Comment Larousse a pillé Twitter

Par Sébastien Sabiron / le 23 janvier 2014
Comment Larousse a pillé Twitter
L'éditeur du célèbre dictionnaire a été pris en flagrant délit de viol de propriété intellectuelle. Publié il y a deux jours "Les Perles des Tweets et du Net" recensait 300 tweets piochés sur le réseau. Problème : les auteurs de ces messages n'ont pas été consultés avant publication.

Le web et sa créativité foisonnante est parfois perçu comme le Far West en matière de droit d'auteur. Portés pas l'illusion du "tout gratuit", certains internautes n'hésitent pas à piller les textes, les vidéos et les images mises à disposition par d'autres. Mais quand le pilleur est une vénérable maison, éditeur du célèbre Petit Larousse, ça fait désordre.

Peut-on considérer comme une œuvre littéraire un message de 140 caractères ? Éléments de réponse avec le reportage de Sébastien Sabiron.


Sous sa jolie couverture bleu ciel, Les Perles des Tweets et du Net est un recueil de bons mots. Près de 300 tweets, grinçants, inventifs et drôles sont compilés dans cet ouvrage vendu un peu plus de 5 euros. Sauf que l'éditeur n'a pas demandé leur avis aux auteurs des tweets.

Pire, une bonne partie d'entre eux ne sont même pas cités dans l'ouvrage, dépossédés de leur oeuvre par l'éditeur qui signe certains tweets par "@nonyme". Un lièvre soulevé il y a quelques jours par Slate.fr.


Parmi les Twittos cités dans l'ouvrage sans leur accord, Fibre Tigre (blogueur et créateur de jeux vidéos) s'étonne des méthodes employées par l'éditeur. Pour lui, la compilation de tweets dans un ouvrage papier n'a aucun sens, en contradiction totale avec la philosophie de Twitter, média de l'éphémère par excellence.
    
Il avait posté son tweet plein d'esprit en octobre 2013. Déconnectée de l'actualité, la blague à moins d'impact aujourd'hui.


 

Comment Larousse à t-il pu négliger de contacter les auteurs de Tweets ? Le code de la propriété intellectuelle est pourtant assez clair : "L'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous."

L'avocat blogueur maître Eolas ne s'explique pas comment Larousse a pu commettre ce qui relève d'une erreur de débutant.


Mercredi, Larousse a annoncé qu'il renonçait à commercialiser l'ouvrage. A ce jour, le petit livre est pourtant toujours disponible à la vente. Contacté par le Mouv', l'éditeur n'a pas donné suite à nos demandes d'interview, se contentant d'un bref communiqué publié... Sur Twitter.

 



Illustration de couverture : CC Flickr par eldh

 

Par Sébastien Sabiron / le 23 janvier 2014

Commentaires