Comment faire un bon come-back en 2017 ?

Par Genono / le 06 février 2017
Comment faire un bon come-back en 2017 ?
De Migos à IAM en passant par De La Soul et d'autres cas d'école, Nous nous sommes penchés sur les différentes méthodes de comeback dans un rap jeu qui a parfois la mémoire courte.

Si l’on observe la situation de certains rappeurs en février 2017, et qu’on la compare à leur situation en février 2016, le décalage est parfois saisissant. Sofiane est devenu le rappeur le plus médiatique de France, alors qu’il n’était quasiment qu’un ex-espoir déchu l’an dernier. Migos a signé un incroyable combo tube de l’année / album de l’année, alors que le groupe semblait terminé il y a quelques mois. Même chose pour IAM, qui a su raviver la flamme de ses premiers supporters avec la simple annonce d’un nouvel album, pour De La Soul, de retour avec un album en octobre dernier après douze ans d’absence, ou, d’une autre manière, pour Chief Keef, qui a clamé vouloir faire de 2017 son année, quelques mois seulement après avoir annoncé sa retraite. En somme : le come-back n’a jamais semblé aussi facile dans le monde du rap. Pourtant, tout n’est pas si simple, et il existe un certain nombre de règles à respecter pour ne transformer un retour potentiellement triomphal en bide complet.

 

Méthode numéro 1 : mettre les mains dans le cambouis.

On ne va pas se mentir : généralement, dans le rap comme dans la vie, il n’y a absolument aucun secret. Tout tient dans le travail, l’effort, et la sueur. Vous cherchez un emploi ? Levez-vous tôt chaque matin, déposez des CV partout, ne refusez pas les tâches ingrates. Vous voulez un corps de bodybuilder ? Allez à la salle tous les jours, surveillez votre alimentation, ne faites pas d’excès. Vous rêvez d’une carrière dans le rap ? Répétez tous les jours, prenez la tête à votre ingé-son, allez tourner des clips au fin-fond des cités les plus craintes de France.

Vous pouvez bien entendu miser sur un buzz incroyable venu de nulle part, mais ce genre de choses n’arrive qu’à un ou deux rappeurs par an, et généralement, ce sont des personnes capables d’innover ou d’amener quelque chose de frais dans leur musique ou leur façon d’être et de communiquer. Si vous êtes un rappeur revanchard, dont on connait déjà le nom et le style, il y a vraiment peu de chances que ça fonctionne. Charbonnez. C’est bien plus long, plus difficile, mais aussi et surtout plus sûr. Une situation bien résumée par Six Coups MC, cité par Sofiane dans une interview pour Booska-P : « Laisse-les prendre l’ascenseur, nous on va prendre l’escalier, et on arrivera musclé ». La méthode Sofiane est donc le meilleur moyen de récupérer un standing et une visibilité à coup sûr : beaucoup de studio et de répétitions, un clip par mois pendant douze mois, peu de sommeil, et un nombre incalculable de rappeurs outshinés à chaque freestyle radio.

Difficulté du come-back : 100%. L’équivalent de grimper une côte à 17% en 6ème vitesse sur un vélo trop lourd, avec le vent de face.

Taux de réussite : 80%. De très loin le plus haut taux de réussite possible. Evidemment, il existe un certain nombre de cas où le travail et la détermination ne payent pas, mais si ça ne fonctionne toujours pas, vous aurez tout tenté.

Le leitmotiv du come-back : Al Pacino - Any given Sunday.

 

 

Méthode numéro 2 : un tube, un album, et c’est reparti pour un tour.

Dans le rap plus qu’ailleurs, et aujourd’hui plus que jamais, les carrières peuvent facilement s’effondrer quelques instants seulement après le décollage. C’est par exemple le cas de Migos, qui a complètement explosé auprès du grand public avec le titre Versace en 2013, et s’est imposé en quelques mois comme un groupe majeur capable d’influencer la moitié de la planète, grâce à ce triplet-flow reconnaissable entre mille et copié-collé par l’intégralité des rappeurs du système solaire… et qui n’a pas été inventé par Quavo et ses frères, mais par Gucci Mane, voire Three 6 Mafia, quelques années plus tôt. 

Suite à cette percée-éclair, Migos publie un nombre invraisemblable de projets (13 en 3 ans !!), souhaitant probablement capitaliser au maximum sur cette notoriété soudaine mais encore fragile –d’autant que le groupe n’est pas particulièrement stable, comme en témoigne le passage en prison d’Offset en 2015. L’hyper-productivité a bien sûr ses avantages, mais aussi ses inconvénients, comme le fait de réduire au maximum la demande du public, de moins en moins excité par chacune des sorties du groupe. Résultat, en 2016, plus personne n’attend rien de la part de Migos. Et quand on est arrivé dans le game avec un titre sans prétention capable de retourner les cerveaux de dizaines de millions d’auditeurs et de transformer à lui-seul tout un ban de la production musicale mondiale, la meilleure méthode pour faire son retour sur les hauteurs est de reprendre la même recette, simple, efficace et sans fioritures : Bad and Boujee.

