Charlie Hebdo, le business qui pue de la bouche

Par Sébastien Sabiron / le 14 janvier 2015
Charlie Hebdo, le business qui pue de la bouche
Marchands de journaux débordés, files d'attentes interminables, kiosques en rupture de stock... Les 656 000 exemplaires de Charlie Hebdo mis en vente mercredi 14 janvier se sont arrachés en quelques heures. Une partie de ces journaux s'écoule au marché noir à des prix indécents au regard du contexte.

"C'est dur d'être aimé par des cons" disait Mahomet à propos des intégristes sur la une signée Cabu en février 2006. Aujourd'hui, les dessinateurs du journal pourraient ajouter "c'est dur d'être exploité par des enfoirés". Le Charlie Hebdo "des survivants" est arrivé en kiosques ce mercredi 14 janvier.

Quelques petits malins sans scrupules ont flairé le bon coup et revendent le journal au black sur eBay. Business is business. Même quand 17 personnes sont mortes assassinées.

Capture d'écran eBay / © eBay


Le vendeur ci-dessus a écoulé tout son stock du numéro 1178, soit 51 exemplaires. Mise à prix initiale: 19 euros, révisée à la hausse jusqu'à 80 euros pour les dix derniers exemplaires vendus. Il a créé son annonce la veille de l'arrivée du journal en kiosques, ce qui laisse à penser qu'il s'est fourni dès la sortie des rotatives.

Photo d'une annonce eBay, visiblement prise dans un entrepôt


Certaines annonces affichent des prix délirants (2.800 euros, avec le Libération du jour en prime), d'autres misent sur le commerce au détail en vendant à l'infini un fichier PDF du journal qu'ils n'ont eux-mêmes payé qu'une seule fois.

"C'est la folie, les clients nous hurlent dessus."

Ce business morbide est significatif de l'attente immense suscitée par ce Charlie Hebdo de l'après attentat. Distribué habituellement à 60 000 exemplaires, l'hebdomadaire est tiré pour l'occasion à cinq millions d'exemplaires, contre trois millions prévus initialement.

Dès le mercredi matin, des files d'attente se formaient devant les portes encore closes des détaillants.


Jointe par le Mouv', Françoise, buraliste près de Grenoble témoigne de ce début de journée frénétique :

Ces derniers jours, plus d'une centaine de clients avaient réservé leur numéro de Charlie. Avant l'ouverture à 7h00, une trentaine de personnes attendaient déjà devant la porte ce matin. Malheureusement, on n'a reçu que 26 exemplaires du journal. [...] On a posé une affichette qui signale la rupture de stock, mais le magasin ne désemplit pas. C'est la folie. Certains clients nous hurlent dessus, nous reprochent de ne pas faire notre travail. On va sans doute fermer plus tôt si ça ne se calme pas.



Pour répondre à la demande, l'éditeur a donc décidé d'imprimer deux millions de Charlie Hebdo supplémentaires. Environ 500.000 exemplaires seront réinjectés chaque jour dans le circuit pendant deux semaines. Ne vous battez pas, il y en aura pour tout le monde.

Dessin posthume de Tignous dans Charlie Hebdo

 


 

Par Sébastien Sabiron / le 14 janvier 2015

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