DJ Weedim fait du bien au rap français

/ le 03 juillet 2017
DJ Weedim fait tellement de bien au rap français
À quelques jours de la sortie des "Marches de l’Empereur Saison 2", le nouveau projet commun d’Alkpote et DJ Weedim, retour sur le parcours du producteur aux multiples casquettes.

Aux Etats-Unis, des producteurs comme DJ Khaled, Metro Boomin ou Zaytoven jouissent de la même considération que les artistes avec qui ils collaborent, et ont acquis un statut de stars à part entière. De notre côté de l’Atlantique, en revanche, les producteurs de rap peinent à se faire remarquer en dehors du stricte cadre d’un public averti et désireux de voir plus loin qu’un simple tag en début de morceau. Qu’ils soient absents des tracklists,  non-rémunérés pour leur travail, accusés de plagiat, ou simplement inexistants aux yeux du public, les beatmakers français sont très loin de vivre le rêve américain.

Quelques-uns d’entre eux tirent tout de même leur épingle du jeu, et parviennent à se faire un nom, un visage, et une réputation. Parmi eux, DJ Weedim s’impose progressivement comme l’un des grands incontournables du game. Principalement reconnu ces dernières années pour son travail auprès d’Alkpote, de Vald ou de Biffty, mais également pour sa présence quasi-systématique sur les premières parties des concerts de stars américaines en France (Gucci Mane, Migos, Young Thug...), il a depuis longtemps aboli toutes les frontières entre les métiers de beatmaker, de DJ, et de producteur. “Contrairement à beaucoup de mes confrères, je ne suis pas un simple beatmaker. Je suis producteur, au sens large du terme :

Non seulement je fais les beats, mais je m’occupe aussi de l’enregistrement, parfois j’écris les refrains, bref, je suis réellement impliqué dans les morceaux que je produis.



Une implication totale, qui se traduit également par une productivité presque effrayante. De concerts en projets, il ne se passe pas une semaine dans l’année sans que DJ Weedim n’ait une actualité à faire valoir. “Quand je ne travaille pas, je m’ennuie”, raconte-il ainsi de  bon matin, entre un café et deux feuilles à rouler. Une mentalité qui doit beaucoup à un parcours qui semblait tout sauf tracé d’avance : originaire de Nice, DJ Weedim a dû se résoudre à abandonner la douceur du climat azuréen pour la grisaille parisienne afin de pouvoir vivre de la musique.

Il fallait monter à Paris, le business est là-haut. Les grosses soirées hip-hop, ça ne pouvait être que là-bas … À Nice, la culture hip-hop, c’était très limité.


Découvert par Joeystarr

À l’époque, Weedim n’a encore qu’une seule casquette, celle de DJ. La production d’artistes, le beatmaking, tout ça viendra plus tard, sous l’impulsion, entre autres, de… Joeystarr. Un parrain inattendu, qui tombe sur lui un peu par hasard :

C’est un très grand kiffeur de son, qui est venu vers moi uniquement parce qu’il avait kiffé mes mixtapes. J’étais jeune et complètement inconnu, mais il s’est pas posé la question, contrairement à ce qu’il se passe aujourd’hui, où on va regarder tes chiffres avant d’accepter ou non de discuter avec toi. J’ai trouvé ça génial, il avait une vraie ouverture d’esprit



Une mentalité qui a fini par déteindre sur Weedim, qui, plus de dix ans plus tard, raisonne désormais exactement de la même manière : 

Quand un mec sonne bien à mon oreille, je ne me pose pas la question. Qui, comment, quels chiffres… je m’en fous. On va bosser ensemble et on va te développer.


 

Stimulé par l’intérêt d’une telle vedette envers son travail, Weedim commence -déjà à voir plus loin que son nez.

Mes premières prods c’était pour Joey, pour une compil B.O.S.S qui n’est jamais sortie - même si certains titres ont été réutilisés sur sa mixtape Armageddon (2011). J’étais novice, je découvrais la prod.



Des débuts encourageants, mais à l’impact limité : 

Certes, quand tu dis “bonjour, j’ai bossé avec Joeystarr”, on te prend tout de suite plus au sérieux, mais étant donné que je n’ai pas enchainé directement à la suite de cette collaboration, je ne peux pas vraiment dire qu’elle m’ait ouvert des portes.