 

160 millions de vues  en trois mois, une critique à nouveau unanime sur la qualité du trio, et une sortie d’album parfaitement teasée, là où les treize projets précédents avaient fait à chaque fois un peu moins de bruit. Culture n’est disponible que depuis une dizaine de jours, et il est encore difficile de prédire s’il marquera durablement l’Histoire du rap –particulièrement à une époque où la consommation de rap est éphémère- mais il a retenu l’attention de la critique, du public, et a même été qualifié par certains de « classique instantané ». Quand on repense à ce qu’était Migos il y a moins d’un an, c’est un come-back parfaitement réussi.

Difficulté du come-back : aléatoire. Tout dépend de votre capacité à faire un titre immédiatement porteur et au potentiel viral. Des choses particulièrement imprévisibles, qui n’obéissent à aucune règle, et ne semblent souvent dépendre que du bon-vouloir du public ou de quelques influenceurs, et qui s’appuie sur des ingrédients ne semblant obéir à aucune logique. En somme : c’est toi et ta chance, mon pote.

Taux de réussite : 0,000 005 244 %. Comme la probabilité de trouver les six chiffres gagnants au Loto.

Le leitmotiv du come-back : Jean-Claude Duss - Les Bronzés font du ski

 

 

Méthode numéro 3 : Dépoussiérer son statut de légende

La mémoire des auditeurs est en effet particulièrement influencée par la nostalgie : un rappeur qui prend sa retraite jouira obligatoirement du statut de légende une décennie plus tard. On le placera sur un piédestal,  on dira de lui qu’il était meilleur que ce qu’il a réellement été. En revenant, le même rappeur brisera le cercle nostalgique et rappellera à tout le monde qu’en fait, il n’était pas forcément si fort à l’époque.

Dans le rap comme ailleurs, le revival est un exercice difficile. S’il est une valeur (presque) sûre du point de vue commercial, il met généralement en danger la réputation, du produit ou de l’artiste que l’on ressort du placard. À titre d’exemple, si les fans de Star Wars semblent avoir trouvé leur compte avec les nouveaux épisodes de la saga, ceux de Dragon Ball regrettent amèrement les nouvelles aventures de Goku & Cie. Même principe dans le monde du rap : un come-back tardif est le meilleur moyen de vous assurer un joli matelas financier pour passer le cap de la quarantaine ou de la cinquantaine, mais risque aussi d’écorner définitivement votre légende.

Pour éviter ce genre de désagrément, le plus simple est de rester fidèle à sa fan-base et à ses premiers supporters, sans forcément aller chercher à accrocher le grand public qui n’a plus entendu parler de vous depuis quinze ans, ou les médias très généralistes qui ressortiront d’horribles images d’archives d’une époque où rap et soin de l’apparence ne faisaient pas bon ménage. IAM, sans être retraité, fait partie de cette catégorie de groupes qui a sorti plus de best-of que de projets inédits ces dernières années. L’annonce d’un nouvel album a donc fait figure de petit évènement pour les éternels fans du groupe, et le premier extrait tape en plein dans le mille, en s’adressant directement à eux : scratches, série de passe-passe entre AKH et Shurik’n, clip axé sur le street-art et les graffeurs tout en dénonçant certains comportements sociaux, et présence de tous les membres du groupe à l’image, y compris ceux qui ne sont pas en lumière habituellement.

 

Situation différente, mais même résultat pour De La Soul, dont le dernier véritable album datait de 2004, et dont le retour s’est fait en accord avec les supporters du groupe. Financé grâce à une campagne de crowdfunding lancée en mars 2015, la donne était très simple : si le public voulait s’offrir un dernier album de De La Soul, il lui suffisait de participer au Kickstarter. Il existe évidemment le risque pour le groupe de ne pas atteindre son objectif et de se ridiculiser, mais cette situation gênante mieux vaut peut-être mieux qu’engager des frais réels dans la production d’un projet qui ne se vendra finalement pas. Quoi qu’il en soit, De La Soul a complètement explosé les attentes, réunissant 600.000 dollars, alors que 100.000 suffisaient. Un retour réussi, puisque l’album « And the Anonymous Nobody... »  récolte des critiques particulièrement élogieuses, et finit de renforcer la légende d’un groupe qui aura traversé trois décennies (et reviendra peut-être dans dix ans).

Difficulté du come-back : 49,3%. Ça passera, dans tous les cas. Reste à savoir s’il s’agit d’un passage en force, axé sur les entrées dans les grands médias et sur la fibre nostalgique, ou s’il s’agit d’un retour dans les règles de l’art, avec une véritable visée artistique.

Taux de réussite : 50%. Le très difficile équilibrage entre retour en grandes pompes et précautions pour ne pas détruire son propre mythe.

Le leitmotiv du come-back : Arnold Schwarzenegger – I’ll be back (and I’m tired)

 

 


Crédit photo : Bertrand Guay / AFP

 

Par Genono / le 06 février 2017

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