Dictateur chéri, je chante pour toi

Par Augustin Arrivé / le 06 septembre 2013
Dictateur chéri, je chante pour toi
Scandale ! Le rappeur Kanye West vient de donner un concert privé pour le dictateur du Kazakhstan. Enfin "donner", non : il a été grassement payé pour ça... La Human Rights Foundation lui tombe dessus. Il n'est pas le premier à vendre son âme au diable.

 

L'incorruptible Claire Chaudière, de la rédac' du Mouv', est parfois allée faire des reportages en Russie. Mais, promis, Poutine ne lui a rien versé :

 

La vidéo tourne et enfle sur le net. Elle n'est pourtant ni très spectaculaire, ni très belle, ni très longue. Elle montre Kanye West sur scène en train de rapper pour le mariage du petit-fils de Noursoultan Nazarbaïev, le dictateur kazakh.

 

Kanye West au mariage du petit-fils du dictateur du Kazakhstan

 

Il aurait touché trois millions de dollars pour accepter l'invitation. Peu importe qu'Amnesty International dénonce les brutalités policières quotidiennes et la torture dans ce pays d'Asie Centrale. Human Rights Foundation s'insurge qu'on puisse aller divertir "une brute sanguinaire". Pourtant, en 2010, le même Kanye West prônait le boycott de l'état d'Arizona pour protester contre une loi sur la généralisation des contrôles d'identité. L'Arizona aurait dû lui verser un plus gros chèque.

 

Ce n'est pas le premier artiste à se faire pincer, les doigts dans le pot de confiture. En 2010, Sting prenait deux fois moins (entre un et deux millions de livres sterling) pour aller chanter dans un festival organisé par la fille du tyran ouzbek, la jeune Gulnara Karimova (la même qui a enregistré un disque avec Gérard Depardieu). Pour se justifier, Sting expliquait au Guardian qu'il pensait que le concert était parrainé par l'UNICEF. En fait non, bizarrement. Madame n'est que la déléguée permanente du pays auprès de l'UNESCO.

 

Sting et Gérard Depardieu, les copains artistes de Gulnara

 

La fillotte a décidément un sacré réseau puisque l'année précédente, elle invitait déjà Monica Bellucci à un dîner de gala, moyennant 190.000€. Dans le magazine Elle, la comédienne estime pourtant "fondamental que les femmes qui ont la parole aident celles qui ne l'ont pas et qui sont maintenues dans des traditions ancestrales sans connaître la liberté de choix". Il faudrait qu'elle en parle à Karimov, accusé de stériliser de force des milliers de femmes pour réduire la natalité.

 

Au début de l'été, Jennifer Lopez s'est excusée publiquement après avoir accordé un concert au président turkmène, Gourbangouly Berdymoukhamedov (à vos souhaits), qui fêtait ses 56 ans. C'est un groupe pétrolier chinois qui avait payé la facture pour satisfaire le chef d'état qui avait accordé un contrat de construction d'un grand gazoduc entre les deux pays. L'agent de J-Lo a diffusé ce communiqué : "si elle avait été au courant de ces questions de droits de l'homme, elle n'y aurait pas participé". Il est bon de s'informer parfois.

 


Le concert de Jennifer Lopez pour le président... par news-de-stars

 

Et sinon, on en parle des droits de l'homme au Qatar ? Parce qu'ils sont bons aussi, dans le genre. Amnesty International évoque des discriminations et des violences contre les femmes, des sentences de flagellation, des emprisonnements pour blasphème, des emprisonnements sans procès... Ca n'a pas empêché Zinédine Zidane de soutenir la candidature qatari pour la coupe du monde de foot 2022 (on parle d'un chèque de 15M$). Par exemple. Mais Zizou n'a pas voulu chanter. Incorruptible, le footballeur.

 

Par Augustin Arrivé / le 06 septembre 2013

Commentaires