"Divines", un film qui a du clito [ciné]

Par Sébastien Sabiron / le 31 août 2016
"Divines", un film qui a du clito [ciné]
Première bonne surprise de la rentrée ciné, "Divines" suit les traces de deux gamines de banlieue qui se lancent dans le deal pour échapper à leur destin. Un casting formidable, une histoire captivante, une mise en scène audacieuse. Quasiment un sans faute.

Dounia vit dans un camp de roms avec sa mère, à proximité d'une cité craignos. Une gamine de 15 ans qui rêve plus grand que son BEP hôtesse d'accueil. Soif de pouvoir, de "money", soif de revanche sur cette société qui l'a cataloguée "bâtarde".

Avec Maimouna, sa copine de toujours (sa boussole, un concentré de tendresse), elle décide de marcher dans les pas de Rebecca, la dealeuse du quartier, Tony Montana au féminin qui croque les hommes et brasse les lovés.


Avec un tel pitch, on pouvait craindre le film à thèse, le film social, bourré de clichés misérabilistes sur la banlieue. Divines évite tous ces écueils. Caméra d'Or à Cannes 2016, le premier long métrage de Houda Benyamina est un coup de maître.

Une tragédie grecque à la sauce 2016, où les femmes prennent le pouvoir, sans craindre de prendre des coups. Et d'en donner.

Divin casting 

La force de Divines repose en grande partie sur son casting flamboyant. Oulaya Amara (dans la vie la sœur de la réalisatrice) interprète Dounia avec une rare intensité. Au portrait de cette ado déjà cabossée par la vie, la jeune comédienne de 20 ans ajoute une présence animale, à fleur de peau.

Dounia, c'est une tigresse, elle observe, elle approche et elle attaque [...] Elle est animée comme moi par un besoin viscéral de dignité et de reconnaissance. Tout ce qu'elle veut c'est sortir et sortir sa mère de ce camp de roms, de cette pauvreté. C'est un combat universel dans lequel chacun peut se reconnaître. 



Oulaya Amara © Sébastien Sabiron


Aux côtés de Dounia, la tendre Maimouna et la dure à cuire Rebecca complètent ce casting sans faute. Des portraits de femmes qui donnent un aspect très "girl power" au film. Un choix revendiqué par la réalisatrice Houda Benyamina, qui se défend pourtant de vouloir en faire un manifeste féministe :

La réussite, l'argent, le pouvoir, ce n'est pas l’apanage des hommes, c'est aussi incarné par des jeunes filles. Je me suis beaucoup inspirée du terrain. Mes cousins m'ont emmené faire le tour des "fours", les terrains de deal et j'ai rencontré plein de jeunes filles qui dealaient. Mon film parle de sujets très concrets, mais avec un côté Scarface. C'est aussi un film de genre.


 

Houda Benyamina © Sébastien Sabiron

 

Haletant, touchant et drôle 

La réalisatrice confie avoir eu du mal à trouver des financeurs, les chaînes de télé voyant en Divines un énième "film de banlieue". Il lui a fallu batailler pour convaincre, vendre son film pour ce qu'il est : une histoire d'amour et d'amitié, un film de gangsters : 

Quand le trentième film de l'année est tourné à Paris, on ne parle pas d'un "film parisien". Divines est tourné en banlieue, c'est sa toile de fond. Mais Divines n'est pas un film de banlieue. C'est un film de genre.


 

Jisca Kalvanda, Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena © Diaphana Distribution


De la banlieue, le film adopte le verbe, dans ses dialogues souvent très drôles et inventifs. La mise en scène est brillante, référencée : western, polar, comédie, action, tout y est. Jusqu'à ces "plans Snapchat" encore jamais vus dans le ciné français.

Plus de vingt ans après la sortie du film de Mathieu Kassovitz, Divines sera peut-être La Haine de la génération Snapchat. 

> Divines de Houda Benyamina, avec Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Jisca Kalvanda, Kevin Mischel. Diaphana Distribution. Au cinéma le 31 août.

 


 

Images d'illustration : Diaphana Distribution

Par Sébastien Sabiron / le 31 août 2016

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