ELECTION WEEK

/ le 15 novembre 2012
ELECTION WEEK
Le Mouv' à New-York pour la présidentielle américaine. Journal d'une dernière semaine de campagne au cœur de la ville qui ne dort jamais, ébranlée par un ouragan. New-York City rebaptisée "Dark City" après Sandy. Evénement à la fois catastrophique et politique.

 

 

  • Jeudi 1er novembre 2012 : "No gas"

"No gas"...pas d'essence, c'est la pénurie, au lendemain du passage de Sandy. Cela vire à l'obsession pour les chauffeurs de taxis obligés parfois d'attendre plus de six heures pour faire le plein. Nous sommes donc arrivés à New-York, après la tempête, mais avant la bataille électorale. La ville est coupée en deux. Le Nord de Manhattan a retrouvé la lumière, alors que dans le Sud, c'est toujours le "black-out". Dans le Lower East Side, les habitants comptent les arbres arrachés, épongent les maisons et se ruent sur les groupes électrogènes. Pendant ce temps sur Times Square, comme si de rien n'était, la vie continue, les écrans clignotent, et la politique a repris ses droits, la campagne revient dans toutes les têtes. Certains demandent la légalisation du cannabis. Spiderman chante pour Obama.

Reportage à Times Square :

 

Sur Times Square, on pense fumette. 

  • Vendredi 2 novembre 2012 : "It is what it is"

Wall Street, zone désertée, inanimée, méconnaissable, une sensation de vide rarement vue dans le quartier des financiers. Les stations du métro sont fermées, les commerces aussi pour la plupart. Un supermarché est resté ouvert. Mais pas de courant, alors toute la nourriture est dehors. A moitié prix. Les employés du magasin livrent trente étages au dessus, les personnes âgées coincées chez elles, parce que l'ascenseur est en panne.

Pas de métro en dessous de la 34eme rue. 

 

Dans le quartier de South Street Seaport -où l'eau est montée jusqu'à quatre mètres - les dégâts sautent aux yeux. Un documentariste qui tourne dans le coin, n'oublie pas la politique : l'ouragan aurait permis à Obama de reprendre la main dans la campagne. Mais les habitants n'y pensent pas. L'urgence n'est pas là. Ils se serrent les coudes, organisent des repas gratuits.

Repas gratuits pour les sinistrés de South Street. 

 

La plupart des sinistrés sont fatalistes par rapport à Sandy. "It is what it is", "c'est la vie, c'est la guerre" me répond une vieille dame venue se mettre au chaud au centre communautaire. Au fond de la salle, les isoloirs sont entassés, on aurait presque oublié que nous sommes à quelques jours de l'Election Day.

Reportage à Seaport :

 

Isoloirs pour le jour du vote, mis de côté après Sandy. 

 

  • Samedi 3 novembre 2012 : les maisons en miettes de Staten Island

L'ouragan impose sa dure réalité et fait l'ouverture sur les chaînes de télé. La veille les chiffres du chômage sont tombés dans l'indifférence des new-yorkais. Chômage juste en dessous de 8 %. Plus de 20 millions d'américains dans la précarité. Mitt Romney a beau s'indigner du bilan laissé par Barack Obama, il est inaudible. Sandy fait l'actualité et suscite les réactions politiques sur la bonne ou la mauvaise gestion de l'état fédéral. Sur CNN, les femmes en pleurs de Staten Island demandent de l'aide au président. Après avoir supplié un taxi, on arrive à se rendre sur place. L'île se situe au niveau de la mer et les maisons en bois, n'ont pas pesé lourd face à l'ouragan.

Maisons détruites à New Dorp Beach, Staten Island. (photo : Benjamin Illy)

File d'attente pour l'essence, Staten Island. 

 

Comme à Seaport, les habitants de Staten Island, jouent la solidarité. Les moins sinistrés donnent un coup de main à ceux qui n'ont plus rien. Pendant ce temps, les quatre militaires présents sur zone, regardent faire. En se croisant les bras. La colère monte sur place. A la veille de l'élection, les questions fâcheuses se posent : où est Obama ? que fait-le gouvernement ?

Reportage à Staten Island, dans le quartier de New Dorp Beach, par Benjamin Illy :

 

Cole et son père, devant leur maison inondée. 

 

Manana, l'air hagard, sur le palier de ce qui reste de sa maison. 

 

Marathon au placard ! Par respect pour les victimes, le maire de la ville annonce en fin de journée l'annulation du marathon de New-York ! Plus de 45 000 coureurs sur la touche. A la veille de l'épreuve l'annonce est rude, le voyage a coûté cher, la frustration est grande. Beaucoup de français avaient fait le déplacement, comme Remi venu de Caen, dans le Calvados. 

 

Sandrine et Laurent, originaires de Bourges.

 

Staten Island après l'ouragan.  