Si elle ne lui permet pas d’exploser immédiatement, cette première expérience de beatmaker ouvre l’appétit du DJ.


“You make me feel so good”

Quelques années plus tard, le nom de Weedim est devenu une garantie. Cette voix féminine lançant “You make me feel so good” -sa signature- dans les premières secondes d’un titre est devenue l’une des références les plus familières pour tout auditeur de rap français qui se respecte. 

Quand j’ai commencé à mixer -bon, c’est très vieux, j’avais 16 ans-, j’ai acheté un partybreak, avec une banque de sons qu’on pouvait scratcher, et qui contenait ce fameux You Make Me Feel So Good. Quelques années plus tard, alors que je diggais des sons sur le net, je suis retombé complètement par hasard dessus, et ça m’a rappelé plein de bons souvenirs. Je l’ai pris comme signature. Ca n’a pas de signification particulière, c’est plus un clin d’oeil à moi-même.


 


À l’instar de Katrina Squad ou du duo Kore-Bellek, DJ Weedim a pour habitude d’établir des collaborations à long terme avec les artistes.

La plupart des beatmakers font des packs, qu’ils envoient à plein d’artistes, et de temps en temps on les appelle pour leur dire “je te prends celui-là, merci”. Je ne conçois absolument pas les choses comme ça”.



C’est ainsi qu’Alkpote ou Biffty se retrouvent avec des projets produits intégralement par ce seul et unique beatmaker. Un système d’exclusivité qui a les qualités de ses défauts : on louera la cohérence et l’homogénéité d’une telle démarche, et on fustigera son éventuelle monotonie. Dans tous les cas, Weedim ne conçoit pas les choses autrement :

J’ai beaucoup de mal à bosser sur commande, ça m’intéresse pas. En gros, si j’ai pas le feeling, je vois pas l’intérêt de bosser avec toi.



La Boulangerie Française

Et à force de travailler avec les mêmes rappeurs chaque jour en studio, Weedim déborde petit à petit de son simple rôle de beatmaker. Sa nouvelle casquette est typiquement celle d’un ambianceur à l’américaine : depuis quelques temps, il s’occupe ainsi lui-même des refrains de certains des titres qu’il produit.

 J’en ai toujours fait, mais avant ça se limitait au studio. J’invente le refrain, et je le fais chanter au rappeur. Et de plus en plus, les rappeurs commencent à me demander de poser le refrain directement.


 

Beats, refrains… il ne lui reste plus qu’à s’entrainer à écrire des seize mesures, et il n’aura même plus besoin d’accueillir des rappeurs en studio pour faire des albums. 

La différence, c’est peut-être que je commence enfin à l’assumer … je trouve que ça sonne bien, et puis surtout, ça apporte quelque chose en plus à mon travail sur scène. Comme on fait pas mal de live, c’est intéressant d’aller performer ça, ça apporte un kiff en plus.

 

 

Mais cette volonté de nouer des relations très proches avec certains de ses artistes a parfois pu avoir un impact négatif sur l’image de Weedim, et il est trop vite catalogué par le public -et certains médias- comme “le beatmaker d’Alkpote” ou “le DJ de Vald”. Afin de dépasser ce statut un brin dévalorisant, il comprend alors que la prochaine étape passe par une meilleure structuration de ses affaires, plus en phase avec ses nouvelles ambitions.

 Jusqu’ici, on avait un nom et un logo… maintenant on a ouvert une boîte. Soit tu te professionnalises et t’essayes de faire les choses bien, soit tu restes bancal toute ta vie. Tu peux pas te lancer dans le développement de tes artistes si t’as pas la moindre structure. Ca n’a aucun sens.



Officiellement lancé cette année, le label French Bakery devrait donc rapidement faire parler de lui. Sur le principe, le fonctionnement sera toujours le même : développer des artistes, établir des relations producteur-artiste sur le long-terme, et surtout, continuer à faire acquiescer les auditeurs à chaque retentissement de cet iconique “You make me feel so good”. 

 


Crédit photo : PTPFG FILMS

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/ le 03 juillet 2017

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