement, tous les éléments de la carrière d'Escobar se répètent de la même manière et dans le même ordre. Un projet (Vendetta) finit par sortir, les clips tournent, on croit le rappeur enfin lancé vers la gloire, et le fameux véritable album tant attendu est annoncé. "Très prochainement", "quasiment terminé", "à deux doigts de sortir"… évidemment, rien ne sort. À la place, le rappeur propose à son public un best-of agrémenté de quelques inédits. Escobar reste encore une fois à quai, et sa carrière commence plus que sérieusement à tourner en rond.

 

La Scoumoune, épisode 6

Quasiment trois années passent sans que l'on n'entende réellement parler d'Escobar Macson, en dehors de quelques featurings épars et d'une -excellente- apparition dans le film Karma. On reprend les mêmes et on recommence ? Allons-y : sortie d'un très bon projet, Red Business, qui annonce le retour aux affaires d'Escobar. "La suite est prête", "deux autres albums sont déjà enregistrés, ils vont sortir"…mais cette fois-ci, pas de disque dur explosé, pas de label désorganisé, pas de manager mal-intentionné. Non, cette fois, c'est un chauffard alcoolisé qui percute Escobar Macson à un feu rouge, alors que ce dernier est tranquillement à l'arrêt. Hospitalisation, minerve, projets repoussés.

 

La Scoumoune, épisode 7

L’énième come-back. Trois années supplémentaires sans réelle présence médiatique. Quelques freestyles, quelques apparitions, et puis l'annonce d'un nouveau projet  : Mr Punchlines. Un feat avec Seth Gueko pour remettre les pieds dans le game, quelques clips, un autre featuring -inédit sans être vraiment récent- avec Gradur, et une date finalement posée : le 5 janvier 2017. Il est peut-être trop tard pour exploser définitivement, mais Escobar Macson a enfin l’occasion d’enchainer sérieusement les projets, de fournir régulièrement de l’actualité à son public, et de se construire une discographie solide.

Le 5 janvier 2017 est passé. Devinez quoi ?...

 


Photo : Capture écran / YouTube / Escobar Macson - Makila Mizik

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Par Genono / le 09 janvier 2017

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