Curiosity fête son premier anniversaire sur Mars

Par Sébastien Sabiron / le 06 août 2013
Curiosity fête son premier anniversaire sur Mars
Le robot de la NASA sillonne la planète rouge depuis le 6 août 2012. Une année d'exploration et de découvertes majeures en attendant, peut être, la rencontre du troisième type. Journal de bord.

Il doit se sentir bien seul là-haut, le petit robot. Pas un martien à la ronde pour souffler avec lui sa première bougie. Expédié dans l'espace en novembre 2011 depuis la rampe de lancement de Cap Canaveral, la sonde Curiosity est à ce jour le robot le plus sophistiqué à avoir arpenté la planète rouge. Et en plus, il ressemble à Wall-E, ce qui le rend éminemment sympathique.

De gauche à droite : Wall-E & Curiosity © Diney Pixar / © NASA

Equipé de 10 instruments de mesure, dont une "caméra chimique" conçue par les français du CNES, capable d'analyser la composition des roches alentours, Curiosity enchaîne les exploits. Journal intime d'un robot martien.

 

Le jour de mon "amarsissage"

 

Imaginez un peu : ça faisait 8 mois et demi que je naviguais dans le vide sidéral, personne pour m'entendre crier. 570 millions de km à bord d'une capsule, ça use. Et le plus dur restait à venir : avant moi, 60% de ceux qui avaient essayé de se poser sur Mars se sont crashés.

Pour corser le tout, avec mes mensurations de Twingo (six roues et 900 kilos tout mouillé), je suis le plus gros robot jamais envoyé sur la planète rouge. C'était vraiment pas gagné.

 

Finalement, ça s'est super bien passé. Entré dans l'atmosphère martienne à 21 000 km/h, il a fallu déployer un bouclier, un parachute, des moteurs fusées, puis un treuil pour me ralentir. Sept minutes de descente un peu flippantes, mais réussies. Je me suis posé à 250 m du point prévu. En bas, le patron (Barack Obama) était hyper content :

L'atterrissage avec succès de Curiosity [...] constitue un exploit technologique sans précédent qui restera comme un jalon de fierté nationale à l'avenir.


 

Le jour où j'ai trouvé un ruisseau

 

Une fois posé, pas le temps de faire du tourisme. Il fallait bien que je justifie le coût de ma mission : 2,5 milliards de dollars. Alors j'ai roulé au pas en photographiant des cailloux. Après sept semaines, bingo : je tombe sur un ancien ruisseau. 

Ma photo de l'ancien ruisseau martien © NASA

 

L'analyse des graviers prouvera que non seulement il y a eu de l'eau sur Mars (ce que mon prédécesseur Opportunity avait déjà montré) mais qu'en plus elle coulait en grande quantité et de manière régulière, suffisament pour transporter des sédiments de grande taille. En prime on sait qu'elle n'était ni salée, ni trop acide pour empêcher la vie.

Champagne ! Pour fêter ça, j'ai balancé une photo panoramique HD sur mon site web.

 

 

En arrière plan, il y a le mont Sharp, (rebaptisé "Aeolis Mons".) Il culmine à 5 500 m et c'est la prochaine étape de ma rando.

 

Le jour où j'ai dessiné une quéquette

 

Cet épisode-là, je n'en suis pas très fier. C'était en avril dernier. Grâce à ma deuxième caméra, "Malhi" (Mars Hand Lens Imager), je photographie les traces de mes roues. Elles me permettent de franchir des obstacles hauts de 65 cm.

Et parfois, ça fait des dessins marrants dans le sable martien.

On s'amuse comme on peut © NASA
 
Oui, bon, ça va, ça nous arrive à tous de dessiner des zizis à la plage. Le problème, c'est que la NASA a publié la photo sur son site et ça a bien fait marrer les internautes.

 

Le jour où j'ai creusé un trou au laser

 

Depuis le "zizigate", autant vous dire que je file droit. Ici c'est boulot-boulot. Ma principale occupation est de creuser des petits trous : 1,6 cm de diamètre et 6,4 cm de profondeur. Ca n'a l'air de rien, mais les échantillons prélevés donneront des indices sur l'environnement autrefois humide du sol martien.

Là, c'est une petite vidéo d'un trou que j'ai creusé à coups de laser le 17 juin :

Un ptit trou... © NASA 

 

Gràce à mes trous et à mes clichés, les scientifiques sont aujourd'hui en mesure de dire que Mars fût un jour propice au développement de la vie microbienne. La prochaine étape sera de détecter d'eventuelles formes de vie passées ou actuelles. Ce sera le boulot de mon successeur "Curiosity 2", qui arrive en 2020.

Pour ma part, j'ai repris la route vers le mont Sharp, à 8 km de l'endroit ou je me trouve. Vue ma vitesse de tortue, la rando devrait prendre plusieurs mois et ma mission se termine dans un an.

Mont Sharp, me voilà ! © NASA 

Au passage, j'ai appris que je ne reviendrai jamais sur terre. Les ingrats. Tant pis, je profite de mon anniversaire. Et si ça me prend, je dessinerai encore des trucs marrants.

Happy Birthday Curiosity ! Invité de 7h45 ce matin sur le Mouv' : Eric Lorigny, responsable des opérations martiennes au CNES (l'agence spatiale française.) Il est l'un des concepteurs du laser de Curiosity.

 

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Par Sébastien Sabiron / le 06 août 2013

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