Des chercheurs offrent un check-up complet au Capitaine Haddock

Par Augustin Arrivé / le 28 juillet 2016
Des chercheurs offrent un check-up complet au Capitaine Haddock
Cinq scientifiques spécialisés en infectiologie ont passé en revue l'ensemble des albums de Tintin pour vérifier l'état de santé du célèbre marin colérique. Conclusion : le Capitaine Haddock a le cuir dur !

Interview du professeur Eric Caumes, coauteur de cette étude. Il explique à Mouv' sa démarche :

 

"Etant un spécialiste de médecine du voyage, le projet initial était de voir s'il y avait des maladies emblématiques du voyage chez Haddock." Eric Caumes est professeur en maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière, à Paris. Accessoirement, c'est un tintinophile averti. Lorsqu'on lui demande pourquoi il s'est lancé dans cet inventaire, il reconnaît que la réponse est difficile à trouver : "Probablement pour m'amuser."

Avec quatre collègues (Loïc Epelboin, Géraldine Guermonprez, France Leturcq et Peter Clarke), il a scruté, case par case, toutes les aventures de Haddock, depuis son apparition dans Le Crabe aux Pinces d'Or jusqu'au dernier séjour chez les Picaros. Quinze aventures disséquées, bobo après bobo. Ils ont comptabilisé un total de 249 problèmes de santé, soit une moyenne de dix-neuf pépins par épisode. Mieux que Man Vs Wild. Et pourtant, Archibald de Haddock est toujours en vie.

 

 

Première conclusion : si le marin a vu du pays (Péninsule Arabique, Islande, Tibet, Indonésie, Caraïbes, Pérou, Europe de l'Est, Lune), il n'en garde que peu de séquelles. "Il souffre principalement de traumatismes (chocs, coups...) et de problèmes liés à l'alcool et au tabac." Les maladies de voyageurs sont secondaires. "Des traumas de l'oreille interne liés à l'altitude dans Vol 714 pour Sydney, et pas mal de morsures animales ou des piqüres de bestioles." On se souvient du lama fâché du Temple du Soleil.

"De ce point de vue, c'est une déception", reconnaît le Pr Caumes. "Son médecin traitant, le Dr Daumier, lui diagnostique à un moment une insuffisance fonctionnelle du foie. Ca correspond à une cirrhose." Là est le principal danger qu'affronte Haddock, mais les chercheurs, dans leur étude publiée dans La Presse Médicale, sont rassurants :

Il a diminué significativement sa consommation d'alcool après sa rencontre avec Tintin. Mais il reste toujours un fumeur de pipe invétéré.


 

L'an dernier, ils avaient fait la même chose avec le héros à houpette, remontant donc jusqu'au Pays des Soviets. Ce qui a permis de comparer. "Le nombre de problèmes de santé par aventure est significativement plus élevé pour Haddock mais ses traumatismes sont significativement moins sévères." Il est vrai que le reporter tombe plus souvent dans les pommes que son ami barbu.

Hergé lui-même ne voyageait pas et travaillait principalement sur des archives et des articles de journaux. Mais il avait quand même une certaine connaissance du voyage qui se retrouvent dans ses personnages secondaires.

Les savants de "L'Etoile Mystérieuse" ont le mal de mer à bord de l'Aurore, par exemple. Et au Congo, Tintin soigne un petit Africain en proposant de la quinine pour soulager sa fièvre. Or la quinine, c'est le médicament du paludisme.


Extrait de "L'Etoile Mystérieuse", par Hergé © Casterman, 1942

 

Un palu que le héros réussit à ne pas choper. Il n'était pourtant pas parti en reportage avec sa moustiquaire imprégnée et ses comprimés de Malarone. Remarquez : ça a permis à la rédaction du Petit Vingtième de faire de précieuses économies budgétaires sur ses frais de mission. En temps de crise, c'est toujours ça de pris.

 


 

Photo de couverture : Cc FlickR Hakan Dalstrom

 

Par Augustin Arrivé / le 28 juillet 2016

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