 

  • Dimanche 4 novembre 2012 : Deçu par Obama ? ... "a little bit"

Le dimanche matin, à Harlem, jour de messe. Loin des nids à touristes (où il faut réserver plusieurs jours à l'avance pour assister à l'office depuis le fond de la salle), on prend la direction de Lenox Avenue, aussi appelée "Malcom X Bd". On s'arrête à la "Grace Gospel Chapel", une petite église discrète. Et surtout on tombe sur Marguerite, qui s'est faite belle.

 

Harlem. Marguerite, avant la messe.  

 

Marguerite pense qu'Obama est le meilleur pour les blancs, pour les noirs, "for everything". Sharon hésite pourtant à voter pour le sortant. Brad, lui confie sa déception... "just a little bit". Et tout ce beau monde chante en choeur.

Reportage à Harlem, Grace Gospel Chapel :

 

Le pasteur John Doherty et un sans-abris sur Lenox Avenue.  

 

  • Lundi 5 novembre 2012 : Le non-choix pour les étudiants de Columbia

Sur le campus de Columbia University, il n'y a pas foule. A vingt-quatre heures de l'Election Day, les étudiants sont rentrés chez eux, dans leur état d'origine, pour aller voter. Mais quelques jeunes trainent par là, posés sur les pelouses. Des jeunes du cru, des "new-yorkers". Certains vous disent clairement qu'ils ne participeront pas au scrutin. New-York, bastion démocrate, n'a pas besoin de leurs voix. Ceux qui iront voter, vous explique qu'Obama les a déçu sur les quatre ans écoulés, mais Mitt Romney leur fait "peur". Trop conservateur, sur le plan des valeurs.

 

Low Memorial Library, sur le campus de Columbia.  

 

Un vote "contre Romney" et pas "pour Obama". Un vote par défaut. C'est le non-choix auquel sont confrontés ces étudiants de Columbia, nous glisse un prof d'histoire rencontré devant la Low Memorial Library.

Reportage à Columbia University :

 

Campus de Columbia. 

  • Mardi 6 novembre : D-Day !

Le premier mardi de novembre qui suit le premier lundi de novembre, tous les quatre ans, c'est Election Day aux Etats-Unis. 200 millions de personnes sont conviées aux urnes. A New-York, l'ouragan pertube l'organisation du scrutin. Il faut déplacer les bureaux de vote, solliciter l'armée parfois. C'est la panique générale et les files d'attentes deviennent interminables dans certains secteurs de la grosse pomme. A Riverside, c'était plus calme. "Seulement" 45 minutes d'attente. C'est dans ce coin reculé de Harlem, que nous avons rencontré, Théo Chino, un franco-américain de 40 ans. 

Reportage au bureau de vote de Riverside :

 

Théo Chino, franco-américain. Le jour du vote.

 

23h15, heure de New-York. Température proche de zéro. Devant les écrans géants, installés sur Times Square par CNN pour sa "watch party" présidentielle, des milliers de personnes regardent les états basculer un à un. La Californie pour Obama, la Caroline du Sud pour Mitt Romney. Les deux candidats sont aux coudes à coudes et la Floride n'a pas encore rendu son verdict. De quoi se rappeler le cauchemar de 2000. Quand Georges W. Bush avait gagné à 537 voix près, sans remporter le vote populaire.

 

Times Square, un soir d'élection.  

Attente des résultats, dans le froid. 

 

Finalement, c'est l'Ohio qui fait basculer la soirée. L'Ohio passe au bleu (démocrate), la foule applaudit poliment, sans plus. Et puis Fox News annonce la victoire d'Obama. Pas de réaction dans le public de Times Square, dubitatif. Et puis CNN confirme la victoire... Là, c'est bon, exultation !

Times Square, au moment de la ré-élection de Barack Obama :

 

Cris de joie et cris de soulagement. Oubliez la ferveur de 2008, l'élection était serrée (Barack Obama gagne le vote populaire mais de peu, à trois millions de voix près). La campagne était tendue, devenue dramatique depuis le passage de Sandy. "Four more years", quatre ans de plus, pour Obama. C'était son slogan. Quatre ans pour réparer Washington qu'on dit "broken", cassé, paralysé par les divisions bi-partisanes.

Debrief à chaud, le 7 novembre au matin sur l'antenne du Mouv' (une heure du matin à New-York) :

 

 

Un américain content.  

 

Le favori a gagné, après avoir tangué, bousculé par Mitt Romney. Mais en bout de course Barack Obama reste donc le 44eme président des Etats-Unis. Evidemment, le quartier d'Harlem a voté de façon écrasante pour le démocrate. Mais quand vous vous baladez dans les rues, les affiches ne sont pas celle de 2012. Les affiches sont vieilles de quatre ans et porte le mot "Change". Vieille promesse et piqûre de rappel pour Barack Obama. Dans son discours de victoire, depuis Chicago, le 6 novembre 2012, il demandait encore aux américains d'y croire à ce "changement" promis il y a quatre ans.

Il refait le coup, "Yes we can"...again ?

 

Texte, photos, reportages,

Benjamin Illy.


"Change has come" disait Obama il y a quatre ans.

 

/ le 15 novembre 2012

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