Du jazz volé par des stars du rap ?

Par Augustin Arrivé / le 27 août 2013
Du jazz volé par des stars du rap ?
Le leader d'un orchestre de jazz de la Nouvelle Orléans réclame 100 millions de dollars à plusieurs rappeurs américains qu'il accuse d'avoir allègrement pillé son répertoire pour se fournir en samples sans autorisation.

 

La liste des morceaux concernés recouvre 118 pages. Des dizaines de producteurs, d'artistes et de labels vont devoir se justifier devant un homme, Paul Batiste, chef d'un jazzband reconnu de la Nouvelle Orléans, le Batiste Brothers Band, fondé en 1976. Il a déposé sa plainte la semaine dernière devant la justice américaine.

 

Il affirme que la quasi-totalité du catalogue de son orchestre a été copié illégalement pour être utilisé dans des morceaux de rap. Il évoque d'abord de simples utilisations des titres de ses morceaux : Overtime (enregistré par les Batiste en 1982) est aussi le nom d'un single de Ace Hood sorti en 2009 (en duo avec Akon).

 

Freeze, de T-Pain ft Chris Brown © Zomba Recording, 2008

 

Plus gênant, Freeze (ci-dessus), l'un des succès de T-Pain, featuring Chris Brown, qui date de 2008, récupèrerait la ligne instrumentale et certains extraits de Sportsman's Paradise, autre chanson du band. Bon... Là, comme ça, à l'écoute, ça n'est pas forcément flagrant flagrant, mais c'est possible :

 

Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Au total, Paul Batiste réclame 100 millions de dollars pour réparer le préjudice. Rien que ça. Le site américain allhiphop.com s'est procuré une partie de son dépôt de plainte. Il est consultable par ici. On y croise aussi Rick Ross, DJ Khaled, Sony Music, EMI ou Capitol Records.

 

La somme peut sembler extravagante, elle ne l'est pas forcément. En 2000, Eminem sort son troisième album studio, The Marshall Mathers LP, sur lequel figure le titre Kill You. Ce qui posera problème, ce n'est pas la menace de mort proférée en introduction, mais la rythmique qui la suit :

 

Kill You, d'Eminem © Interscope, 2000

 

Jacques Loussier, un compositeur français, y reconnait son morceau Pulsion, qui remonte à 1979. Effectivement, c'est assez troublant : 

 

Pulsion, de Jacques Loussier © CBS, 1979

 

Le Français dépose sa plainte en 2002. Quatre ans plus tard, il trouve un règlement à l'amiable avec la maison de disque. Il réclamait 10 millions de dollars. On ignore combien il a reçu précisément.

 

Ce genre d'affaires n'est pas réservé au rap. L'an dernier, le deuxième titre le plus téléchargé en France (Somebody that I used to know, de Gotye) utilisait les premières notes et quelques riffs d'un morceau brésilien (Seville, de Luiz Bonfà). Lequel Luiz est mort en 2001, mais ses ayant-droits, en passant par la justice, ont pu récupérer 45% des royalties du tube planétaire, soit plus d'un million de dollars. A ce rythme-là et en multipliant les chansons incriminées, on peut vite atteindre les 100 millions.

 

Seville, de Luiz Bonfà, 1967

 

Paul Batiste aurait tort de ne pas tenter sa chance. Le jackpot peut rapporter gros.

 

Robin Thicke est également dans la tourmente. Nous vous en avons parlé ici.

Par Augustin Arrivé / le 27 août 2013

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