Clichy sans clichés

/ le 26 octobre 2015
"Une année à Clichy - La ville qui rêvait qu'on l'oublie"
Est-il possible de parler de Clichy sous Bois sans parler des émeutes, des cités délabrées ou de la mort de Zyed et Bouna ? La réponse est oui. Et elle est dans un livre. Son titre "Une année à Clichy - La ville qui rêvait qu'on l'oublie". Pour voir plus loin que 2005.

Et si on prenait le temps de découvrir Clichy sous Bois ? C’est le pari réussi de Bahar Makooi et de Joséphine Lebard les deux auteurs du livre. Journalistes, trentenaires, toutes les deux ont grandi en Seine St Denis. La ville, elles la connaissaient déjà pour y avoir fait différents reportages. Mais elles voulaient aller plus loin car Clichy vaut qu’on s’y attarde. Et pour Joséphine Lebard faire ce livre c'était aussi pour  réparer quelque chose.

 Clichy demande du temps parce qu’on lui en beaucoup prit. Depuis 2005, c’est un territoire qui a été largement labouré par les médias et il y a une sorte de lassitude de la part des habitants. Donc pour vaincre cette réticence le temps est nécessaire 


 

Clichy - Addict

Deux fois par semaine, pendant un an, elles arpentent la ville. Des fois en sachant ou elles vont et des fois pas du tout. Elles découvrent ainsi que Clichy, stigmatisée et marquée encore 10 ans après par les émeutes, a aussi une histoire bien antérieure. Au Moyen-âge,  c’était une forêt dans laquelle les commerçants n'osent pas s'aventurer parce qu’elle est remplie de bandits. C'est aussi la ville avec Montfermeil dont s'inspire Victor Hugo pour l'auberge des Thénardier. Mais c’est aussi Bilal, le Batman de Clichy-sous-bois, José le taxi qui tient la guinguette, ou Fatou qui vit au Formule 1 avec ses deux enfants et qui passe 6 heures par jour dans les transports pour aller à Paris. Ces rencontres c’était le fruit du hasard explique Bahaar Makooi.

  On n’avait pas en tête des profils précis. Par exemple Giscard : il est diamantaire, il a grandit à Clichy, il a fait quelques bêtises là bas. Avant il  s’appelait ScarJ. Il s’inspire de Jean Valjean on ne s’attendait pas à ça. On n’a pas fait des rencontres formidables tout le temps non plus. On nous a posé des lapins, donné des faux numéros aussi. Mais au final qu’est ce qu’on a rit à Clichy ! 


 

Elles ont souvent croisé le frère de Bouna qui y vit toujours et sont souvent passées devant le transformateur ou sont morts les deux jeunes. Mais elles n’ont pas voulu rencontrer leur famille : « On n’a pas essayé on n’avait pas envie d’aller mettre le pied dans la porte. Notre démarche c’était vraiment un portrait de la ville » disent- elles.

« Parfois j’en ai marre de Clichy » écrit Joséphine Lebard dans l’un des dernier chapitre du livre. Pourtant au bout d’un an elles sont devenus - ce sont leurs mots - « accro » à cette ville. « Si on retourne là - bas  c’est parce qu’on a l’impression qu’il y a vraiment une parole qui n’est pas entendue. Je ne sais pas si les gens ont envie de parler aux journalistes mais en tout cas les gens ont des choses à dire » résume Bahaar Makooi.  Après avoir fait parler les clichois elles veulent maintenant les faire écrire et envisagent de monter un atelier d’écriture.

 

" Une année à Clichy - La ville qui rêvait qu'on l'oublie" de Bahar Makooi et Joséphine Lebard aux éditions Stock.

 

/ le 26 octobre 2015

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