"En même temps, elle l'a bien cherché..."

Par Sébastien Sabiron / le 27 novembre 2014
"En même temps, elle l'a bien cherché..."
La police hongroise a une vision bien a elle de la prévention contre le viol. Dans un clip assez douteux posté sur YouTube, elle choisit de culpabiliser les victimes potentielles. En substance : si vous ne voulez pas que ça dérape, ne tentez pas le diable. Charmant.

"Mais m'sieur le juge, c'est une allumeuse ! Si vous l'aviez vue se déhancher sur la piste vous diriez comme moi." Joie de la communication mondialisée, la police hongroise vient de fournir d'excellents arguments à tous les violeurs de la terre.

Tout récemment postée sur YouTube par la police du district de Baranya dans le sud-ouest du pays, la vidéo s'intitule Selfie. Elle met en scène trois jeunes femmes qui se préparent à sortir en boîte. Pimpantes et sexy (donc forcément légères et décérébrées), les copines sont bien décidées à "briller la night".

Bonsoir madame... / Capture d'écran


Vu la façon très élégante qu'a l'une des actrices de boire à la bouteille et de manger un kebab, on devine très vite que ça va mal tourner pour elle. Bingo : après avoir dansé, bu et flirté, la soirée se termine. Et la buveuse de vodka orange se fait agresser par un fumeur encapuché.

Au passage, on notera que le violeur est le seul acteur du clip à la peau basanée.


A la fin du spot (destiné à être montré dans les lycées), un seul message : «Vous pouvez faire quelque chose pour éviter ça.» Il s'accompagne d'un communiqué adressé aux médias hongrois par la police de Baranya :

L'expérience a montré que la façon dont les femmes se comportent joue un rôle important dans la prévention de tels actes. Le flirt des jeunes filles peut souvent déclencher la violence.



En clair "si vous flirtez, vous risquez d'être violée", des propos réducteurs, paternalistes et sexistes qui hérissent les associations. L'une d'elle, Hungarian Women’s Association a mis en ligne une page Facebook exigeant de la police qu'elle diffuse une vidéo s'adressant aux agresseurs plutôt qu'aux victimes :

La mission de la police est de protéger et de servir le public, plutôt que de blâmer les victimes ou victimes potentielles, en leur faisant porter la responsabilité [des violences subies, NDLR].



Quelques jours après la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, cet épisode prouve si l'on en doutait, qu'il y a encore du boulot. Confrontés en Inde aux mêmes préjugés, les humoristes de All India Bakchod s'en amusent dans ce faux cilp de prévention particulièrement bien senti : Viol c'est de ta faute.


Dans un rapport publié en 2007, Amnesty International évoquait "le mur insurmontable" auquel se heurtent les femmes victimes de viol en Hongrie.

Confrontées au regard malveillant de certains policiers, très peu osent porter plainte, d'autant qu'un texte de loi les oblige à prouver en justice qu'elle ont résisté à leur agresseur. Vous êtes bien en 2014.



> Ces derniers temps, certaines victimes sortent de leur silence sur Twitter, c'est à lire par ici.

> Des dizaines de milliers de Hongrois dans les rues contre la politique de Viktor Orban, c'est par là.

Par Sébastien Sabiron / le 27 novembre 2014

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