Chagrin d'amour : faut-il vraiment arrêter de chialer ?

Par Giulia Foïs / le 08 décembre 2014
Chagrin d'amour : faut-il vraiment arrêter de chialer ?
Il faut. Tout tenter, tout goûter, si possible adorer, mais quoiqu'il arrive, le clamer. Rentrer dans le cadre, à tout prix. Celui d'une intimité qui se vit toujours à coup d'injonctions. Alors allons-y! Prenons-les, ces "il faut", attrapons-les, retournons-les... En autant de "faut-il"?

 

C’est l’histoire d’une aspirine. Capable de guérir les peines de cœur, selon certains. Et selon moi, surtout capable de nous valoir ce joli coup de gueule sur le répondeur de Point G.

https://soundcloud.com/lemouv/laura-coup-de-gueule#t=0:00

 

Raaaaaahhh, mais Laura, vous avez tellement raison ! D’abord parce que sans chagrin d’amour, pas de Madame Bovary, pas de Madame Butterfly, et encore moins de Madame Gall.

 

Pardon, je n’ai pas résisté à vous faire partager ces deux minutes de bonheur choucrouté… N’empêche que, blague à part, vous le savez : les plus beaux chefs-d’œuvre sont nés de la souffrance – amoureuse bien souvent.

La douleur est créative. Re-créative, comme un espace où on se re-crée soi-même : avec ce bout de nous qui a été et qui n’est plus, avec ce nouveau moi qui est à réinventer. Récréative, aussi, tellement c’est le moment où jamais de se fendre la poire.

On peut-être tranquille là-dessus: la machine humaine est suffisamment bien faite pour qu’un jour où l’autre, le chagrin finisse par disparaître de lui-même. A terme, c’est nécessaire - ne serait-ce que pour retomber amoureux, doux dingues que nous sommes.

En attendant, souvenons-nous d’une chose : le seul moyen pour que la douleur passe, c’est bien qu’on lui laisse toute sa place. Que, pour un temps donné, on supporte de n’être ni efficace, ni performant, ni bien beaux à regarder, n’en déplaise aux grands managers de nos vies que nous sommes – ou que sont les autres à notre place. Tant pis pour la positive attitude – n’en déplaise à Lorie Raffarin.

Faut-il vraiment arrêter de chialer ?

Alors à la question « faut-il vraiment arrêter de chialer ? », la réponse est non. Evidemment non. Mille fois non. Au contraire, profitons-en pour faire exactement ce qu’un adulte responsable (plus nous, donc), n’a pas le droit de faire. 

  • Parler de nous en boucle : ça nous reposera les oreilles. Non, non, on n’écoute plus personne. Même le voisin amputé d’une jambe. Parce que nous, c’est le cœur, qui est brisé, et que, pour nous, la prothèse de cœur, eh ben ça n’existe pas.  

 

  • Fumer trois paquets de cigarettes dans la journée : – pour les non-fumeurs, le Banga en perfusion est vivement recommandé. Vous êtes en deuil, personne n’osera rien vous dire. Si d’aventure on vous faisait une réflexion, la réponse est simple : « je te préviens, c’est ça ou la coke. Ta gueule.»

 

  • Laisser aux masochistes-zélés le soin de se remettre de leurs blessures en se plongeant dans le travail : c’est le moment où jamais de poser l’intégralité de ses RTT  – on évitera juste de quitter le bureau sur un « salut les cons » un chouille risqué en terme de DRH. Pour ceux n’en auraient pas : soudoyez-votre médecin pour avoir un arrêt maladie, apitoyez-le, menacez-le, arrachez-lui la blouse, couchez s’il le faut… Mais sortez du cabinet avec votre feuille magique. A partir de là, profitez-en pour :

 

- Choper tout ce qui bouge. A chaque période, ses priorités. Le tri n’est pas la vôtre en ce moment. A tout le moins, draguez. Même un lampadaire. Même pour rigoler. Surtout pour rigoler… Vous souffrez le martyr à cause de votre ex, c’est pas le râteau d’un vague Nicolas le Jardinier qui peut vous égratigner.

- Vous l’avez pris, le râteau ? Bravo ! Magnifique prétexte pour défoncer le pot de glace, braquer le Mac Do du coin, plier le saucisson – voire les trois en même temps. Regardez votre balance, et, dites-lui « ta gueule » - oui, à elle aussi.  Mettez-vous devant la glace, plissez-vous le ventre, embrassez-vous.

J’en étais là (à mes plis de ventre) quand on a reçu le second message de Laura…

https://soundcloud.com/lemouv/message-laura-faut-il-lire-ou-regarder-des-histoires-damour

 

Vous avez raison, Laura, votre question aurait mérité un Point G tout entier. Et vous avez encore raison : on se met de la semoule dans la tête depuis notre plus tendre enfance… Balzac (mon dieu vivant après mon paternel) le racontait déjà dans Modeste Mignon : tout porte à croire que rien n’ait vraiment changé depuis le 19ème siècle.

C’est donc le moment de :

 

 

  • Balancer un yaourt sur la tête de Kirsten Dunst, et tant pis pour votre écran de télé. Au besoin, demandez à Laïla, fidèle poingiste, de vous donner un de ses yaourts-choco-menthe-de-la-colère, elle en a toujours un sous le coude.

 

  • Filez plutôt prendre un bon bain.

 

  • Mettez Céline Dion en boucle – grâce à Mommy et Xavier Dolan c’est permis. Ou Whitney Houston, ça marche aussi. Voire Scorpions, pour ceux-qui-en-ont.

 

 

  • Regardez tendrement vos poils pousser.

 

  • Sortez de l’eau. Enfilez un peignoir. Allez sur Facebook. Faites-vous un faux profil, allez sur la page de l’ex, hackez la page de l’ex. Polluez-la. Infestez-la. Juste en rêve, ça marche aussi.

 

  • Restez sur Facebook. Changez votre statut.

 

  • Quittez Facebook, et trouvez-vous un stage de Krav Maga - ça défoule. A côté d’une unité de police, c’est mieux : j’ai ouïe dire, par exemple, que les flics de la BAC parisienne s’entrainaient à Saint-Michel. Je dis ça, je dis rien… En dehors de Paris, on doit pouvoir trouver l’équivalent.

 

  • Dites adieu à votre tendre pelage.

 

  • Chopez un flic de la BAC.

 

Mais ça n’est que mon avis.

Sinon, vous avez aussi celui de France Gall, au cas où il ne vous serait pas encore rentré dans la tête : « Mais ça fait ma-al, oh oui si ma-al ».

Ne me remerciez pas.

 


 

Cette chronique répond à vos questions sur l'amour et la sexualité. N'hésitez-pas à nous envoyer tous vos "Faut-il ?" sur:

 

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Par Giulia Foïs / le 08 décembre 2014

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