De l'utilité d'un algorithme mortuaire

Par Marie Moglia / le 18 juin 2014
De l'utilité d'un algorithme mortuaire
Une fois que la vie s'achève, nous disparaissons mais nos biens demeurent. En vue de cette fatidique et inévitable situation, il convient de réfléchir à l'héritage que nous allons laisser mais surtout, à qui nous allons le confier... Et ce n'est pas une mince affaire. C'est pourquoi un artiste a imaginé un algorithme qui pourrait nous faciliter la vie au moment de préparer sa mort.

 

C'est un fait, on s'attache à ce que l'on possède. On en dispose, on en tire un certain profit, de la satisfaction... C'est pourquoi il est difficile de le confier à d'autres. Mais si l'on devait léguer tous nos biens, la question est de savoir à qui ?

Voilà un problème qui ne se résout pas sans soulever quelques remous émotionnels et affectifs... Et qui a inspiré le projet Beyond Blood de l'artiste Sures Kumar. Ce dernier a imaginé un algorithme méthodique qui déterminerait, grâce à un calcul très poussé, à qui doit revenir un héritage.

 

Pour cela Sures Kumar s'inspire du film Aviator de Martin Scorcese, et plus précisément du personnage principal, Howard Hughes, richissime hommes d'affaires - qui a d'ailleurs légué des fortunes à des cousins qu'ils ne connaissaient pas. Pour sa démonstration, il prend l'exemple du collier qu'offre Howard à Ava Gardner.

 

Emotions et logique mathématique

Ainsi, le logiciel mesure la valeur émotionnelle et économique que revêt le collier aux yeux des différents personnages du film, et ce à travers trois paramètres : l'intention, l'attachement et l'utilisation. Sures Kumar explique pourquoi :

En réalité il y a des centaines de paramètres qui définissent un objet. J'ai choisi [ces trois là] parce qu'ils sont les plus évidents.


 

En résumé, l'algorithme définit d'abord que le collier appartient à Ava, selon le paramètre de l'intention, puisque c'est un cadeau qu'elle a reçu d'Howard. Mais si l'on s'attache à la valeur émotionnelle de l'objet c'est à son précédent propriétaire qu'il devrait revenir, puisque le collier lui a appartenu. Pourtant, le logiciel considérant la rareté du bijoux, déduit qu'il devrait finalement revenir au public - et donc être exposé dans un musée.

Interrogé par le site FastCoDesign, Sures Kumar raconte :

J'ai voulu faire réfléchir mon public, en imaginant un monde où les objets en diraient plus sur leurs relations aux gens que les gens eux-mêmes. Le projet interroge aussi la pertinence d'utiliser des algorithmes pour gérer des situations émotionelles ou éthiques.


 

La démarche est pertinente, davantage philosophique qu'artistique. Mais elle est aussi troublante qu'elle interroge... Un peu à la manière de George Perec lorsqu'il écrivit Les Choses.


(via FastCoDesign)

Par Marie Moglia / le 18 juin 2014

Commentaires